31 000 ha brûlés

Publié le par Alain GYRE

 

31.000ha brûlés, la population de l’Atsimo Andrefana victime des hatsake
(13-07-2012)

Le hatsake, ces cultures sur brûlis mieux connus sous le nom de tavy dans l’Est et le Centre de Madagascar, menace sérieusement le niveau de vies de la population de l’Atsimo Andrefana.

D’après WWF Madagascar et Océan Indien occidental, la grande forêt située au cœur de l’aire protégée de Ranobe-PK32, au nord de Toliara, entre les rivières Fiherenana et Manombo, est la plus lourdement frappée : 31 000ha, soit l’équivalent de 28 703 terrains de football, sont partis en fumée à cause de cette pratique agricole particulièrement destructrice entre 2000 et 2011.

Cette forêt fournit aux communautés riveraines ainsi qu’à la ville de Toliara et de ses environs l’essentiel de leurs besoins quotidiens : le bois d’œuvre et de construction, le bois pour la fabrication des pirogues, les plantes médicinales, les fruits, le gibier ou le miel. Elles sont aussi la principale source de nourriture pour le bétail durant la saison sèche. 85% du charbon de bois de Toliara proviennent de cette zone. S’agissant d’une aire protégée, l’exploitation des ressources forestières y est autorisée, dès lors que l’engagement d’une gestion durable est respecté.
« Sacrifier une forêt pour cultiver durant une saison agricole, c’est comme démonter un pont pour construire sa maison. On améliore un peu son niveau de vie mais on cause de grands torts à ses concitoyens et à soi-même. », selon Xavier Vincke, responsable projet Surveillance aérienne des aires protégées du WWF dans la région de Toliara.

Ainsi, ces forêts, malheureusement menacées par le hatsake, sont un maillon essentiel de la vie sociale, économique et culturelle de l’Atsimo Andrefana. Si cette forêt de Ranobe-PK32 venait à disparaître, partiellement ou totalement, cela signifierait que les services écologiques gagnés par la présence de ces ressources naturelles seront réduits à néant. Les conséquences sociales et économiques touchent également les pêcheurs.
« Lorsque ces forêts sont éliminées par le hatsake, la terre fertile est emportée par l’eau de pluie vers les cours d’eau, un endroit où elle ne sert à rien sauf à créer des dégâts », a ajouté M.Vincke. En effet, les cours d’eau déversent cette terre sur les récifs de corail. Cette boue prive les coraux de lumière, de nombreuses espèces qui en dépendent meurent à leur tour ou migrent ailleurs.

 

Pour éviter le drame imminent de la destruction de ce capital forestier, WWF a mis en place, en partenariat avec Aviation Sans Frontières - Belgique et le Système des Aires Protégées de Madagascar, un système de surveillance aérienne des aires protégées.
« Il s’agit d’un système d’intervention rapide et efficace sur les sites d’agriculture sur brûlis. Chaque année, un avion survole les aires protégées, afin de prendre en photos tous les sites d’agriculture sur brûlis. Les photographies aériennes sont aisément analysées par les villageois et permettent d’orienter des patrouilles sur le terrain » selon Simon Ranafomezantsoa, Coordinateur du programme terrestre de WWF.

Les photographies géantes prises au cours de ces survols ont été présentées à Toliara, lors d’une exposition publique qui n’a pas laissé la population indifférente.
« Nous espérons que ces photographies aériennes feront prendre conscience à tous ceux qui les voient qu’il est temps d’agir, afin de préserver notre patrimoine forestier et d’arrêter de gaspiller nos richesses naturelles. Nous espérons que grâce à ces photos, l’on comprendra que la disparition de nos forêts à cause de l’agriculture sur brûlis est imminente et causera de graves problèmes économiques et donc de sécurité alimentaire pour les habitants de Toliara», a souligné Xavier Vincke.


Avec cette pratique du tavy, la superficie de la forêt de Ranobe-PK32 est passée de 88 000 à 57 000 hectares. Malheureusement, chaque année, de plus en plus de défricheurs s’installent dans cette zone, ce qui accélère de manière inquiétante la destruction des forêts. En 2010, plus de 300 nouveaux sites de cultures sur brûlis ont été localisés dans Ranobe-PK32. L’un d’entre eux faisait plus de 200 hectares.

Mais cet effort de lutte contre le hatsake serait vain si des mesures adéquates qui permettent aux populations de subvenir aux besoins de leurs familles sans avoir recours à la culture sur brûlis ne sont pas prises. Plusieurs projets sont déjà en cours tel le projet de gestion durable des terres qui permet aux villageois de se lancer dans des techniques agricoles adaptées, rentables et durables tout en gérant les ressources naturelles de manière efficace. C’est aussi le cas de la promotion des foyers économiques qui permet d’utiliser moins de charbons et de rationnaliser le recours au bois énergie en utilisant ces fameux « fatana mitsitsy », capables de générer plus de 60% d’économie de charbons.

Cependant, de telles initiatives ne pourraient, à elles seule, régler le problème du hatsake si la loi n’est pas appliquée.
« L’application rigoureuse des lois forestières reste la démarche cruciale qui pourrait mettre fin à ce phénomène. Une application qui exige, en amont et en aval, que toutes les entités concernées prennent leurs responsabilités », a lancé WWF.

Solofo Andrianjakarivelo

 

Publié dans Revue de presse

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