Atolimborongola.

Publié le par Alain GYRE

279 ATOLIMBORONGOLA.

 

Deux frères, gardant le troupeau en pleine brousse, découvrirent avec surprise trois œufs d’un oiseau inconnu.

-          Emportons-les chez nous et faisons-les couver par une poule, proposa l’aîné.

Au village, les œufs furent confiés à une poule.

Plus tard, l’éclosion donna trois jeunes que les frères nommèrent Atolimborongola.

Ils les adorèrent, si bien qu’ils les gavèrent de nourriture. Chaque soir, ils revenaient du gardiennage chargés de sauterelles pour leurs protégés.

De loin, les frères chantaient à l’unisson :

« Eh ! Atolimborongola, miens, aba.

Eh ! Atolimborongola, miens ene.

Si mon père me bat,

Je partirai pour d’autres cieux.

Si ma mère me bat,

Je partirai pour d’autres cieux. »

En entendant ce chant, les trois oiseaux s’élançaient vers eux. Les deux frères jetaient sur le sol des poignées de sauterelles, que les oiseaux picoraient avidement jusqu’à avoir le jabot de la grosseur d’une termitière. Gavés de nourriture, ils atteignirent rapidement la taille d’un bélier

Un jour, un bruit se répandit dans le village des deux frères : un « fampinoma » (1) allait avoir lieu le lendemain dans le village voisin.

-          Je ne suis pas en forme, dit leur père. C’est vous mes fils, qui me représenterez là-bas et transporterez notre part de viande.

En vérité, le père se portait bien. Il entendait seulement profiter de l’absence des frères pour faire abattre un de leurs oiseaux et en savourer la viande.

Le lendemain, les frères se levèrent avec le jour et se rendirent au village où allait bientôt se tenir le « fampinoma ». le père mit aussitôt à exécution son projet.

-          Ma femme, le mal me ronge, dit-il en feignant de souffrir.

-          Faut-il abattre un bélier pour toi ? demanda la femme.

-          La viande de bélier ne me guérira pas. Tue plutôt un des Atolimborongola !

-          Comment pourrai-je sacrifier un de ces oiseaux que nos enfants chérissent tant ? N’entends-tu pas leur chant chaque fois qu’ils reviennent du pâturage ?

L’épouse finit pourtant par céder devant l’insistance de son mari, et égorgea un Atolimborongola. L’oiseau s’avéra plus gras que charnu.

La viande cuite, le père glouton s’en régala seul, car sa femme avait refusé d’en manger.

Pourtant, il n’avait pas avalé trois morceaux que l’appétit prenait congé de lui. Cet oiseau était bien trop gras ! La grande marmite était encore pleine de viande, et le grenier débordait de viande crue.

Quand vint le crépuscule, le doux chant des deux frères se fit entendre dans la brousse. Ils avaient fait provision de sauterelles sur le chemin et voulaient les offrir à leurs oiseaux.

Mais cette fois, aucun oiseau ne se précipita à leur rencontre. Il leur fallut appeler, et appeler encor pour qu’enfin les volatiles se présentassent. Hélas ! Ils n’étaient que deux.

Redoutant quelque chose, les deux frères se dirigèrent vers la maison. Ils posèrent leur fardeau, jetèrent un coup d’œil au grenier et … dé »couvrirent la viande.

-          Mère, il y a de la viande au grenier, dit l’aîné.

-          Votre père m’a ordonné de tuer l’un de vos oiseaux, répondit la mère. Il prétendait que seule la viande d’Atolimborongola guérirait sa maladie.

-          Vous ne m’aimez plus, conclut l’aîné.

L’aîné sortit de la amison et se mit à courir, à courir. Sa mère et son frère s’élancèrent à sa poursuite pour essayer de le rattraper, en vain.

« Eh ! Atolimborongola, miens, aba.

Eh ! Atolimborongola, miens, ene.

Si mon père me bat,

Je partirai pour d’autres cieux.

Si ma mère me bat,

Je partirai pour d’autres cieux. »

Il chantait, il chantait tout en courant. Sa voix était brisée par les larmes. Il chantait quand il atteignit le terrain mouvant. Ses poursuivants étaient encore loin derrière lui.

L’aîné s’adressa ainsi au terrain mouvant :

« Engloutis-moi, terrain mouvant.

Engloutis-moi, terrain mouvant. »

Le terrain mouvant l’engloutit, il disparut à la tombée du jour.

Sa mère et son frère cadet retournèrent au village, pleurant l’aîné avalé par le terrain mouvant à cause de la gloutonnerie du père.

 

(1)   cérémonie coutumière qui dure des mois, le sandratse est organisé en vue de la guérison d’un malade appelé « tearano » (« tea » : aimer, « rano » : eau). La cérémonie comprend deux parties : d’abord, il y a le « kora » (du « korabe » : cri). Cette partie, longue et très animée, permet au tearano de satisfaire son envie de chanter et surtout de danser. Tous les soirs, les proches chantent et dansent autour de lui qui fait de même. Ensuite se tient le « fampinoma ». cette deuxième partie ne dure qu’une journée, mais elle est très importante.  Au cours du « fampinoma », on fait boire au tearano le sang dilué de son bœuf préféré, tué pour l’occasion. Tous les villages voisins sont conviés à la fête.

 

 

 

SAMBO

Adaptation Olivier BLEYS

Contes et légendes Tandroy

L’Harmattan

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