2014-08-14 Le rêve utopique de l’Américain Woodford

Publié le par Alain GYRE

Le rêve utopique de l’Américain Woodford

 

14.08.2014

Notes du passé

 

L’Américain Wood­ford débarque pour la seconde fois à Madagascar,  début avril 1895, et dès le 9 avril, il demande audience au Premier ministre Rainilaiarivony pour lui faire part de ses projets (Jean Valette, archiviste paléographe, conférence sur « Les relations américano-malgaches aux XVIIIe et XIXe siècles», 1966).

 Le 16 avril, il arrive à Antana­narivo, renouvelle sa demande tout en annonçant son départ le 27 avril d’exposer par lettre le plan qu’il imagine pour venir en aide à Madagascar. « Un « plan grandiose, certes, mais qui semble manquer de réalisme.»

L’idée essentielle est que la France revendique le droit d’obtenir de vastes concessions à Mada­gascar et que pour appuyer ses revendications, elle envoie une armée de 20 000 hommes. Pour la contrer, Woodford propose simplement de lui donner les concessions réclamées par la France, les États-Unis ayant l’habitude de défendre les droits de leurs citoyens.

« Et ils sont suffisamment forts pour en imposer à la France. » Ce qui amènerait celle-ci « à cesser les hostilités contre Madagascar, la cause principale du conflit ayant cessé ».

Woodford poursuit dans sa lettre que si les Français apprennent qu’un citoyen américain obtient les concessions pour lesquelles ils font la guerre, « il se produirait en France un tel mouvement d’opinion contre sa continuation que le corps expéditionnaire serait rappelé ».

Toutefois, ajoute-t-il, si le conflit est mené jusqu’au bout et que les Français atteignent la capitale malgache comme ils en manifestent l’intention, « il est évident que la présence de grands intérêts américains à Madagascar donnerait aux États-Unis des droits pour intervenir en médiateur et régler le conflit à l’avantage de Madagascar ».

L’Américain présente alors les conditions exorbitantes qui lui confèrent un véritable monopole sur la vie économique de la Grande île et en donne la contrepartie, dont la somme de dix millions de dollars. Mais à la fin de sa lettre, transparaissent quelques notes pessimistes touchant les difficultés qu’il aura à réunir cette somme à cause de la guerre.

 Rainilaiarivony ne répond sans doute pas à « cette étrange lettre », puisque le 7 mai 1895, l’Américain croit devoir faire de nouvelles propositions sous forme d’un projet de convention. Celui-ci prévoit l’envoi d’une lettre de Ranavalona III au président des États-Unis, la fourniture de 40 000 dollars d’armes et de 10 000 dollars de navires. « Ces navires arboreraient de jour les drapeaux américain et malgache, et la nuit des feux rouges et blancs. Comme ce seraient de véritables corsaires, 15% de leur butin serait revenu au gouvernement malgache. Woodford- « qui ne s’oubliait pas »- demande pour lui le titre d’amiral de la Flotte, en même temps que celui de consul général de Madagascar à Washington. La clause des deux ports à concéder aux Américains est également prévue.

 Le 9 mai, Woodford demande à nouveau un entretien au Premier ministre, pour lui communiquer des nouvelles importantes.

 Le 21 mai, il est à Andraisoro où la maladie le terrasse sur le chemin du retour et il doit s’y arrêter. Il en profite pour écrire une énième fois à Rainilaiarivony, lui demandant d’examiner et de bien étudier encore une fois ses propositions.

 Jean Valette évoque aussi l’affaire Waller. Le consul américain  malgré son immunité consulaire, est arrêté à Toamasina dès l’arrivée des troupes du commandant Bien-Aimé en décembre 1894. Il est déféré à une cour prévôtale et est condamné à dix ans de travaux forcés.

 Antananarivo tombe le 30 septembre 1895. Le 6 août 1896, est promulguée  la loi d’annexion. Les États-Unis et Mada­gascar ne devront plus avoir de relations diplomatiques directes jusqu’au 26 juin 1960, lorsque les États-Unis reconnaissent la jeune République malgache devenue indépendante.

Pela Ravalitera

L’Express

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