Alavolon-java : Comme un cheveu sur la soupe

Publié le par Alain GYRE

Alavolon-java : Comme un cheveu sur la soupe

 

À six ou sept mois, la tradition commande qu’on coupe pour la première fois les boucles de bébé. c’est la cérémonie du alavolon-jazaà l’issue de laquelle les cheveux sont mélangés à la nourriture et servis aux convives... cheveux d’ange ?

 

1-volos.jpg

 

 

S i dans d’autres cultures, couper pour la première fois les cheveux d’un enfant est un événement anodin, à Madagascar, surtout dans les hautes terres centrales, cela ne doit en aucun cas passer inaperçu. La cérémonie du alavolon-jaza (première coupe) est en fait aussi importante que celle du famorana(circoncision) ou du vodiondry (mariage traditionnel). C’est pour cela que tous les parents, amis et connaissances, doivent être tenus au courant de l’événement. C’est toujours vrai de nos jours, et pas seulement dans les campagnes les plus reculés.

 

En voici un exemple parfaitement urbain avec la petite Ariniaina Johanna âgée de sept mois. Ses parents - père employé dans un institut micro-finance et mère secrétaire de direction dans une société commerciale - ont décidé de lui faire un alavolon-jazadans les règles de l’art. « Son grand-père est un mpikabary (pratiquant du kabary, l’art oratoire malgache), c’est lui qui a insisté pour qu’on le fasse car il tient beaucoup au respect des traditions », explique le père d’Ariniaina.

 

Certains spécialistes estiment, la question n’est pas tout à fait tranchée mais ne coupons pas les cheveux en quatre, que les Anciens attendaient l’alavolon-jaza pour attribuer son nom personnel à l’enfant. Opération capitale, car doté de son nom, l’enfant devient un membre du groupe à part entière, qu’on peut désormais inhumer dans le tombeau de famille.

 

C’est aussi à cette occasion que le bébé reçoit pour la première fois un autre aliment que le lait maternel, par exemple un peu de bouillie qu’on lui met dans la bouche. À noter que pour être considérés comme lahy (mâles), les garçons ont encore à subir l’épreuve de la circoncision.

 

Ce samedi 27 juillet, vers 8 heures du matin, tous les invités, une dizaine de personnes dont les grands-parents, les oncles et tantes et une poignée d’amis sont présents sur les lieux. Comme cadeaux, ils ont apporté des peignes, une casquette à l’effigie de Dora l’exploratrice et des pinces à cheveux. À 9 heures, on passe à l’action, sans plus tarder car tout doit se dérouler dans la matinée. Le père d’Ariniaina tend les ciseaux à une jolie jeune femme d’une vingtaine d’années à la coiffure impeccable. « La tradition veut que celui ou celle qui fera office de coiffeur ait une chevelure aussi belle et soignée que celle que l’on souhaite à son enfant »,explique Gaby Rabenjamina, professeur de malgache dans un lycée d’Ampasapito. En fait, la coupe ne prend que quelques minutes. Les cheveux sont ensuite éparpillés sur du riz cuit étalé au van. « Les cheveux coupés sont porteurs de bénédictions, surtout pour les femmes désirant un enfant »,commente Gaby Rabenjamina. À 11 heures, au signal du grand-père, les femmes qui désirent un enfant se précipitent sur le riz dans l’espoir que cette nourriture leur permettra de tomber enceintes. S’il y a du bouillon au menu, inutile de dire qu’il tombera comme un cheveu sur la soupe... à moins de le servir avec des cheveux d’ange ?

 

Solofo Ranaivo

 

(article publié dans no comment magazine n°46 - Novembre 2012 ©no comment éditions)

 

No comment&éditions est une maison d’édition malgache créée à Antananarivo en novembre 2011.

Elle publie principalement des livres sur Madagascar.

Ils sont distribués en librairie à Madagascar et en France.

Coordonnées à Madagascar : 2, rue Ratianarivo, immeuble Antsahavola, Antananarivo 101 - +261 20 22 334 34.

Coordonnées en France : 58, rue de Dunkerque, 75009 Paris - 06 12 75 51 06.

http://www.nocomment.mg

www.nocomment-editions.com

 

Publié dans Coutumes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article