Agriculture : Renaissance de la noix de cajou africaine

Publié le par Alain GYRE

Agriculture : Renaissance de la noix de cajou africaine

Vendredi, 09 Septembre 2011

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Noix de Cajou Afrique

Pendant que toutes les attentions se portent sur les minerais et les hydrocarbures, l’Afrique se laisse détourner d’autres options qui pourraient facilement combler un manque à gagner dans ses revenus de production et d’exportation. La noix de cajou fait partie de ces ressources prisées sur les marchés internationaux et dont on ne tient pas toujours compte lors de l’élaboration de diversification de l’agriculture et des perspectives de développement.

 

Une description des spécialistes nous enseigne que l’anacarde est le fruit de l'anacardier, un arbre fruitier d'une dizaine de mètres de hauteur, originaire du Brésil, introduit depuis très longtemps en Afrique et aujourd'hui largement répandu puisque c'est sur ce continent qu'il y occupe la plus grande surface. L'anacarde est constitué de la noix de cajou, très recherchée, surmontée d'un faux-fruit, la pomme de cajou.

 

La noix de cajou est utilisée comme friandise de cocktail ou dans l'industrie alimentaire pour la fabrication de chocolat, de nougat, de biscuits ou encore de crèmes glacées, etc. La pomme de cajou, juteuse et sucrée, est neuf fois plus riche en vitamines C que l'orange. Sa pulpe se prête à la fabrication de jus de fruits, d'alcool, de confitures ou de pâtes de fruits. Enfin, le baume de cajou (ou CNSL Cashew Nut Shell Liquid) que l'on extrait de la coque entourant l'amande est une sorte d'huile astringente et corrosive très recherchée par les industriels pour ses propriétés uniques pour la fabrication de freins, d'embrayages, de caoutchoucs et d'isolants.

 

Le défi de la transformation locale

 

Sur le plan alimentaire, le marché de la noix de cajou est d’autant plus important qu’elle est la 3e « noix » la plus consommée dans le monde après l’amande et la noix de noyer. De 70% dans les années 70, l’Afrique est tombée à 30% de la production mondiale dans les années 2000 en raison de la percée d’autres régions dont l’Inde et le Viêt-Nam, actuels leaders du secteur. La suprématie de l’Inde est écrasante à ce sujet car elle en est le premier producteur mondial, le premier transformateur et le premier exportateur mondial.

 

Et l’Afrique y « envoie » à l’état brut l’essentiel des 90 % (350 000 tonnes) de sa production annuelle destinée à l’exportation. Décortiquées, les noix repartent ensuite vers les États-Unis, premiers importateurs au monde, et en Europe. Il en résulte un manque à gagner considérable pour les pays africains dans ce processus. Car en exportant toute cette quantité de noix vers l'Inde qui en assure la transformation, elle perd le contrôle de la mise en marché du produit final, convoité par les milieux nantis. Ce qui implique une perte sèche estimée à 50 millions $ annuels.

 

Le principal enjeu pour les pays producteur africains est désormais d’implanter des unités locales de transformation afin de permettre aux industriels locaux de maîtriser leur coût de production, les prix sur le marché international et le volume de commandes de leurs clients.

 

Tout ne semble cependant pas perdu car une quinzaine de pays producteurs africains, réunis au sein de l’Alliance africaine des producteurs de noix de cajou, ont lancé de nouvelles pistes pour le développement de la filière. On compte, dans les différentes actions, la mise sur pied de véritables plans d’affaires et surtout des changements techniques et technologiques en vue d’améliorer l’efficacité et la productivité des entreprises.

 

L’exemple du Bénin, 5e producteur mondial, est intéressant à cet égard. Depuis le début des années 2000, Porto-Novo a multiplié les initiatives dans la filière cajou et les résultats, quoiqu’insuffisants, sont encourageants. Une moyenne de 15 à 20 milliards FCFA de revenus d’exportation sont inscrits dans la colonne des revenus de l’économie nationale.

 

Devraient se rajouter d’autres variables, comme la considération bio qui représente une valeur ajoutée non négligeable sur le marché international. Car, face au déferlement de la production asiatique, les pays africains ont tout intérêt à prendre d’autres orientations et mieux organiser leurs filières. C’est sans doute le chemin qui mènera vers une vraie renaissance de la noix de cajou africaine.

 

Léopold Nséké

 

Afrique Expansion Magazine

Publié dans Revue de presse

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