2014-06-24 Des habitats adaptés aux réalités locales

Publié le par Alain GYRE

Des habitats adaptés aux réalités locales

 

24.06.2014

Notes du passé

 

«Bien souvent,  on prête aux pratiques traditionnelles une signification magico-religieuse conformément à une certaine mentalité que beaucoup accordent aux sociétés dites primitives, comme si les individus les composant étaient incapables de raisonner comme font leurs semblables des sociétés dites civilisées. »

En fait, ajoute l’ethnologue Jacques Dez dans les années 60, ces pratiques, réfléchies, se fondent sur une observation empirique et leurs raisons initiales échappent à la pensée scientifique. Pourtant, ces règles ont un but matériel, pratique, répondant à une certaine utilité. Pour bien étudier la question, Jacques Dez se penche sur l’habitat traditionnel, plus précisément sur l’orientation des maisons, la disposition des ouvertures, celle des objets à l’intérieur…

Les études faites par le passé dans le domaine montrent une « remarquable unité » sur l’ensemble de Madagascar et s’il y a des divergences, c’est dû à des adaptations aux circonstances locales.

Concernant la construction des maisons, l’auteur fait observer que leurs dimensions habituelles sont en rapport avec les possibilités de se procurer des matériaux et avec la nature de ceux-ci. « Il est ainsi facile d’opposer les demeures de la zone forestière de l’Est où ces matériaux abondent, et celles du Sud-ouest où ils sont rares. » En outre, dans l’Est, les dimensions sont plus limitées par le souci qu’elles ne dépassent pas un poids transportable par un ou deux hommes, alors que dans le Sud, elles le sont par celles plus réduites des plantes utilisées. Ainsi, les habitations traditionnelles du Sud-ouest sont plus petites et plus basses que celles de l’Est.

Toutefois, l’autorité dont jouissent certains personnages, leur permet de se faire assister d’une main-d’œuvre collective considérable pour transporter des matériaux plus lourds, donc plus longs et plus larges. Ainsi, les palais que se font ériger les souverains merina au XIXe siècle constituent des « exceptions ».  Ils voient le jour parce que des influences étrangères s’exercent à Antananarivo. En revanche, quand la brique apparaît, les dimensions des maisons croissent sans difficulté. Le transport de ce matériau, en effet, est plus pratique : les briques réunies arrivées à destination peuvent « composer des ensembles aussi étendus qu’on le désire».

Jacques Dez cite alors deux façons d’utiliser les matériaux végétaux. D’une part, ils peuvent être assemblés d’une manière assez lâche, disjoints pour laisser filtrer l’air à travers les cloisons. Ce type d’habitat se voit dans l’Est, le Sud, l’Ouest où, à cause de la température, une certaine ventilation de la demeure est recherchée. On utilise alors des matériaux à peine dégrossis et lorsqu’on recherche l’étanchéité des cloisons, on est obligé de les doubler.

D’autre part, les matériaux peuvent être soigneusement joints ou, à défaut, liés avec de la terre préparée. Ceci est à l’origine des habitations en pisé qui donnent la préférence au recours à la terre sur les matériaux végétaux, faute de pouvoir s’en procurer dans de bonnes conditions.

Dans ce cas, pour que les matériaux puissent être aisément joints, ils sont travaillés sous forme de planches par la suite assemblées. « Là, on cherche au contraire à éviter la pénétration de l’air dans la maison, à travers les cloisons, à s’enfermer hermétiquement. » Ce type d’habitat s’observe sur les Plateaux pour laisser filtrer l’air à travers les cloisons, mais progressivement, il gagne, sous la forme des maisons en pisé, d’autres régions « auxquelles il n’est pas adapté » car la maison devient alors étouffante.

Ceci s’explique par la migration des gens des Hautes-terres vers les zones côtières et ils préfèrent garder le mode d’habitat auquel ils sont habitués. Il y a sans doute aussi une question de prestige social, « d’une assimilation à ces habitants des Plateaux, d’abord conquérants militaires au XIXe siècle, ensuite conquérants pacifiques tels les fonctionnaires, commerçants, planteurs, qui se situaient ainsi à un niveau dominant par rapport aux populations côtières ».

Autre règle générale : l’habitat ne dépasse pas 1500m d’altitude parce qu’au-delà, il fait trop froid en hiver. C’est sur le versant ouest de l’Ankaratra que l’on constate les plus élevées, telles Faratsiho à 1700m.

L’Express

 

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