Circoncision: Les tendances évoluent

Publié le par Alain GYRE

Circoncision: Les tendances évoluent       

Jeudi, 06 Juin 2013

A peine la période hivernale arrive, beaucoup de parents malgaches ayant des fils pas encore circoncis pensent à transformer leur garçonnet en homme. En fait, c’est un rite hérité des ancêtres signifiant l’accession à la citoyenneté, sachant que l’inhumation au tombeau ancestral était interdite à une certaine époque aux non circoncis. La circoncision marque en effet le passage de la puberté à l’âge nubile. Souvent, elle se pratique juste avant l’inscription à l’école, un âge beaucoup trop tendre pour l’état matrimonial.

Scientifiquement parlant, le but de la circoncision est de nettoyer les éventuelles impuretés acquises à la naissance et sur le plan purement social, on le réitère, le garçon est censé devenir un homme. Sur le plan scientifique toujours, c’est une protection contre l’inflammation du pénis, une maladie courante dans un pays à climat chaud. Par le passée, plusieurs études ont montré que la circoncision offrait une meilleure protection contre les MST, le sida notamment. Une hypothèse confirmée récemment par des chercheurs américains qui ont voulu comprendre pourquoi cette pratique protège les hommes contre les MST. Sur ce, la réponse est dans le micro biome du pénis, c’est-à-dire l’ensemble des bactéries qui colonisent un organe. Le micro biome d’un homme circoncis et celui d’un autre qui ne l’est pas a été comparé et après un an, le prélèvement chez les deux hommes a démontré une différence très distinctive. Les chercheurs ont montré que la charge bactérienne chez tous les hommes circoncis a fortement diminué. Chez les non circoncis, les bactéries accumulées activent des cellules dans le prépuce, les empêchant de mener à bien leur rôle antiviral normal.

 

Pour en revenir à la circoncision à Madagascar, elle est une pratique obligatoire pour tous les jeunes garçons. Mais il se trouve que les tendances ont évolué depuis peu. Il y a quelques années de cela, les instruments utilisés pour couper le prépuce pouvaient être un couteau, une paire de ciseau, et le «rain-jaza» ou le guérisseur traditionnel, c’est lui qui coupait le prépuce avec sa lame. La circoncision se fait au crépuscule. Tous les hommes, le grand-père, le papa, les oncles sont là pour préparer tout ce qui est nécessaire au rituel. Les familles placent un tronc de canne à sucre dans la maison des parents du petit garçon pour souhaiter à ces derniers d’avoir beaucoup de descendance mâle et  ainsi, la descendance se multiplie. Mais avant l’aube, un groupe d’hommes forts cherche l’eau sacrée, le «ranomahery» dans la source de montagne. Au retour, l’eau sacrée doit être portée par un homme qui a encore des parents vivants. Elle est utilisée pour laver la main de la personne qui a fait la circoncision, le couteau et la plaie. Le prépuce est avalé par le grand-père avec de la banane. En général, les petits garçons ont 2 ou 3 ans et ils se font enlever leur prépuce en saison fraîche de façon à ce que la blessure se cicatrise au plus vite. Quant au prépuce, le père, un oncle ou le grand-père se chargeait de l’avaler avec un morceau de banane, pour éviter qu’il ne soit perdu ou mangé par un animal quelconque, ce qui désacraliserait l’humanité de l’enfant. Cette dernière pratique n’a plus sa raison d’être dans notre civilisation actuelle.

 

Actuellement, beaucoup de beaucoup choisissent de faire circoncire leur petit plutôt dans la discrétion. Pas de grand tralala, juste un médecin et des jouets en présence de quelques membres de la famille. «Autrefois, la circoncision se faisait seulement lors des périodes hivernales mais de nos jours, on peut le faire à n’importe quel moment de l’année», explique un pédiatre. «On attendait que l’enfant ait au moins 2 ans avant de le circoncire mais de nos jours, on peut le faire même juste après sa naissance. La médecine a tout ce qu’il faut pour que la plaie se cicatrise au plus vite, pour que l’enfant ne ressente pas de douleur lors de la circoncision grâce aux anesthésies», continua-t-il. Par le passé, le sexe opéré était lavé par un récipient des feuilles. Maintenant on utilise des antiseptiques. Historiquement, selon les anciens témoignages, la circoncision remonteraitt à l’Égypte ancienne, au Ve siècle av. J.-C. par Hérodote. Selon l’Organisation mondiale de la santé, en 2009, 661 millions d’hommes de plus de 15 ans seraient circoncis, soit environ 30 % de la population masculine mondiale.

 

NIR

 

La Gazette

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