Accaparements des terres: le pays reste un espace très recherché

Publié le par Alain GYRE

Accaparements des terres: Le pays reste un espace très recherché

     

 

Lundi, 14 Janvier 2013

Les actuels accaparements de terre, de l’avis des analystes, ne peuvent exister, contre la volonté des peuples, que grâce à la corruption, la pauvreté et le faible niveau d’éducation. Madagascar, avec ses 36 hab. par km2, reste donc un espace très recherché par les spéculateurs étrangers voire autochtones, pour toutes ces raisons.

Plus, d’après les données publiées par le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM), il apparaît que s’ils sont si pauvres c’est bien parce que ceux du nord qui les asservissent et les volent depuis des siècles, sont si riches. Le système de vase communiquant entre ces deux mondes ne fonctionne-t-il pas comme un nouveau commerce triangulaire. Sur ce point il est avancé que le commerce triangulaire, 16 -19e, a duré plus de trois siècles. Des bateaux partaient des grands ports européens chargés de fusils, lingerie fine et autres verroteries vers certains ports africains, comme l’île de Gorée au Sénégal. Ils échangeaient-achetaient des esclaves africains qu’ils transportaient vers les caraïbes et toute la côte d’Amérique du sud dans des conditions abominables. Le « bois d’ébène » survivant était alors vendu comme force de travail à des colons blancs, pour exploiter les terres et les mines. Les voiliers rentraient alors dans leur port d’origine chargés de coton, tabac, sucre, or et argent, épices, etc. qu’ils vendaient en Europe. Les fortunes accumulées par ces nouveaux capitalistes ont financé la continuité de ce commerce transatlantique, des guerres de conquête coloniale et la révolution industrielle du 19 ème.

Dans ce contexte, les informations rendues publiques par le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde font état, notamment, que les transnationales aux comptabilités opaques ne payent qu’un prix dérisoire à Madagascar pour les matières premières extraites, ce que l’on peut assimiler au pillage des pays d’Amérique du sud dans le passé. Ne peut-on comparer la dette illégitime, les plans d’ajustement structurel, la corruption et les paradis fiscaux aux fers des esclaves, au fouet du maître et aux armées coloniales munis d’armures, de chevaux et de fusils à poudre au 16-17e S, face aux indigènes munis d’arcs et de javelots inefficaces.

Et la même source de décrire que si la comparaison ne semble pas évidente au premier abord, les résultats en sont bien les mêmes. Les bourgeoisies de ce pays ne se comporte-elles pas avec leur peuple comme les colons blancs du temps de l’esclavage et des colonies, et les transnationales extractivistes ne se comportent-elles pas comme des armées d’occupation. N’en va-t-il pas de même pour les terres accaparées par la finance internationale. Les prix de location officiel ne dépassent souvent pas 1 euro par ha, et par an alors que les productions sont exportées vers les pays riches sans offrir de travail aux populations locales ou si peu. Car elles sont remplacées par de la mécanisation agricole venue du nord.

En outre, il est mentionné que la majorité des matières premières minérales ou fossiles sorties de Madagascar ou d’Afrique par des transnationales extractivistes traverseront les océans sur des vraquiers pour rejoindre les pays d’Asie, la Chine surtout. Ensuite, cette dernière, les transformera en biens de consommation puis les réexportera. Ces matières premières transformées retraverseront les océans sur des porte-conteneurs vers les pays les plus riches : Europe, EU d’Amérique, Japon où elles seront définitivement consumées (consommées). Pour finir, ou plutôt pour recommencer, les profits que les transnationales auront tirés de cette « chaîne » pourront alors traverser librement les océans en tous sens, à la vitesse de la lumière des ordinateurs, des paradis fiscaux situées sur le plus souvent sur des îles à ceux des bourses de New York, Toronto ou Londres. Ils pourront alors, à la différence des matières premières non renouvelables, être ensuite recyclés dans de nouveaux accaparements et de nouvelles aventures extractivistes. Quant aux peuples du sud, ils géreront les déchets et toutes les autres externalités telles que le réchauffement dont les effets seront beaucoup plus dramatiques non seulement à long terme mais dès aujourd’hui sous les tropiques. Des choses que les actionnaires ne veulent pas reconnaitre ni surtout prendre en charge, malgré les énormes bénéfices qu’ils retirent de ces extractions.

La Gazette

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