Bruno Marchat : « Un avenir pour le Jatropha »

Publié le par Alain GYRE

 

Bruno Marchat : « Un avenir pour le Jatropha »

 picoty.jpg

Depuis le 15 février se tient au Futuroscope de Poitiers une grande exposition photo consacrée à Madagascar et à l'un de ses artistes les plus emblématiques, pierrot Men. Le mécène de cette exposition est le Groupe Picoty-Avia dont les liens avec Madagascar passe par un important projet de mise en culture du jatropha. Une plante appelée à jouer un rôle capitale dans la fabrication de biocarburants, nous explique son secrétaire général.

 

Pourquoi Avia, enseigne internationale non implantée à Madagascar, a-t-elle choisi de parler de la Grande Ile dans cette exposition au Futuroscope ?

Ce n'est pas tant Avia que le Groupe Picoty qui est à l'origine de l'initiative. Il faut savoir qu'Avia, un des leaders en Europe de la vente de carburants et de fiouls, est portée par 80 petites sociétés indépendantes qui ont choisi ce mode de fonctionnement pour contrebalancer l'influence des grands groupes pétroliers. Picoty, qui exploite la marque sur une grande moitié ouest de la France à travers un réseau de 355 stations-services, est l'une d'entre elles. Mais le groupe a d'autres activités qui lui sont propres, dont deux au moins concernent Madagascar. D'un côté, Say Tout Mada, un centre de relation clientèle que nous avons ouvert en 2012, en lien direct avec nos activités en France, et de l'autre, une plantation expérimentale de jatropha de 400 hectares que nous pilotons à Mahajanga depuis 2007, via notre filiale Valavelona (jatropha en malgache).

 

Pourquoi le jatropha ?

En tant que distributeur de gasoil, dans un contexte de substitution des produits pétroliers classiques, on fait de plus en plus de mélanges pour biodiesel. Ces carburants alternatifs intègrent des huiles végétales qui, une fois brûlées, sont nettement moins chargées en CO2 que le diesel standard. Il se trouve que l'huile de jatropha, extraite des graines, a un potentiel énorme en ce domaine. La plupart des grandes compagnies aériennes font déjà voler leurs avions en la mélangeant au kérosène, et tout indique que le procédé est applicable aux voitures fonctionnant au diesel. Mais l'enjeu n'est pas qu'environnemental, il est aussi d'ordre éthique. Il y a toute cette polémique autour de l'utilisation des oléagineux à vocation alimentaire pour la fabrication des biocarburants (en France, c'est le colza, aux Etats-Unis, plutôt le soja). Une pratique très décriée alors que les crises alimentaires s'accumulent de tous côtés et qu'un sixième de l'humanité ne mange pas à sa faim. Avec le jatropha le problème ne se pose plus : son fruit n'est pas comestible, ni pour l’homme ni pour les animaux.

 

Pourquoi avoir choisi Madagascar pour l'expérimenter ?

D'abord une raison personnelle. Un de mes cousins, responsable du groupe Toyota Rasseta, vit à Madagascar et cela fait des années que je cultive un vrai coup de coeur pour ce pays. Pour Mahajanga en particulier que je considère comme ma ville d'adoption. C'est d'ailleurs dans ce contexte que j'ai entendu parler pour la première fois du jatropha - on s'en sert ici comme huile d'éclairage - et que l'idée m'est venue de l'expérimenter à des fins industriels. L'objectif, à terme, est d'arriver à un minimum de 20 000 hectares en plantation sur l'ensemble de Madagascar, soit 40 millions d'arbustes. Pour cela, le Groupe Picoty est associé à Toyota Rasseta et à Sica Atlantique, une coopérative céréalière de La Rochelle, pour un investissement de 180 000 euros par an. Nous ne sommes pas les premiers sur ce créneau : avant nous il y a eu des Américains, des Israéliens, et dans la région de Diego, des Allemands ont démarré une culture en même temps que nous. Avec plus ou moins de bonheur, il faut bien le reconnaître. J'en ai su la raison après avoir fait venir un expert indien (l'Inde est très à la pointe dans ce domaine) : Jatropha curas, la variété la plus cultivée dans le monde et qui pousse à Madagascar, est malheureusement mélangée à une variété endémique qui s'avère beaucoup moins riche en huile, et donc de rentabilité médiocre. Tout le problème aujourd'hui consiste à séparer les deux, et c'est ce qui explique le retard que nous avons pris avec cette plantation pilote.

