2013-02-03 Ce peuple courageux que sont les Malgaches

Publié le par Alain GYRE

Ce peuple courageux que sont les Malgaches

On peut parfois se demander quelle est la part d’imagination dans les relations de voyage écrites par les navigateurs des siècles passés. À moins qu’il ne s’agisse de romans tartinés à partir de livres antérieurs ! C’est le cas, par exemple, de Thomas Herbert (1663) qui parle de Madagascar comme « la plus grande île de tout le Monde, divisée en quatre tétrarchies, gouvernée par les quatre rois qui sont indépendants et très jaloux de la grandeur des uns et des autres ».
Décrivant les habitants, il avance que sur les côtes, ils sont tous Mahométans tandis que les « Méditerranéens » sont tous païens et n’ont d’autres lois que celles que la nature leur a données. « Ils punissent le meurtre de mort, l’adultère d’une infamie publique et le larcin de bannissement ». Il précise toutefois que ces
« Méditerranéens se plaisent plus à la pêche qu’au labourage, non par paresse mais plutôt par manque de connaissance de l’agriculture ». Poursuivant sa description du peuple malgache, Thomas Herbert affirme qu’il est généralement fort courageux et adroit. « Les hommes s’accoutument, dès l’enfance à la guerre, à couvrir leurs corps nus de grandes targes (boucliers) massives, et leur main droite à manier une longue pique d’ébène, armée d’un fer tranchant et aussi clair et luisant que de l’argent, et par ce moyen, ils acquièrent une si grande habitude à manier cette sorte d’armes qu’il n’y a point de nation au monde qui y soit plus adroite ».
Leur teint noir s’explique par le fait que les autochtones se soucient peu de se couvrir le corps contre l’ardeur du soleil. Au contraire, ils se plaisent à se frotter de graisse et de suif afin de faire reluire la peau, « laquelle pue par ce moyen, en sorte que l’on ne se peut pas tenir auprès d’eux ». Avec des cheveux noirs, longs et frisés- ceux qui ont les plus longs sont les plus beaux !- ils n’ont pour habit qu’un peu de feuille « pour couvrir les parties que la nature même a soin de cacher ».
De plus, ils ont des oreilles percées et fort larges, « et c’est une de leurs beautés de se déchiqueter la peau et d’y représenter diverses figures » !
Sur le plan du mariage, « ils souffrent la bigamie et se marient fort jeunes. Les garçons à 12 ans et les filles à 10 ans, de sorte qu’à peine savent-ils ce que c’est le pucelage ». Cet âge fort jeune explique sans doute qu’ils aiment le divertissement et la nouveauté allant à la « chasse du chien et de l’oiseau » ou à la pêche ; ou encore « en faisant des ballets à leur mode en criant et en se battant les mains et l’estomac, pendant que leurs femmes, avec une harmonie assez sauvage qu’ils accompagnent des yeux et de la main, règlent leur danse à une mesure exacte afin que les hommes, mesurant leurs pas là-dessus, ne s’échauffent pas trop en ce violent exercice ».
Et qu’en est-il du sol Il est riche en toutes sortes de métaux et de minéraux (or, argent) et « selon Duarte Lopes, en fer et en cuivre. Mais dès qu’ils surent la cruauté et l’avarice des Portugais, ils en défendirent l’usage et ne voulurent plus permettre que l’on y fouillât, aimant mieux se contenter des herbes, des drogues et du bled, dont il y a une très grande abondance dans l’île, que de s’exposer avec leur or et leurs perles, à la discrétion des Portugais qui, avec leurs autres mauvaises qualités, ont cela de particulier qu’ils sont plus avaricieux qu’aucune autre nation au monde »…
Abordant les richesses « animales et culturales », Thomas Herbert insiste sur l’existence des chameaux, des bêtes fauves, des léopards, des chèvres et du lait, des poules et des œufs, du froment, de l’orge, du riz « et tous les autres fruits que la terre est capable de produire » (les orangers, les limoniers, les citronniers, les
« poneils », les « plancs », les cannes à sucre, le gingembre, le « toddy », les cocos…)
Et sans doute à court d’imagination, il conclut : « Nous n’en dirons pas davantage. Disons que c’est dommage de voir ce pays possédé par un peuple qui n’a point de connaissance de Dieu ni de la vertu ; qui cache tant de précieux trésors et qui ne peut se servir de l’avantage de tant de beaux ports, dont l’assiette lui promet le commerce de tout le monde ».

Pela Ravalitera

Dimanche 03 fevrier 2013

L’Express

Notes du passé

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