2014-03-22 Sept types d’interdits dans le mariage Tsimihety

Publié le par Alain GYRE

Sept types d’interdits dans le mariage Tsimihety

 

22.03.2014

 

 

À plusieurs reprises, nous avons abordé certaines coutumes tsimihety, tels que les décrit un rapport d’enquête menée en août-septembre 1963, par huit étudiants en Droit et en Lettres de l’Université de Madagascar. Nous avons surtout parlé du mariage Diajofo, sa véritable signification, sa détérioration dans le temps, du mariage Tsiavotravotrangivy, et évidemment du mariage Moletry.

 Dans ce dernier cas, deux conditions doivent être remplies, celle de fond qui répond à trois impératifs- naturels, familiaux et sociaux-, et celle de forme. D’après les enquêteurs, les premiers sont d’ordre biologique et d’ordre psychologique. C’est-à-dire qu’avant tout, la différence de sexe est requise, « quoique d’une manière implicite, par règle de bon sens ». De même, l’âge de puberté est fixé aux environs de 14 ans pour l’adolescente.

 Sur le plan psychologique, le « principe » est que le consentement des intéressés est toujours pris en considération. Cependant, il y a « exception » dans la mesure où « le consentement est arraché sous l’empire de la contrainte morale», de la menace d’exclusion sinon de rejet. « Une telle menace est de nature à faire impression sur le Tsimihety raisonnable et peut véritablement lui inspirer la crainte d’exposer sa personne et sa fortune à un mal considérable et présent. »

 Par ailleurs, cellule de base de la société, la famille joue un rôle de tout premier plan dans cette institution fondamentale qu’est le mariage. Chez les Tsimihety, l’enfant légitime qui envisage de se marier, doit en premier lieu bâtir une maison pour son futur ménage. Puis, il exposera son intention à ses parents qui, s’ils sont d’accord sur le principe et « sur l’objet du choix de leur fils », se chargeront de toutes les formalités. Du côté de la fille, sauf si elle se remarie, l’autorisation des parents est également requise et c’est le père qui tranche en dernier ressort. À préciser que l’enfant adopté demandera l’autorisation à ses parents adoptifs et non à ses parents biologiques.

 Il arrive pourtant que les enfants passent outre le refus des parents malgré les menaces. C’est, précisent les étudiants enquêteurs, le cas du mariage « mifehy harona » ou « mifehy helotra » et du mariage « mifehy antsy ». Il sera valable, mais « constituera un immense déshonneur » pour la famille qui a refusé son accord. En général, cela ne va jamais jusqu’au rejet du « coupable » puisqu’il « gardera toujours tous ses droits d’enfant légitime ». En fait, le caractère « prohibitif » des empêchements est général dans les coutumes tsimihety.

 Les impératifs sociaux  ont leur origine « dans l’histoire, les légendes, les traditions dans la philosophie, les pensées », bref dans la culture de ce peuple. Les coutumes, dans ce domaine, connaissent sept types d’interdits. Ainsi, l’union collatérale est prohibée jusqu’à la cinquième génération incluse. Mais cette règle n’est pas absolue : dans la région de Mandritsara, les gens issus du clan des Antevohilava peuvent se marier entre eux dès la troisième génération ; à Antsirabe-centre, l’union est possible à partir de la quatrième génération.

 « En toutes hypothèses, ces deux exceptions visent des unions à caractère incestueux (fandozana) dans la mesure où une offrande expiatoire, avec l’accord du Sojabe (doyen chef de la grande famille, du clan) est nécessaire. La cérémonie appelée  firasana (purification) donne lieu à une immolation d’un certain nombre de bœufs. Elle est publique et solennelle. »

 Toutefois, le Sojabe ne donne jamais son accord lorsqu’il est établi que les deux intéressés se sont unis en toute connaissance de cause, autrement dit qu’il y a eu une mauvaise foi manifeste. Dans ce cas, le mariage n’est pas valable.

 Une autre règle interdit de se marier avec les « hazo maina ila », soit les descendants d’esclaves (Tsimihety ou non). Le mariage est également défendu entre membre d’une famille adoptive et l’adopté, entre un frère (une sœur) de sang et le fils ou la fille de l’autre, mais on peut y déroger par le rite du « fafy  ranobotry » identique au « joro ».

 De même, il est « fady » de se marier avec une personne du clan des Kelihantsy, ou Zafindra­manitra, ou encore Mandrara-pela. Ramanitra, l’ancêtre de ce clan aurait maudit ses trois fils qui ont perpétré un crime contre son esclave préféré. Cette malédiction condamnerait aussi leurs descendants « à dégénérer et à n’avoir jamais de richesses ». En conséquence, les Kelihantsy ne se marient qu’entre eux, un Tsimihety hors de ce clan ne peut s’unir avec l’un d’eux sous peine d’y être assimilé, et seules les personnes d’une autre ethnie osent braver cette malédiction.

Notes du passé

L’Express

Publié dans Coutumes, Notes du passé

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