2014-08-05 « Des cubes de gomme flottent sur l’océan Indien »

Publié le par Alain GYRE

« Des cubes de gomme flottent sur l’océan Indien »

 

05.08.2014

Notes du passé

 

 

Après avoir abordé la découverte du caoutchouc à Mada­gascar, Raymond Decary, dans « L’Histoire du caoutchouc malgache » présente les modes locaux d’extraction et le tonnage des exportations, très variable. Si celles-ci  sont de 50 tonnes en 1870, elles atteignent le pic des 1000 tonnes en 1907 avant de chuter jusqu’à 2 tonnes en 1928.

 Le caoutchouc provient des grands « Mascarenhasia », de l’ « Intisy » et des lianes « Landolphia » et « Cryptostegya », mais aussi des fruits de « Secamonopsis » et de « Marsde­nia». À partir de 1928 et pendant dix ans, il n’est plus question de caoutchouc malgache, ce qui permet aux peuplements de se reconstituer.

 Puis éclate la seconde guerre mondiale. Au début, les Britanniques font le blocus de l’île et très vite, les pneumatiques viennent à manquer. Repliée sur elle-même, la Colonie doit vivre sur ses propres ressources. C’est ainsi qu’un atelier de rechapage est créé dans la capitale, dirigé par Hermet.

 Ce dernier utilise d’abord la gomme d’une ancienne plantation d’hévéas, faite vers 1910 par la Compagnie Lyonnaise à Andemaka, près de Vohipeno. Il expérimente ensuite, et avec succès, celle du « Guidroa » ou« Masca­renhasia arborescens », et aussi celle du « Kompitso » ou « Gonocruypta grevei », dont les propriétés d’élasticité sont excellents.

« En même temps, cet établissement fabriquait en caoutchouc des objets variés, joints de moteurs, joints de pompes, tétines pour biberons, balles de tennis, capsules pour bouteilles afin de remplacer le liège et même des bigoudis. »

En 1942, la Grande île est libérée, les Anglais arrivent à Antananarivo et s’intéressent aussitôt au caoutchouc malgache. L’administration locale demande à Rubber Control de fournir des pneus qu’on lui livre en échange, « poids par poids », de la gomme malgache brute : « Les Britanniques étaient alors eux-mêmes pris à la gorge par le problème de caoutchouc. »

Un Comité du caoutchouc est ainsi formé à Antananarivo. Le service des forêts rédige à l’usage des habitants des zones côtières, une notice qui est largement diffusée « pour l’exploitation rationnelle des peuplements qui s’étaient progressivement rétablis ».

Raymond Decary mentionne que la gomme est achetée par l’administration sous forme de galettes « dont la présentation rendait la fraude difficile ». L’exploitation dans les districts de production devient quasi obligatoire et dure environ dix-huit mois. Elle est importante « mais pas publiée ».  « Il était pittoresque à cette époque, de voir dans les maisons des administrateurs de brousse, les galettes entassées ou séchant suspendues aux solives de la véranda. » Peu à peu, en échange, les pneus reviennent. Enfin, « ce fut la paix et toute cette exploitation cessa ».

Raymond Decary cite une anecdote de l’époque. Pendant la guerre, alors que des sous-marins allemands rôdent dans l’océan Indien, des navires chargés de caoutchouc d’Extrême-Orient sont torpillés à plusieurs reprises. La gomme qui est généralement façonnée en masses cubiques d’une trentaine de kilogrammes, flotte.

 Ainsi, poussées par les courants, celles-ci viennent parfois s’échouer sur la côte orientale, de Fenoarivo-atsinanana à Tolagnaro ; courants qui peuvent parfois en rejeter jusque sur la côte Sud-ouest. « Et j’en ai vu, en 1943, échoués dans la région de Manambo. » Tous ces produits de récupération finissent par représenter un appoint d’une certaine importance.

 Néanmoins, Raymond Decary assure que par la suite, l’exploitation se fait toujours suivant la collecte sauvage, au grand désavantage des peuplements. « Il ne restait plus à ceux-ci qu’à se  régénérer une nouvelle fois. »

Pour terminer son étude sur les vicissitudes du caoutchouc malgache, Raymond Decary souhaite, pour la sauvegarde de la flore, que son exploitation mette son point final.

 

 

 

Pela Ravalitera

L’Express

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