2014-04-24 Des amulettes qui exigent des enfants

Publié le par Alain GYRE

Des amulettes qui exigent des enfants

 

24.04.2014

 

Notes du passé

 

 

«La force du dieu était symboliquement exprimée par le fait  qu’il était fait avec les essences de bois les plus dures et que deux figurines, chacune ayant son nom particulier, composaient un seul dieu » (Lars Vig, pasteur à Masinandraina-Antsirabe, revue « For Kirke og Kultur », 1901).

 Un soldat de Masinandraina pour se protéger de la mort en allant dans une expédition guerrière, est aidé par « un esprit » qui lui est apparu dans un rêve et qui lui demande de fabriquer deux figurines, Betsiritra et Isaramaroroka, dont l’ensemble forme Itsitiazazamena (précédente Note).

 Le missionnaire poursuit : « Le nombre deux est celui de la force dans la religion malgache. C’est aussi un nombre employé dans le sikidy afin d’honorer  Dieu puisque Dieu ne va pas seul. » Le chiffre sept- le soldat doit se baigner dans sept cours d’eau ou sources se trouvant dans sept vallons-  est celui « de la malédiction de la destruction et de l’anéantissement ». De plus Itsitia­zazamena doit être conservé dans sept petites corbeilles, l’une dans l’autre.

 Lorsque le soldat a exécuté les directives de l’esprit, ce dernier lui apparaît à nouveau. Il le somme de couper la phalangette de son index gauche et de laisser dégoutter le sang sur une feuille. Le lendemain, « jour du destin néfaste », l’esprit revient et lui demande d’enduire de son sang les deux figurines. « Mainte­nant, le dieu est sanctifié, tu feras ainsi chaque année.»

 Le soldat revient sain et sauf de la guerre. Un an plus tard, anniversaire de la « sanctification » de l’idole- qui coïncide avec le Fandrona-, il procède au rituel exigé par l’esprit : se baigner dans sept cours d’eau ou sources situés dans sept vallées ou vallons, puis convocation de son clan pour expliquer le pourquoi de la nécessité pour lui de sacrifier un enfant « tsy zazamena » : protéger tout le clan.

 Les enfants sont séparés en deux files, d’une part, ceux dont les parents sont vivants, de l’autre les orphelins. « L’enfant se trouvant parmi ceux dont les père-et-mère sont vivants et que la fumée du feu de résine atteignait le premier, était la victime désignée par l’idole. »

 Le premier jour d’anniversaire, la fumée se dirige vers un petit garçon. Il n’est autre que le fils de la fille préférée du soldat. Ce dernier et sa femme en sont touchés, mais le sacrifice doit se faire  car une désobéissance dans ce cas, entraînerait, craignent-ils, un très grand malheur pour toute la famille.

 En tout cas, le soldat ne peut ou ne veut pas conserver le « ody » plus d’une année car il le vend. Un chef très puissant convoque un jour ses subordonnés féodaux et ses soldats pour exiger d’eux qu’ils lui apportent leurs amulettes afin de montrer leur pouvoir, ce qu’elles valent en force, dans un concours.  Itsitiazazamena gagne le prix.

 Le grand seigneur insiste alors pour acheter cette

 « idole puissante ». Le soldat s’y plie volontiers et en obtient 100 piastres, une très forte somme pour l’époque. Il doit, en outre, promettre de ne pas fabriquer d’autres figurines semblables à Betsiritra et Isaramaroroka, car cela ferait diminuer la force de l’idole originale. Si le soldat enfreint cette promesse, il risque la peine de mort !

 Un descendant du seigneur, que le pasteur Lars Vig appelle sous les initiales R.Y., en hérite plus tard. Il est surtout connu pour sa cruauté. Comme il sacrifie indifféremment enfants ou adultes, ses subordonnés et ses esclaves se débrouil­lent pour kidnapper d’autres victimes.

 Le « ody » et son culte sont si tristement célèbres que, dans les jeux et les danses populaires, on improvise un chant sur le thème : « Je n’ai pas le cœur aussi dur que l’idole de R.Y.- elle exige un enfant,- que son père ne veut pas abandonner,- que sa mère ne veut  pas aban­donner.»

 On raconte qu’il y a eu de tels abus que le Premier ministre Rainilaiarivony se doit d’intervenir en personne, ayant surpris R.Y. pendant une cérémonie de sacrifice. « Il s’est mis dans une grande colère et a menacé R.Y. des punitions les plus dures s’il continuait ces pratiques révoltantes. »

L’Express

Publié dans Coutumes, Notes du passé

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