Ankamantatra: "Questions pour un Ntaolo"

Publié le par Alain GYRE

Ankamantatra: "Questions pour un Ntaolo"

 

 

 

09/11/12 |  Traditions

 

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« Inona ary izany ? » est l’incontournable question qui ouvre le jeu. Traduction : que suis-je ? ou encore qu’est-ce que c’est ? Dès qu’on l’entend, on sait que l’on est dans une partie d’ankamantatra et qu’une énigme est à trouver. Exemple : « Inona ary izany ? Hano aho ihinanako anao » (Que suis-je ? Mords-moi et je te mords). C’est un ankamantatra trop facile, et même classique : n’importe quel Malgache connaît la réponse et vous répondra à la seconde : « sakay » (piment). D’autres sont beaucoup plus compliqués et demandent à bien faire fonctionner ses méninges, un peu comme un quiz mental, et c’est en cela que l’ankamantatra a toujours eu une fonction éducative chez les jeunes.

« Chez les Ntaolo (les anciens Malgaches), C’était moins perçu comme un jeu que comme une forme d’apprentissage. Il faut savoir que nos ancêtres n’avaient pas d’écoles jusqu’à l’arrivée des Européens, c’est leur quotidien qui était leur école », rappelle Manitra Razanamampionona, professeur de malagasy dans un lycée de la capitale. A travers les devinettes, l’enfant engrangeait tout un tas de connaissances à la façon d’une encyclopédie virtuelle, et avec toujours le sentiment de s’amuser. « Inona ary izany ? Elo be tsy mipika » (Que suis-je ? Le grand parapluie qui ne se ferme pas). La réponse est « lanitra » (le ciel).

L’ankamantatra avait surtout lieu le soir à la veillée quand les grands-parents réunissaient leurs petits-enfants autour du foyer. Quand ils ne leur racontaient pas des contes, forcément ils lançaient des devinettes. « Les Anciens étaient de fins pédagogues, ils savaient que la meilleure façon de faire apprendre des choses à un enfant est de lui faire faire des activités ludiques », souligne Manitra Razanamampionona.

Que suis-je ? Je marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir… Réponse : l’homme. Ce grand classique de l’énigme provient en fait de la Grèce antique, mais pourrait très bien s’insérer dans une partie d’ankamantatra, tellement cette façon d’interroger le monde est commune à toutes les civilisations. Pour l’Académie malgache, cette tradition orale est à mettre au même niveau que le kabary (art du discours), le tôkatôka des Betsimisarakas, le rija des Betsileos, etc. Digne en cela d’être défendue et remise en valeur auprès des jeunes. D’ailleurs, depuis presque 30 ans l’ankamantatra fait partie du programme scolaire des classes de seconde…

 

 

Njato Georges 

(article publié dans no comment magazine n°34 - Novembre 2012 ©no comment éditions)

 

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