 

Quel est le bilan concrètement ?

A ce jour, nous n'avons pas réalisé pas un seul centime de chiffre d'affaires. C'est normal, on est encore dans l'exploration et il faut savoir rester humble devant la nature. En fait, il faut trois ans pour qu'un jatropha arrive à maturité, et cette année on va seulement commencer à presser pour nos propres besoins... L'autre explication est que nous voulons aboutir à un véritable modèle de développement durable pour la centaine de petits producteurs qui travaillent déjà pour nous. Cela passe par leur autosuffisance alimentaire, par exemple en ajoutant au jatropha la culture du riz ou du maïs, et à partir de là seulement, le modèle pourra être reproduit ailleurs. Nous ne voulons pas d'une monoculture qui détruirait tout autour d'elle, les équilibres économiques et humains. C'est aussi le sens des mesures d'accompagnement que nous prenons depuis des années en faveur de la population malgache. Par exemple en finançant l'ONG Pompiers de l'urgence internationale (PUI) qui intervient régulièrement au moment des cyclones ou en soutenant le réseau des crèches solidaire de l'association Aina, enfance et avenir.

 

A ceux qui seraient tentés de penser qu'à travers le jatropha, c'est le pétrole malgache que vous visez ?

(Rires) Ce serait une grave erreur d'interprétation. On est juste des distributeurs, on ne sait pas faire avec le brut. On n'extrait pas, on ne raffine pas et surtout on n'a aucune influence sur le prix du baril : en 2008, on avait nos cuves pleines, les cours ont chuté et on a perdu 10 millions d'euros en quelques semaines ! Le jatropha est vraiment pour nous le moyen de parler autrement de notre activité de pétrolier. On en a assez de cette image de pollueurs tous azimuts, alors que le métier est en pleine transformation. Cette année-même, nous sommes en train de lancer en France une nouvelle génération de stations-services où les pompes à essence sont nettement en retrait du coin épicerie et restauration : elles ne sont même plus visibles en devanture ! Nous voulons instaurer un autre rapport avec les énergies et une autre façon d'en parler.

 

D'où cette exposition photo...

A travers notre réseau de stations-services, nous sommes souvent amenés à travailler en partenariat avec le Futuroscope de Poitiers qui est quand même le deuxième parc d'attraction et de loisir en France. On s'est donc mis d'accord pour que Picoty-Avia finance, sous forme d'un mécénat, cette exposition de deux ans intitulée Madagascar Fragments de vie. Son but est de donner une image plus positive de la Grande Ile à travers l'un de ses photographes les plus emblématiques, Pierrot Men. Cette exposition fait évidemment partie de notre projet global sur Madagascar. On y parlera du jatropha, mais aussi des activités d'Aina, en espérant trouver pour elle de nouveaux parrainages. Les retombées en communication, ce sont 4 millions de visiteurs attendus sur deux ans et un vernissage très important le 3 avril où la presse nationale française sera conviée. Pour Madagascar comme pour nous, c'est d'abord une immense fierté, car c'est la première fois qu'un tel éclairage est porté sur ce pays.

 

Madagascar, Fragments de vie

 

L'exposition « Madagascar Fragments de vie » a débuté le 15 février et sera présentée pendant deux ans dans le hall central du Futuroscope de Poitiers. L'oeuvre de Pierrot Men y est à l'honneur à travers 72 photos grands formats et formats panoramiques qu'accompagneront des visuels géants sur les activités du Groupe Picoty à Madagascar. Le livre de l’exposition sera édité par no comment et vendu au Futuroscope ainsi que dans les stations-services Avia en France. Il sortira le 3 avril, jour de l’inauguration de l’exposition, et devrait être disponible à Madagascar en mai.

 

 

 

 

Propos recueillis par Alain Eid

(article publié dans no comment magazine n°50 - Mars 2014 ©no comment éditions)

No comment&éditions est une maison d’édition malgache créée à Antananarivo en novembre 2011.

Elle publie principalement des livres sur Madagascar.

Ils sont distribués en librairie à Madagascar et en France.

Coordonnées à Madagascar : 2, rue Ratianarivo, immeuble Antsahavola, Antananarivo 101 - +261 20 22 334 34.

Coordonnées en France : 58, rue de Dunkerque, 75009 Paris - 06 12 75 51 06.

http://www.nocomment.mg

www.nocomment-editions.com

 

 

Publié dans Revue de presse

Commenter cet article