2014-07-08 Entre Tsimihety et Sihanaka

Publié le par Alain GYRE

Entre Tsimihety et Sihanaka

08.07.2014 | 7:11 Notes du passé, Opinions0

Merina, Betsileo, Antankarana…  Comme bon nombre d’auteurs, Raymond Decary étudie l’étymologie des noms des peuples de Madagascar, autrement appelés tribus ou ethnies (lire précédente Note). Parlant des Tsimihety, dont le territoire s’étend entre celui des Sakalava Anteboina (du Nord) et celui des Betsimisaraka, il indique que leur nom signifie « qui ne se coupe pas » (les cheveux). C’est-à-dire que, contrairement aux autres groupes ethniques, ils ne se rasent pas les cheveux en signe de deuil.
Autrefois, hommes et femmes portent les cheveux longs, réunis en nombreuses nattes qui partent du sommet de la tête pour retomber tout autour. « Bien que certains clans soient apparentés par leur origine aux Sakalava, l’ensemble de la population, dans un esprit d’indépendance, refusa un jour de couper ses cheveux à la mort des rois sakalava, rejetant de ce fait leur autorité. D’eux-mêmes aussi, ils s’appellent parfois les Tsimety- ceux qui ne veulent pas- sorte de jeu de mots qui confirme leur esprit de liberté. »
Rusillon insiste particulièrement sur cette dernière appellation qui lui semble acceptable. Il fait remarquer que la population, primitivement, a de nombreuses relations avec les clans arabisants, notamment les Andrian-tsimeto avec qui ils sont peut-être unis au début. Leur nom actuel serait ainsi une altération de « tsimeto ». « Il est de fait, en tout cas, que les Tsimihety, qui n’ont jamais voulu de rois, se sont toujours opposés à la domination sakalava », commente Decary. C’est vers le début du XIXe siècle qu’à la suite de l’intervention des Merina dans leur pays, le nom aurait pris sa forme actuelle.
Enfin, d’après le père Tastevin, Tsimihety ou Tsimety signifierait probablement « les gens bien, comme il faut » !
Dans le Nord, mais à l’Est, tout autour du lac Alaotra, les Sihanaka peuplent la longue dépression qui s’étend jusqu’au fleuve Mangoro. Les interprétations de leur nom sont variées.
En 1958, Ellis « sans souci de l’orthographe véritable », le traduit par « où il n’y a pas d’enfants» (tsy anaka, pas d’enfant), c’est-à-dire qui sont indépendants. Barthélémy Huet de Froberville reprend cette étymologie dans sa publication du manuscrit de Coppalle sur son voyage à Madagascar en 1825-26.
Sainjon, dans une étude manuscrite, décompose le mot sihanaka en « sy » (diminution de sisika, qui s’introduit de force) et « hanaka » (racine de « mihanaka » qui se répand comme une tache d’huile). Ainsi, l’Antsihanaka serait le pays où les rivières, après s’être péniblement creusé du chenal à travers les rochers et montagnes, arrivent sur des terres planes où elles s’étalent de tous côtés .
Pour Grandidier et Berthier, le mot vient de « sia » (errer) et « hanaka » (lac). Les Sihanaka sont des gens qui errent autour du lac. Julien fait remarquer que « sihanaka »- et pas seulement « hanaka »- est un terme vieilli qui, dans l’ancienne langue, désigne les lacs, les mares. De ce fait, les Sihanaka sont donc simplement les gens des marais ou du lac.
La théorie de Longuefosse est tout autre. D’après une tradition, dont il se fait l’écho, un nommé Raibenifananina est alors le chef du pays Masianaka, « au Sud de l’Imerina ». En butte à des attaques de ses voisins, il part vers le Nord avec sa famille, s’arrête d’abord à Analamanga (Antananarivo), où il subit l’assaut de Vazimba qui veulent le tuer. Il repart, arrive au bord du lac Alaotra et s’établit définitivement dans un îlot de sa partie sud.
« Avant de mourir, voulant commémorer  le souvenir de sa terre natale, il nomme la contrée Antsiahanaka qui rappelait le nom de celle-ci. » Pour le père Tastevin, les Antsihanaka sont ceux qui se répandent ou qui sont répandus. Le mot malgache « hanaka » serait à rapprocher du kiswahili « k’wone-ka », se montrer, et surtout
« tanga-a », se répandre !
Raymond Decary estime que de toutes ces interprétations, celle de Julien  paraît la plus exacte, le mot sihanaka ne devant pas être décomposé.
S’il n’existe pas chez les Merina, il se retrouve avec le sens de marais ou de lac, dans les dialectes côtiers, chez les Antandroy et les Mahafaly, notamment. Il entre aussi dans la composition de mot : « sihanamena » ou mer rouge, « sihanamaro » ou nombreuses mares,
« sihanabelo » ou mare permanente.
Pela Ravalitera

L'Express

Publié dans Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article