Chapeau Mamasoa !

Publié le par Alain GYRE

Chapeau Mamasoa !

 

Mamasoa travaille du chapeau. C’est tout à fait normal puisqu’elle en propose de magnifiques spécimens, fabriqués à la main dans les règles de l’art. Digne héritière d’une époque où la chapellerie malgache signait le dernier chic en Europe…

 

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S’il est une tradition vestimentaire qui ne plie pas devant la modernité, du moins dans les campagnes, c’est bien le chapeau malgache. Merina, Betsileo, Bara, Atandroy, habitant de Manakara, de Mananjary ou de Diego, chacun est fier d’arborer son galurin où se lit toute la fierté d’être d’une ethnie. Mamasoa est vendeuse à Art Malagasy sur la route Digue. Pour ce qui est des chapeaux traditionnels elle en connaît un rayon, et c’est un plaisir que de mettre son immense culture chapelière à l’épreuve.

 

« La forme du chapeau signe l’identité », lance-t-elle doctement, doigt levé qu’on comprenne bien. Chez les Atandroy du Sud, il est par exemple conique et se porte à tous les événements de la vie sociale, des mariages aux enterrements. Chez les Bara, il est à bord roulé. Chez les Betsileo, il est en forme de bonnet quadrangulaire, avec une fine languette pour les enfants : porté avec le lambaoany pendant les grandes cérémonies, il exalte les couleurs des Hauts Plateaux. A Manajary, la couleur est plus sobre, avec juste une touche de rouge sur les côtés, et c’est coiffées de ces charmant bibis que les belles de là-bas se pavanent au marché.

 

« La matière première varie d’une ethnie à l’autre », poursuit Mamasoa. Du chapeau en cuir de zébu des Antandroy, au canotier en paille de riz des Merina… la différence crève les yeux. Sans parler du couvre-chef en vannerie tressé des Betsileo. Le chapeau en paille tressée a toujours été une industrie prospère à Madagascar. A la fin du XIXe siècle, le chic à Tana était de le porter dans sa version « haut de forme », mais vu son prix relativement élevé, il n’était utilisé que par les hovas (nobles) et les notables. Les gens du peuple se contentaient de porter le chapeau « bourjane » ou la capeline à larges bords qu’on voit encore chez les Betsimaraka. La paille la plus employée était l'ahibano, qui pousse abondamment dans les vallées humides et au bord des cours d'eau. On pouvait la mélanger à la fibre bao, extraite du raphia, pour obtenir des chapeaux extrêmement légers mais solides.

 

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Gage du savoir-faire des artisans malgaches, le chapeau de paille s’est rapidement exporté à l’étranger : 80 000 pièces en 1908, trois fois plus en 1942. Principal débouché : les commerçants européens et américains qui étaient séduits par leur souplesse et leur fini. On vantait alors la qualité des « panamas malgaches ». Aujourd’hui, le chapeau vita gasy séduit toujours les étrangers, moins, hélas, les jeunes générations. « Nous en vendons plus aux touristes qu’aux jeunes Malgaches », déplore Mamasoa. De fait, pas beaucoup de jeunes cadres du tertiaire déboulant dans la rue avec le galurin de paille posé fièrement au-dessus du costard-cravate. Appel aux designers urbains…

 

Ben

(article publié dans no comment magazine n°27 - Avril 2012 ©no comment éditions)

 

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