2014-07-28 Une « magnifique affaire » de la France avec Madagascar

Publié le par Alain GYRE

Une « magnifique affaire » de la France avec Madagascar

 

28.07.2014

Notes du passé

 

Mariette Valette et Jean  étudient, à travers la presse bergeracoise, l’opinion publique française sur l’expédition de Madagascar entre 1894 et 1896 (lire précédente Note). Ils se penchent sur le contenu de quatre journaux, l’Éclaireur de la Dordogne (puis de Bergerac), l’Indépendant, le Journal de Bergerac et le Patriote d’Issignac.

 L’Éclaireur est le premier à en parler. Après un premier article, ce journal de tendance orléaniste insiste sur une intervention de Casimir-Périer favorable à une action diplomatique. « Le gouvernement désire résoudre pacifiquement les conflits soulevés, mais il ne craint point d’envisager d’autres éventualités. » C’est dans un troisième numéro que le journal prend clairement position. Insistant sur les nouvelles alarmantes reçues de l’Ouest de Madagascar et reprenant, avec son correspondant, l’idée d’une collusion entre le gouverneur de Mahajanga, Ramazombazaha, et le vice-consul britannique, Knott, il écrit : « Nous ne pensons pas à la côte Ouest de la même façon que les traitants de Tamatave qui désirent la guerre pour rétablir leurs affaires… La visite de l’escadre française à Majunga suffirait à obliger le gouvernement malgache à prendre des mesures pour assurer la sécurité du pays. »

Cette idée est reprise trois mois plus tard : « Le plan arrêté par le gouvernement français consisterait dans un blocus très étroit de Tamatave par où se fait presque tout le commerce maritime de l’île  et où se perçoit la majeure partie des droits de douane. »

Néanmoins, le ton monte avec la nouvelle de l’incident survenu à Antananarivo entre le prince Rakotomena et un soldat français de l’escorte du résident général. « Le gouvernement serait résolu, si l’état de choses actuel ne se modifie pas, à engager l’hiver prochain une expédition des plus sérieuses à Madagascar.

 Comme préparation de l’opinion, pendant le mois de septembre, on utilise des articles parus dans la presse étrangère qui découplent les sentiments anglophobes des lecteurs bergeracois. En particulier, de larges extraits d’une étude de l’Allemand Wolff, parue dans le Berliner Tageblatt. « Il est temps que la France intervienne énergiquement. 7 000hommes, 50 à 60 millions suffisent pour mettre les Hova à la raison… Madagascar supportera les frais de la campagne, même si l’expédition dépassait les prévisions. La France ferait une magnifique affaire, car Madagascar est le trésor et la perle de l’océan Indien… »

Quelques jours plus tard, reprenant Wolff, l’Éclaireur renchérit, insistant sur les soldats merina qui « sont petits, malingres et fluets, mal nourris, scrofuleux, syphilitiques… Ces soldats n’ont aucune valeur et sont parfaitement incapables de résister à une expédition européenne. » Dans le même numéro, le couple relève : « La conséquence de la campagne entreprise sera l’annexion pure et simple de Madagascar, c’est-à-dire un immense et riche territoire ajouté à notre empire colonial. »

Les réactions britanniques font aussi l’objet d’articles et l’Éclaireur reprend à son compte des bruits lancés par la presse parisienne au  sujet d’envois d’armes anglaises à Antanana­rivo ; ou un article du Birmingham Post mentionnant que des groupes financiers anglais et belges se proposeraient d’aider le gouvernement malgache moyennant l’octroi de vastes concessions. Enfin, toujours dans le même numéro, il reporte une interview de Mager selon laquelle Rainilaiarivony est entièrement dominé par les Anglais.

 D’abord réticent, l’Éclaireur en arrive, en août 1894, à admettre non seulement l’idée d’une expédition, mais l’annexion pure et simple. Sa position se durcit peu après sur la nécessité  de l’expédition, « tout en se nuançant sur la question de l’annexion ou du protectorat ». C’est qu’entretemps, est intervenue la prise de position du prince Henri d’Orléans, « explorateur intrépide qui venait, quelques mois plus tôt, de parcourir Madagascar ».

Son étude parue dans la Revue de Paris est reprise par l’Éclaireur qui en fait l’objet de quatre éditoriaux, qui vont devenir la ligne du journal. « Plus de blocus  inutiles, mais une marche rapide directe sur Tananarive. La chose a été étudiée, le plan est prêt. Qu’il me suffise de dire que, de l’avis général, le corps expéditionnaire doit comprendre une douzaine de 1 000 hommes, que par la route de Majunga, la montée est facile ; que les troupes rencontreront moins de difficultés matérielles que beaucoup de gens ne se l’imaginent en France… »

L’Express

Publié dans Revue de presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article