Arendrina ô ! : Sur l’air des lampions

Publié le par Alain GYRE

Arendrina ô ! : Sur l’air des lampions

03/06/13 |  Traditions

 

Arendrina ô ! : Sur l’air des lampions

 

Les « arendrina » sont indissociables de la fête nationale. La veille du 26 juin, il n’est pas un gamin qui n’ait à la main son lampion en papier, symbole de la liberté. Une tradition en fait bien antérieure à l’Indépendance…

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Depuis 53 ans, c’est devenu une tradition incontournable. Chaque soir du 25 juin, veille de la célébration de l’Indépendance, les jeunes - qu’ils soient de la ville ou de la campagne - se regroupent pour parader avec leur arendrina. Dès le début du mois, tous les marchés et boutiques sont inondés de ces lampions en papier de couleurs vives, où domine nettement le blanc-rouge-vert du drapeau national. Les autorités publiques et les associations caritatives en distribuent gratuitement à ceux qui n’ont pas les moyens de s’en acheter, car tout le monde est de la fête en ce jour de commémoration collective.

 

Impatiemment, les gamins attendent que le soleil se couche et que la nuit soit assez profonde pour allumer les lanternes. Les premières commencent à trouer l’ombre de leur halo rouge. Suivi d’autres, et d’autres encore. Et là, tout à coup, comme une coulée de lumière qui embrase les rues et les moindres ruelles, tandis que retentit le chant traditionnel : « Arendrina o ! arendrina taratasy may may » (Les lanternes en papier brûlent facilement, mais cela ne nous attriste pas, car nous sommes indépendants). L’ambiance est à son comble quand explosent les pétards et les feux d’artifice fournis par l’État, sous les sifflets et les applaudissements de la foule. Ce qui s’appelle une liesse populaire avec ça et là des couples qui dansent au milieu de la rue. Même les vendeurs de boissons et de masikita (brochettes) sont à la fête.

 

Si les tout-petits vont retrouver leur lit sur les coups de 20 heures ou 21 heures, les plus grands ont la permission de faire la fête jusqu’à l’aube. Les gamins exultent, ça n’arrive pas tous les jours ! Après cette nuit mémorable, le lampion est religieusement conservé. S’il n’est pas trop brûlé, il pourra servir d’abat-jour ou autre objet de décoration pour la maison. Beaucoup pensent que la tradition des arendrina est copiée des lampions chinois, mais ce n’est pas l’avis de cet anthropologue de l’université d’Antananarivo qui fait remonter leur origine aux époques royales. « Les Anciens utilisaient les lampions pour chasser les esprits maléfiques, car on dit que les démons et les fantômes ont peur du feu. Il n’est pas à exclure que c’est dans cet esprit qu’ils sont utilisés le 25 juin, comme pour exorciser les anciens colonisateurs… »

 

Même chose pour les pétards qui auraient la vertu d’effrayer les mauvais esprits. Toute cette débauche de petits foyers ne va pas sans poser de problèmes, comme en témoigne les nombreux cas d’incendies qui sont relevés dans la nuit du 25 juin, certains dramatiques. C’est pour cette raison que depuis deux ou trois ans, on a tendance à remplacer les bougies par des ampoules électriques fonctionnant avec des piles. La fête oui, le barbecue non !

 

 

Solofo Ranaivo

(article publié dans no comment magazine n°41 - Juin 2013 ©no comment éditions)

 

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