Canal du Mozambique: Les tourbillons de la vie

Publié le par Alain GYRE

Canal du Mozambique: Les tourbillons de la vie    

Mardi, 22 Juillet 2014

 

Dans le canal du Mozambique, des tourbillons océaniques de centaines de kilomètres de diamètre bouleversent la production biologique

 

. Une vaste étude internationale, coordonnée par l’IRD, évalue leur impact sur l’ensemble des chaînes alimentaires.

 

Dans ce sens, les informations publiées dans Sciences au Sud - Le journal de l’IRD - n° 74 - avril/mai/juin 2014 font état que dans la physique, la production biologique du canal du Mozambique ne serait pas aussi riche. Coincé entre les côtes africaines et malgaches, le chenal est animé par un véritable champ de tourbillons, dont les interactions ont des effets sur toutes les composantes de l’écosystème. Elles favorisent l’essor des organismes primaires au large et bouleversent la répartition des espèces récifales

 

Les images satellites en témoignent, parfois la couleur de l’eau change sur des centaines de kilomètres durant plusieurs semaines. Des filaments de chlorophylle, associés au développement du phytoplancton, s’étendent des côtes au cœur du canal.

 

En une année, jusqu’à 7 tourbillons se forment, migrent et interagissent entre eux. Certains s’apparient. « Deux structures tournant dans le sens inverse peuvent s’associer et former un dipôle.

 

En bordure des côtes, celui-ci exporte des masses d’eau colossales. Sans mécanisme de compensation, il pourrait vider la colonne d’eau du littoral en quelques jours ! », raconte le chercheur Jean-François Ternon. À la frontière des deux tourbillons, le courant de surface est renforcé, il expédie les eaux côtières vers le large. La réponse biologique est presque immédiate. Au bord du littoral, ce transport vers le large induit une remontée des eaux profondes, riches en nutriments. La production de phytoplancton est ainsi favorisée en surface et exportée vers le centre du canal. Une source d’enrichissement qui justifie l’apparition des filaments sur près de 300 kilomètres de long.

 

Si l’interaction des tourbillons, entre eux ou avec le littoral, est un moteur de vie dans l’océan ouvert, elle bouleverse aussi la faune récifale. Des poissons que l’on croyait endémiques aux côtes du Mozambique se trouvent dans les eaux malgaches. « Lorsqu’elles passent à proximité des côtes, les masses d’eau en rotation aspirent les larves. Elles peuvent être transportées jusqu’à la rive opposée du canal en seulement 20 jours ! », explique l’océanographe Francis Marsac. Certaines se perdent aussi en chemin. « Les larves des crevettes du Mozambique, arrachées au plateau continental, meurent souvent dans les méandres océaniques.

 

Le passage d’un dipôle peut avoir des conséquences dramatiques sur la pêche locale », ajoute-t-il.

 

Sans Madagascar, il n’y aurait pas de tourbillons. La Grande Île perturbe la circulation océanique et fait du canal l’une des régions les plus turbulentes au monde. Les simulations numériques suggèrent que, sans cette barrière géographique, un courant côtier longerait l’Afrique. La production primaire ne pourrait se développer au large et la région perdrait son caractère unique.

La Gazette

 

 

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