2014-04-17 C’est l’argent qui sauve la vie

Publié le par Alain GYRE

C’est l’argent qui sauve la vie

 

17.04.2014

Notes du passé

 

 

Lars Vig, pasteur à Masindraina-Antsi­rabe, publie en 1901, dans la revue « For Kirke og Kultur », un article sur les sacrifices humains à Madagascar. Article qu’il introduit par cette phrase : « C’était une pensée courante à Madagascar qu’un malade pouvait être sauvé de la mort si une personne ou un animal était sacrifié à sa place. »

 L’auteur ajoute que si le malade est un roi, un seigneur (donc un noble) ou un grand chef, le « mpisikidy » ou devin- qui est en même temps médecin et sacrificateur- peut dire que le « sikidy » (art de la divination) exige « qu’un homme fût sacrifié de façon à ce que son sang remplaçât celui du malade. » C’est ainsi qu’on applique ce dicton bien connu : « Quand je suis malade, qu’un parent meure ; quand un parent est malade, qu’un bœuf meure. »

 Selon le pasteur Lars Vig, le terme « parent » a pour les Malgaches un sens très large. Les chefs, courtisans et esclaves au service d’un roi sont tous considérés comme ses enfants, ses parents. Il en est de même pour les subordonnés ou les esclaves des hommes riches et puissants.

 Pour les anciens Malgaches, c’est un principe indiscutable que les subordonnés ont le devoir de sauver leurs maîtres si ces derniers se trouvent- ce qui arrive assez souvent- embarrassés ou gênés. Si un grand seigneur se trouve « coupable devant l’État », les seigneurs qui sont sous ses ordres, doivent veiller « à ce que soient collectés des fonds d’argent pour servir à corrompre les juges ou pour d’autres usages ayant pour but de le sauver ».

 Car la règle est, à cette époque, que c’est « l’argent qui sauve la vie » dans des cas semblables.

 Ce que les « sous-ordres » acceptent pour leurs chefs, les esclaves le font aussi pour leurs maîtres, eux qui sont « enfants appartenant à quelqu’un ». Et c’est le devoir des enfants de sauver leur « père-et-mère » et ils le font si celui-ci n’est pas particulièrement haï.

 Le même raisonnement s’applique quand il s’agit d’un prince, d’un seigneur noble ou d’un chef tombé malade. « On avait le devoir de sacrifier sa vie pour lui. Mais c’était une règle absolue que l’homme à sacrifier ne pouvait pas être choisi parmi des étrangers, mais uniquement à l’intérieur du cercle des personnes subordonnées ou esclaves qui, selon le raisonnement malgache, étaient comptées au nombre des parents du malade. »

 Le pasteur Lars Vig cite alors un grand seigneur qui fait « saisir» par ses subordonnés ou esclaves des étrangers, des voyageurs « qui étaient gardés prisonniers jusqu’à ce que l’un d’entre eux, à un jour déterminé de l’année, fût sacrifié à son idole. Mais ceci était considéré comme un gros crime ».

 Il rapporte également que, jadis, dans le Betsileo comme presque partout ailleurs, des hommes sont sacrifiés pour des nobles malades. « Mais on répugne à en parler maintenant, car il y a des choses qui rendent vraiment honteux.»

 Ce qui n’est pas le cas quand ce sacrifice humain est accompli pour les « rois célèbres » d’autrefois. Néanmoins, « il faut leur rendre cet honneur qu’ils épargnaient souvent la vie des victimes ». Et le pasteur Lars Vig indique que si l’on en parle encore, c’est en raison du

 « dévouement réel ou affiché des victimes envers leur maître et les récompenses que reçurent ces hommes fidèles. »

 Il rappelle l’anecdote sur le souverain merina Andriamasi­navalona. Lorsque ce dernier devient vieux et décrépit, son entourage cherche tous les moyens pour maintenir sa force vitale.

 Ses proches consultent naturellement un « mpisikidy» célèbre. « Celui-ci répondit que la vie du roi pouvait être prolongée si on trouvait un homme, qui donnerait volontairement sa vie pour lui. » Une proclamation est faite à cet effet, mais il s’avère que « même pour un monarque malgache qui était le fondement de la vie et la base de la terre, il n’était pas facile de trouver des volontaires ».

 Au contraire, cela fait fuir tout le monde, sauf un homme, Trimofoloalina. Une grande réunion est organisée pour le sacrifice de ce dernier. Il est garroté et présenté au peuple comme une victime qui offre librement sa vie pour son roi.

 Le devin-sacrificateur trouve cependant que la vie de cet homme n’est pas exigée. Il fait une incision dans la gorge de ce dernier et recueille du sang dans une corne de sacrifice dont une partie est répandue sur le roi.

 « Le roi honora grandement cet homme. »

L’Express

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