2014-05-10 Le premier pas vers la géophagie suscité par la grossesse

Publié le par Alain GYRE

Le premier pas vers la géophagie suscité par la grossesse

La géophagie ne se soigne ni à l’Hôpital ni à la Maternité

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10.05.2014

Notes du passé

 

Ce sont les Dr Fon­toynont, Monnier et Robert. qui rapportent la première étude sur la géophagie à la Société des sciences médicales de Madagascar, dans sa séance du

12 mai 1910. Elle est ensuite signalée à peu près partout dans l’île.

« En octobre 1947, le Dr Fon­toynont et nous avons communiqué à l’Académie malgache une enquête faite sur la pratique de la géophagie chez les peuplades antankarana et sakalava » (Dr Louis, médecin principal de l’Assistance médi­cale).

Chez certaines personnes prédisposées, manger de la terre blanche peut devenir une habitude, dont il ne lui est pas facile de se défaire. Très souvent, la victime de cette manie est une femme. « C’est la grossesse qui fournit l’occasion du premier pas. »

Vers le troisième mois, alors que l’excitation nerveuse de la femme enceinte atteint son paroxysme, elle se porte à goûter à de la terre blanche avec d’autant plus de facilité que des conversations antérieures avec des « commères » n’ont pas manqué de lui en faire des louanges. Doré­navant, elle est prise dans l’engrenage et comptera parmi ses habitudes la consommation de la terre blanche. Elle lui restera d’ailleurs après l’accouchement.

L’instinct qui porte la femme en état de grossesse à manger de la terre blanche, peut également répondre à un besoin impérieux de son organisme. Celui-ci constitue alors « un apport inattendu de matières minérales dont la femme enceinte a tant besoin et que l’alimentation des indigènes est insuffisante à fournir. »

Selon le Dr Louis, les Mal­gaches établissent à tort un rapport entre l’importance de la matière sébacée qui recouvre le corps de l’enfant en naissant, et

la quantité de terre blanche consommée par la mère pendant la grossesse. Parfois, l’habitude s’installe à l’occasion du « tromba », car il est d’usage d’offrir de la terre blanche à la personne possédée.

Au début, le futur géophage est victime d’une simple perversion du goût. Pour peu qu’il persiste dans cette perversion, il ne tardera pas à devenir l’esclave d’une habitude néfaste à sa santé.

Au cours de l’une de ses tournées, le Dr Louis rencontre une vieille femme de 80 ans qui lui demande un remède pouvant la débarrasser d’une mauvaise

habitude.« Elle nous déclara qu’elle mangeait régulièrement de la terre blanche depuis sa verte jeunesse ; elle allait elle-même en chercher auprès du village. »

Cependant, alors que l’habitude est solidement enracinée, l’âge et la maigreur lui interdisent les sorties, ce sont ses petits-enfants qui lui apportent sa ration quotidienne.

Le Dr Louis précise que la terre consommée à Madagascar est celle que l’on appelle communément kaolin. On la trouve soit à fleur de terre soit à une faible profondeur, de un à deux mètres. Les Malgaches la pétrissent en lui donnant la forme de galettes, font sécher celles-ci et la consomment dans cet état sans autre préparation.

Parfois, ces galettes sont envoyées très loin, à des parents absents atteints du même mal. En effet, on croit généralement que cette terre blanche tirée du sol natal est douée de vertus que ne possèdent pas les autres terres blanches.

Dans les brousses éloignées, il n’est pas rare de trouver ces galettes dans quelque coin de boutique d’un commerçant asiatique.

Ce dernier le présente comme une matière nécessaire au blanchiment des cases malgaches. En réalité, elles savent satisfaire les demandes d’une clientèle particulière : les géophages.

Le Dr Louis évoque enfin, les troubles physiologiques constatés chez les mangeurs habituels de terre blanche. Ils sont variables. C’est d’abord un manque d’appétit avec ballonnement du ventre ; puis de la maigreur et de l’asthénie; enfin, une anémie spéciale dans laquelle les téguments, les muqueuses, les ongles acquièrent une blancheur caractéristique qu’on a si bien dénommée « anémie porcelainique ».

L’Express

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