Booster les exportations de produits artisanaux

Publié le par Alain GYRE

Booster les exportations de produits artisanaux

Favoriser la percée des produits artisanaux malgaches et mettre en valeur le savoir-faire malgache. C’est le défi que s’est lancé l’entreprise I-Madagascar. C’est la gagnante du trophée meilleur exportateur organisé par Cap Export.

1,6% seulement. Selon les données officielles émanant du ministère chargé de la promotion de l’Artisanat, il s’agit du pourcentage des artisans qui peuvent effectuer des ventes directes. Sur un total estimé à deux millions d’artisans répartis sur l’ensemble du pays, 250 000 sont déclarés professionnels, c’est-à-dire faisant de l’artisanat un véritable métier de base et ayant une carte professionnelle. C’est face à cette réalité que Hanta Ramakavelo Châteaux a créé son entreprise I-Madagascar en se lançant comme défi de promouvoir le savoir-faire des artisans malgaches et de leur permettre d’accéder aux marchés extérieurs.
Instauré en 2006, I-Madagascar se veut être une plate-forme commerciale supplémentaire pour les artisans. C’est une boutique sur internet permettant aux visiteurs de passer leurs commandes sur des référents de produits proposés par des artisans. Ces derniers ont été sélectionnés dans le cadre d’un salon de l’artisanat malgache (SALAMA) en 2005, et ont été formés par le promoteur du projet qui était à la fois consultante sur un programme de formation pour les artisans. « En France, je travaillais pour une association œuvrant pour l’appui à la création de petites et moyennes entreprises. J’ai encadré en ces temps, près de 500 projets de création provenant des artisans de nationalités différentes. Une fois de retour à Madagascar, mon plus grand souhait était d’aider les opérateurs malgaches à créer aussi leurs entreprises. Dispensant des formations au travers du cabinet Référence Consulting et en partenariat avec l’IFC de la Banque mondiale, j’ai assuré pendant une semaine un module de formation spécifique pour les artisans », raconte Hanta Châteaux Ramakavelo. « C’était une semaine d’écoute qui m’a permis de constater que les artisans ne savaient pas calculer leur prix de revient, et n’avaient pas la capacité de batailler ou négocier car dépourvus de connaissances du marché. Bref, ils ne pouvaient pas proposer une offre commerciale valable et la défendre », ajoute-t-elle.
Nouveau concept
De sa propre initiative, elle crée le site I-Madagascar. Au tout début, les activités étaient loin d’être florissantes, mais la battante n’est pas prête à abandonner. Quelques années après, un ami, persuadé de l’enjeu du projet sur le développement du pays, (deux millions d’artisans pourraient faire vivre dix millions de personnes) a décidé d’investir. Le site est relooké, les commandes commencent à venir, mais les frais de port s’avèrent exorbitants pour les clients particuliers. Les actions de promotion se renforcent et les revendeurs se manifestent. Le soleil commence à briller pour les artisans collaborateurs d’I-Madagascar. Les fiches techniques sont suivies minutieusement pour assurer la qualité et ainsi pérenniser la clientèle.
Mais, la spécificité de l’entreprise I-Madagascar réside dans le fait que sa fondatrice met en avant l’importance des ressources humaines et la solidarité avant la rentabilité. Dans les prix des produits qui sont fixés, la plus grande marge est réservée aux artisans, contre 15% pour I-Madagascar. Les différents composants du prix, tel le montant qui revient aux artisans, sont communiqués au client. Un concept qui a réussi à convaincre le jury du concours Trophée du meilleur exportateur organisé par le programme Cap Export, mais aussi les visiteurs du site ainsi que les clients. Selon les données statistiques qui nous ont été fournies, la production a connu un bond de 230% entre 2009 et 2011. Une grande partie du chiffre d’affaires bénéficie aux artisans dans le cadre des achats.
Actuellement, la société travaille avec 40 artisans permanents. Elle compte augmenter ce nombre et moderniser le site, la boutique sur internet. Le site sera présenté également en anglais et en espagnol pour élargir les pays cibles. Des formations gratuites seront toujours dispensées aux artisans. « Il existe plus de douze sites internet qui vendent des produits artisanaux malgaches, nous voulons attirer l’attention des acheteurs internationaux sur la diversité de choix et de gammes, donc permettre à la destination Madagascar d’être valorisée. Plus nous serons nombreux à nous lancer, plus nous serons visibles. Nous sommes ouverts à tous les artisans qui ne peuvent pas avoir leurs propres sites, le référencement est gratuit.» soutient la fondatrice.« Nous nous sommes fixés comme objectif de doubler le chiffre d’affaires, le volume des références et le résultat net tous les ans jusqu’en 2015.» conclut-elle.

Lantoniaina Razafindramiadana

Mercredi 20 juin 2012

L’Express

Publié dans Revue de presse

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