Afo tsy maty

Publié le par Alain GYRE

Afo tsy maty

 

Le « Afo tsy maty » ou « feu qui ne s’éteint jamais » est depuis toujours un des rituels marquants du Nouvel An malgache. Recueillir les braises ou les cendres de ce feu passe pour être un puissant talisman pour affronter l’année qui vient.

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Les temps changent, mais le afo tsy maty reste. Chaque année, la veille du Taombaovao malagasy (nouvel an malgache), on allume un grand feu de camp dans le palais royal, auquel l’ensemble de l’ambanilanitra (peuple) est convié. Dans les temps anciens, obligation était faite par le roi de jouer toute la nuit autour de ce feu (afon-dasy) et d’y allumer des lampions. « Ce partage du feu avait valeur de bénédiction », commente Henri Randrianjatovo, président du Trano Kolotoraly Malagasy.

 

Autour de ce feu, des activités sont organisées, cela va du concours de beauté (fampitaha) ou de rhétorique (don-tany sy kapo-tandroka) en passant par des jeux de société, en attendant le jour et le vary amin-dronono tondrahan-tantely (riz cuit avec du lait et imbibé de miel) qu’on se partagera au petit matin. « Le sens de ces activités est de garder le feu intact. La flamme qui produit de la lumière et de la chaleur symbolise la vie, la vérité, l’honnêteté, le fihavanana (solidarité) et tout ce qui est bon en général. Il ne faut donc pas qu’il s’éteigne si l’on veut que les bonnes choses de l’année qui se termine puissent se poursuivre. »

 

Si cette flamme est si importante pour les Malgaches, c’est que la légende veut qu’elle soit un objet céleste. Sur ce point, l’angano (mythe) malgache et grecque sont similaires : le fils de Dieu aurait dérobé le feu aux cieux et l’aurait apporté aux hommes. « Le afo tsy maty n’est certainement pas inspiré de la flamme olympique, même s’il y a des analogies dans la symbolique. Les Vazimbas, le premier peuple de Madagascar, le pratiquaient déjà bien avant la découverte de la Grande île par Diego Diaz en 1500 », rappelle Henri Randrianjatovo. Traditionnellment, ce sont les Velondraiamandreny, le clan au service des souverains de génération en génération, qui sont chargés de garder cette flamme allumée toute l’année.

 

Le rite de l’afo tsy maty est pratiquement demeuré inchangé, même si les dates de sa célébration ont pu varier avec les époques. Il était célébré, par exemple, le même jour que l’anniversaire de la reine Ranavalona III sous son règne, mais le 14 juillet pendant la colonisation... Le matin, quand le jour s’est levé et que le feu de camps s’éteint, tout le monde se presse pour ramasser ce qu’il reste de braises, ou carrément les cendres. Ces reliques sont précieusement conservées toute l’année avec valeur de talisman. « Elles passent pour être des boucliers très efficaces pour se préserver des mauvais sorts qu’on pourrait nous jeter », explique le président du Trano Kolotoraly.

 

 

Solofo Ranaivo

(article publié dans no comment magazine n°50 - Mars 2014 ©no comment éditions)

 

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