Catastrophe écologique à Sainte-Marie

Publié le par Alain GYRE

Catastrophe écologique à Sainte-Marie

 

 

1 mangrove

 

 

 

 

 

 

Suite à un prêt conclu entre la République de Madagascar et la Banque Arabe de Développement Economique en Afrique (BADEA), d’importants travaux ont été engagés à Sainte Marie. Si la route menant vers le nord respecte à peu près le cahier des charges, l’entreprise chinoise, attributaire des travaux, ne respecte pas les délais pour la livraison des digues. Un retard qui entraîne l’asphyxie de la plus grande mangrove de l’île.

 

La réhabilitation des 2 digues de l’île Sainte-Marie a commencé en novembre 2012, pour une durée de un an. La digue (Digue 1) qui relie Belle vue et l’îlot Madame présentait, avant sa réhabilitation, 5 canaux qui irriguaient l’eau permettant ainsi un échange permanent entre l’eau de mer et l’eau douce et assurant la bonne survie de la mangrove de la baie des Forbans qui constitue une ressource naturelle considérable pour l’île Sainte Marie. Depuis novembre 2013, ces 5 canaux ont été complètement bouchés ne permettant plus cet échange entre l’eau douce et l’eau de mer. Une passerelle en bambou, posée sur des fûts métalliques, permet le contournement des travaux par les piétons.

 

Le jaunissement des feuilles de la totalité des palétuviers est un un signe de stress indiquant qu’un ou plusieurs facteurs nécessaires à la survie des espèces, présente un déséquilibre. Si les conditions ne se stabilisent pas au bout d’un certain temps (seuil de tolérance variant d’une espèce à une autre), les feuilles finissent par tomber et les individus meurent. Les jeunes pousses de palétuviers sont très sensibles aux variations environnementales et ne seront pas capable de se développer dans des conditions optimales.

 

Les premiers signes de stress des organismes aquatiques ont été observés au mois de janvier lorsque les autochtones ont commencé à pêcher en masse le long de la digue. En effet, les poissons affaiblis se dirigent vers la digue pour chercher une sortie ou des conditions de salinité plus favorables par instinct de survie. Après plusieurs jours de pluies intenses, de nombreuses espèces et individus ont été retrouvés morts dans la mangrove et tout au long de la digue.

 

Selon les témoignages et les enquêtes effectuées auprès des piroguiers, des locaux et des touristes, de fortes odeurs de putréfactions se dégagent tout autour de la digue. Les conséquences néfastes ne touchent pas simplement la mangrove mais également la population locale aux alentours. Les fortes pluies successives ont entrainé des inondations importantes dans les villages notamment à Saint Joseph et Belle Vue et l’eau arrive jusqu’aux genoux dans la plupart des foyers.

 

La dégradation rapide de la mangrove est préoccupante parce qu'elle constitue un stabilisateur efficace pour la zone. Il s’agit ici d’une catastrophe écologique majeure. En effet, la mangrove est une véritable nurserie pour de très nombreuses espèces marines et la disparition de cet écosystème va affecter l’équilibre écologique des ressources halieutiques. Il faut de toute urgence créer un échange entre l’océan et la mangrove en rétablissant les drains sous le niveau de la mer.

 

Suite à une discussion et un échange de point de vue avec les responsables de la construction de la digue le samedi 8 mars, un drain d’environ 1m de large sur 1m de hauteur a été creusé sur la partie Nord. Cependant, cette brèche peu profonde ne permet toujours pas l’échange entre eau de mer et eau douce et n’a que pour fonction d’évacuer le trop plein d’eau douce côté mangrove.

 

L’impact environnemental réel lié la réhabilitation actuelle de la digue de Sainte Marie est très important. Il touche à la fois l’écosystème et la communauté locale. Dans la semaine du 17 mars, il a été apperçu que les déchets de construction de la digue sont déversés dans la mer, ce qui constitue une menace très grave pour les organismes.

 

Ci-dessous la recommandation de Cétamada :

 

Récréer dans les plus brefs délais plusieurs ouvertures importantes dans la digue permettant de restaurer l’échange naturel entre la mer et la mangrove. Nous considérons que si cette initiative n’est pas prise très vite, cet écosystème si important pour l’île Sainte Marie va mourir et les dégâts seront irréversibles.

 

 

 

Source : Cétamada

Publié dans Revue de presse

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