Circoncision : "Arahaba ririnina e !"

Publié le par Alain GYRE

Circoncision : "Arahaba ririnina e !"

04/06/12 |  Traditions

 

Pratique ancestrale toujours en vigueur, la circoncision ne se pratique plus strictement à la saison froide. Pas plus qu’il n’est demandé à l’oncle d’avaler le prépuce avec un œuf ou une banane. Car aujourd’hui existe la circoncision « à l’américaine »…

 

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L’Arahaba ririnina (littéralement « joyeux hiver », comme on dirait « joyeux Noël ») était une façon d’honorer les personnes nouvellement circoncises, compte tenu qu’autrefois l’acte même de la circoncision (famorana ou fiforana) ne pouvait avoir lieu que pendant la saison froide. « Était » car les rituels et croyances de cette pratique datant du fahagasy (époque d’avant le XIXe siècle) sont devenus largement facultatifs. « Les Anciens avaient choisi l’hiver car les risques d’infection sont beaucoup moins importants que pendant la saison chaude, c’était une simple précaution de bon sens, pas une obligation en soi », explique ce jeune père de famille de 22 ans qui vient tout juste de faire circoncire son premier né de 3 ans. Il faut vivre avec son temps, certes, et aujourd’hui peu importe la saison et la façon d’exciser le prépuce, pourvu qu’il soit coupé !

 

Preuve en est avec la méthode dite « à l’américaine », façon éminemment branchée de procéder, répondant aux normes sanitaires internationales et consistant à couper le morceau de peau avec une capsule brûlante. Garanti instantané, hygiénique et quasi sans douleur ! « Il n’y a pas de saignement, la plaie se ferme instantanément et l’organe est prêt à l’emploi », assure le docteur Rahaja Rafalimanana, premier médecin malgache à avoir appliqué, dès 1995, cette technique dans la grande île.

 

« Autrefois, on avait peu d’estime pour un homme non circoncis. Il lui était difficile de trouver une épouse et même à ses funérailles, il n’avait pas droit au même rituel que les autres », explique Bertrand Raharijaona, un astrologue très en vue du côté d’Ambohitrarahaba. Pour les Anciens, la circoncision était tout simplement l’étape obligatoire à franchir pour devenir un homme, un vrai. « Nos ancêtres croyaient que les non circoncis étaient des faibles, physiquement et psychologiquement, des malheureux mal armés pour la vie », précise l’astrologue. Selon cette façon de voir, la circoncision était la première souffrance, celle qui va préfigurer toutes les autres tout au long de l’existence.

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Les ethnies de la côte tenaient-elles la circoncision des Arabes, comme semble le penser Huet de Froberville ? Pour celles de l’intérieur, il n’et pas si aisé de l’affirmer. Pas plus qu’il n’est aisé de définir l’origine de la formule qui était prononcée par les officiants, dans le Sud, selon le témoignage d’Étienne de Flacourt, au XVIIe siècle : « Je te salue, ô Dieu, je te prie ; tu as créé les mains et les pieds. Je m'humilie devant toi parce que je vais circoncire ces enfants aujourd'hui ». L'opération se fait alors en coupant le prépuce avec un rasoir, lequel est ensuite récupéré par le père qui le met dans son fusil et tire en l’air… Ailleurs et jusqu’à aujourd’hui, le prépuce est avalé par l’oncle avec un œuf, une banane ou un verre de toaka gasy. Santé !

 

 

Njato Georges

(article publié dans no comment magazine n°29 - Juin 2012 ©no comment éditions)

 

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