Aquaculture crevettière: Une filière sinistrée mais négligée

Publié le par Alain GYRE

Aquaculture crevettière: Une filière sinistrée mais négligée         

Mercredi, 23 Juillet 2014

Les fermes d’aquaculture de crevettes continuent de subir les impacts négatifs de la maladie appelée « white spot » ou tache blanche. Ainsi, Aquamen est fermée depuis 2012. Il en est de même pour Aquamas et Aqualma. Quant à Marima, elle est toujours en opération malgré la présence de « white spot » mais cette option nécessite des moyens importants. La ferme OSO/LGA aussi n’a pas cessé ses activités. Le virus du « white spot » n’a pas encore été détecté dans sa zone d’implantation, soit l’Ankarana. Seulement, les risques de contamination existent alors que cette ferme est connue sur le marché international pour ses gambas biologiques. Pour la Somaqua, elle a fermé ses portes en 2009 pour des raisons de rentabilité économique. Outre le virus donc, la filière ne se porte pas bien sur le plan économique. Quant à au « white spot », il est mortel à plus de 75% pour les crevettes. Apparu dans le canal du Mozambique depuis 2011, ce virus continue de faire des ravages, d’autant plus que les fermes crevettières sont principalement installées dans les mangroves de la côte ouest et nord-ouest, soit à moins de 700 km des côtes mozambicaines.

 

D’après les experts qui nous ont fourni ces différentes données, il est impossible d’éradiquer ce virus qui s’est répandu en Asie depuis longtemps déjà. Ce qui signifie que les fermes doivent faire avec en se réorganisant. Il s’agit de choisir entre deux stratégies, comme les fermes asiatiques l’ont déjà fait. La première consiste à isoler totalement les installations (écloserie et ferme) du milieu naturel et à élever des souches de crevettes indemnes. La seconde stratégie porte sur l’élevage de souches de crevettes résistantes au virus. Certaines fermes ont opté pour la première stratégie, d’autres pour la seconde. Sinon, des fermes ayant mis la clé sous la porte veulent bien redémarrer leurs activités en optant pour l’une ou l’autre stratégie. Toutefois, elles n’ont plus suffisamment de ressources financières pour adapter leurs installations. Mais jusqu’ici, le ministère des Ressources halieutiques et de la Pêche reste muet sur les problèmes de l’aquaculture crevettière. Aucune stratégie n’est en vue pour résoudre ces difficultés.

 

Certes, l’Autorité sanitaire halieutique (ASH) a pris des mesures pour circonscrire le virus dans la région de Morondava lors de son apparition chez Aquamen, mais le virus continue de se répandre. Il remonte vers le Nord en suivant la côte ouest. Il faut pourtant noter que la filière crevettière a déjà occupé la première place en termes de rentrée de devises. Mais la pêche et l’aquaculture crevettières se trouvent en difficulté depuis plusieurs années déjà. Les captures tendent à diminuer pour le secteur pêche : 8 600 t en 2002, contre 5 000 t en 2007 et aux alentours de 2 600 t à l’heure actuelle. Les récents scandales des crevettes asiatiques, notamment thaïlandaises nourries par des esclaves, devraient pourtant offrir des opportunités aux crevettes de Madagascar. Certes, les produits de la Grande Ile se situent dans le haut de gamme, mais ces scandales devraient renforcer cette position de Madagascar. Seulement, aucune stratégie n’est à l’horizon pour gérer au mieux la filière crevettière, alors que les problèmes dépassent les fermes et que la filière est pourvoyeur de milliers d’emplois. Un autre problème est signalé par nos sources : l’édition des actes de l’atelier régional sur le « white spot » tenu en 2013 n’est pas encore bouclée. Le bailleur de fonds aurait mis des conditions imprévues. D’où ce grand retard également occasionné par le Mozambique qui n’a pas respecté ses engagements.

 

Recueillis par Fanjanarivo

L’Express

Publié dans Revue de presse

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