Comment Kotofetsy et Mahaka trompèrent le roi.

Publié le par Alain GYRE

194 Comment Kotofetsy et Mahaka trompèrent le roi.
(Imerina)

 

Kotofetsy et Mahaka apprirent qu'un prince s'amusait à faire battre des grillons (1) sur une colline.

Un jour, Kotofetsy fit entrer Mahaka dans un trou et ne lui laissa qu'une ouverture par laquelle il pouvait passer la main.

Mahaka avait un gros crabe avec lui qu'il tenait dans la main. Lorsque le prince vint s'amuser sur la colline, il vit le crabe et étendit le bras pour s'en saisir.

 

Comment Kotofetsy et Mahaka trompèrent le roi.

Mahaka lui prit alors la main et se mit à le pincer fortement. Le prince, affolé, appelle au secours :

« Je meurs, criait-il. »

Kotofetsy arrive et dit aux personnes présentes :

« C'est un vazimba (2) qui habite dans ce trou. Il faut beaucoup d'argent pour lui faire lâcher prise. Qu'on me donne une grosse somme et j'en débarrasserai le prince. »

Celui-ci offrit 10 piastres; mais Kotofetsy refusa d'opérer pour si peu. L'animal, à l'intérieur, pinçait de plus en plus fort, et le prince en pleurait davantage. Le roi offrit 5o piastres pour délivrer son fils. Kotofetsy mit l'argent sur la main prisonnière du prince et dit :

« Tu es le remède de la pince. Vazimba, si tu veux lâcher la main, elle pourra sortir; si
tu ne veux pas desserrer ta pince, elle restera. »

Mahaka pinça moins fort; mais il retint la main. Kotofetsy dit alors au roi :

« On ne pourra pas retirer la main, si vous ne donnez pas 100 piastres; le vazimba a refusé d'abord' 10 piastres, puis 5o. »

Le roi, désolé de voir pleurer et souffrir son fils, donna 100 piastres à Kotofetsy.

Ce dernier. mit l'argent sur la main du prince, et l'étreinte se desserra immédiatement.

« N'approchez plus d'ici, dit-il ensuite au peuple. Il y a un vazimba qui vous en punirait (il désirait seulement qu'on ne vît pas Mahaka sortir du trou). »

Lorsque le roi, le prince et le peuple furent partis, Mahaka sortit du trou, et tous deux se pâmèrent de joie de s'être procurés ioo piastres si facilement.

Peu de temps après, le peuple apprit avec stupéfaction comment le roi avait été trompé par Kotofetsy et .Mahaka.


(1) Les Malgaches et les Hovas surtout sont très amateurs de combats de coqs et de grillons.

(2) Les Vazimba sont généralement considérés comme les aborigènes de l'Imerina d'où ils furent chassés par les Hovas.
Les Malgaches en ont fait aujourd'hui des êtres surnaturels dont ils recherchent la protection par des prières où ils leur promettent de leur offrir, en cas de réussite, de la graisse de coq et de mouton.

Contes populaires malgaches

Recueillis, traduits et annotés par

Gabriel FERRAND

Editeur : E. Leroux (Paris) 1893

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