2014-07-29 Débat autour du commandement de l’expédition

Publié le par Alain GYRE

Débat autour du commandement de l’expédition

 

29.07.2014

Notes du passé

 

L’archiviste-ethnographe Jean Valette et Mariette Valette Rahamefy  étudient l’opinion publique bergeracoise ou non de l’expédition française (1894-1896). Cette étude se base sur les publications hebdomadaires et bihebdomadaires qui paraissent dans ce département, l’Indépendant, l’Éclaireur de la Dordogne, le Journal de Bergerac et le Patriote d’Issigeac (lire précédentes Notes).

 Concernant les préparatifs de l’expédition, les Valette citent d’abord l’Éclaireur de la Dordogne, organe royaliste de tendance orléaniste qui, d’abord réticent à l’utilisation de la force armée pour plier Madagascar- « un immense et riche territoire »- finit par l’accepter pour aboutir à l’annexion. Il se range sur la position du prince Henri d’Orléans qui suggère l’entrée des troupes françaises par Mahajanga. Jean et Mariette Valette en déduisent que la ligne de conduite de l’Éclaireur est toute tracée. « C’est oublier les nécessités de la politique intérieure ressenties par un organe d’opposition. » Effectivement, quelques jours plus tard,

 l’Éclaireur publie un article des plus réticents. « Personne ne sent l’envie ni le besoin de s’emparer de cette île de la possession de laquelle nous nous sommes fort bien passés jusqu’en novembre 1894. Nous savons parfaitement que nous n’irons point, ni nos capitaux, que c’est simplement une usine à fonctions, à banques exotiques, à chemin de fer sans voyageurs et sans trafic qu’on va installer. »

En outre, la nomination, le 14 novembre, du commandant en chef, ne manque pas de provoquer son mécontentement contre le gouvernement. Il s’agit du général Borgnis-Desbordes de l’infanterie de Marine. Mais quelques mois plus tard, le général Duchesne du ministère de la Guerre, est nommé. Cela ne coupe pourtant pas court au commentaire de l’Éclaireur. « Il n’en est pas  moins vrai que… Un gouvernement sérieux aurait discuté d’abord s’il convenait de donner à la Guerre ou à la Marine le commandement de l’expédition. »

Fin 1894, deux éditoriaux se distinguent. Le premier rappelle et approuve les buts de l’expédition définis par le pouvoir. « Aller à Tananarive avec des forces suffisantes pour vaincre les résistances des Hova et y rester ensuite avec des forces suffisantes pour faire respecter l’autorité de notre résident… » Le second, en date du 1er décembre, est « quelque part prophétique » :

« En résumé, le succès de l’expédition de Mada­gascar dépend des soins que l’on donnera à nos soldats. Car ce n’est pas à leurs troupes que les Hova comptent pour nous arrêter ; c’est sur la fièvre, la dysenterie et l’insolation. »

Les premiers mois de 1895 sont marqués par des nouvelles sur les préparatifs de l’expédition et les réactions merina. En particulier, on publie diverses notices biographiques sur les officiers anglais et américains qui servent dans l’armée merina : Shervington, Groves… Et pour bien informer ses lecteurs, l’Éclaireur requiert les services de P.B, pour P. Boussat, ancien garde-côte sur la côte orientale africaine. Mais ce dernier surestime trop ses connaissances malgaches et tombe parfois dans la fantaisie : « Rasoherina, je crois, ministre de Ranavalona II… », alors que celle-ci succède à la première sur le trône de l’Imerina.

 Par ailleurs, à l’inverse de l’Éclaireur, le Journal de Bergerac, de tendance bonapartiste, ne s’intéresse que tardivement aux questions malgaches, la première fois en septembre 1894. Se référant au journal parisien l’Estafette, il informe « qu’une expédition contre Madagascar est imminente ». Il fait également allusion aux multiples attentats perpétrés sur des Européens à Madagascar et conclut : « Il y a là, évidemment, une situation qui ne peut pas durer… La question est de savoir si la crise prendra un caractère d’acuité tel qu’il faille y parer d’urgence ou si, au contraire, le gouvernement pourra attendre la rentrée du Parlement pour s’en expliquer devant lui. »

Sur la nécessité de l’expédition, le Journal prône avec force : « Nous ne doutons pas que les Chambres votent les crédits qui seront nécessaires à l’expédition de Madagascar, car il s’agit de défendre nos intérêts engagés là-bas… » Et quelques jours plus tard, il fait appel à des volontaires pour constituer le corps expéditionnaire.

Pela Ravalitera

L’Express

Publié dans Revue de presse

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