2014-03-13 Des guerres pour appauvrir son voisin

Publié le par Alain GYRE

 

 

13.03.2014

Notes du passé

 

 

«C’ette nation (dans le Sud) ne sait ce que c’est que de se battre en rase campagne  et n’assigne point le jour de combat à son ennemi parce qu’elle ne veut rien entreprendre qu’à coup sûr. Quand on a résolu une expédition, on s’assemble en secret, on marche de nuit et, au point du jour, on fond sur le village de l’ennemi qu’on environne de tous côtés en poussant des cris épouvantables. On fait main basse sur ce qui oppose résistance. Malheur aux femmes, aux enfants et aux vieillards qu’ils rencontrent dans ce premier moment de fureur qui dure peu et fait bientôt place au désir du butin. »

 C’est la description d’Étienne de Flacourt à propos des raisons de guerre à Madagascar. D’après cet auteur, si le village est surpris, la victoire est gagnée facilement et tous les habitants sont faits esclaves. Toutefois, quand ils se défendent, le carnage est horrible et nul n’est épargné. Dans tous les cas, « le massacre de la famille du chef est de principe ».

 Souvent des espions sont infiltrés chez l’ennemi pour observer l’état des lieux et surtout « où il a envoyé ses bœufs ». C’est leur rapport qui détermine l’expédition. Parfois, de petits groupes de 20 à 30 hommes sont détachés pour piller les villages et les environs. Le corps de ces coureurs s’appelle Tafimainty- armée noire ou secrète-. Il est d’ordinaire chargé de « ody », amulettes ou talismans, par la vertu desquels ils espèrent charmer leurs ennemis et les mettre dans l’impuissance de se défendre.

 Barthélémy Huet de Froberville indique, de son côté, que les guerres sont la plupart du temps sans motif : un grand est riche, possède beaucoup de bœufs, fait fleurir l’agriculture autour de lui. « C’est assez pour éveiller la jalousie d’un chef voisin. Celui-ci n’entend point qu’un autre soit plus riche que lui. Alors on arme pour le piller et le détruire. » Néanmoins, ajoute-t-il, la fréquentation des Européens y apporte quelques changements, particulièrement dans le Nord où les communications sont moins interrompues.

 Armés d’une sagaie et d’un bouclier, de plus en plus d’un fusil et toujours de « ody », ils vont en guerre. Selon Legentil, « les Madé­gasses n‘ont guère de fusil que par vanité et par ostentation parce qu’il en est peu qui sachent s’en servir ; qu’ils sont naturellement poltrons, lâches et timides et que lorsqu’ils tirent, la peur leur fait écarter le fusil loin d’eux ou détourner la tête ».

 Il faut néanmoins admettre que depuis, au XIXe siècle, ils se sont aguerris, l’usage de l’arme à feu s’étend et en Imerina, par exemple, sous la direction d’Européens, ils ont de bons soldats et d’excellents canonniers. Par ailleurs, les expéditions malgaches vers les Comores démontrent des gens vaillants, courageux, et selon Barthélémy Huet de Froberville, « on n’a jamais eu qu’à s’en louer partout où on les a employés comme militaires ».

 Il n’y a pas d’armée structurée officielle.

 « Toutes les lois militaires des Madégasses se renferment dans l’obligation où sont tous les sujets de prendre et de porter les armes  aussitôt qu’ils sont en âge et d’obéir aux chefs qui dirigent les marches et les attaques. » Les prisonniers de guerre deviennent les esclaves des vainqueurs. Le chef qui tombe entre les mains de son ennemi est presque toujours mis à mort et sa famille vendue aux étrangers si elle ne perd pas la vie.

 Toutefois, il faut dire que la guerre n’a point un caractère atroce « des guerres des Africains », car son objet est d’enlever des troupeaux et de faire des esclaves. « Elle cesse lorsqu’il est rempli ! »

 En arrivant, les Européens apportent des améliorations dans la tactique des Malgaches, mais elles ne réussissent pas : pas de beaux uniformes, de savantes évolutions, de mouvements combinés pour la victoire. Chaque particulier est soldat par circonstance. Il arrive armé, à l’ordre de son chef et porte dans le rang où il est placé, toute l’ignorance d’un homme dont la guerre n’est point le métier.

 Si, dès l’abord, des villages se sentent menacés et ne se sentent pas hors d’état de résister, ils envoient vers l’ennemi un émissaire pour lui demander la paix. C’est s’avouer vaincus et ils sont traités comme tels. Dans ce cas, on convient de l’amende à payer. On se donne rendez-vous pour faire un pacte en sacrifiant des bœufs qu’on mange par la suite.

 À mentionner qu’il est rare que les Madégasses se battent dans la chaleur du jour. En général, l’attaque se fait à l’aube et en début de matinée ou en fin d’après-midi. Pendant toute la bataille, les femmes « ne cessent de chanter et de danser dans leurs villages tant que l’action dure

Notes du passé

L’Express

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