« Un remède contre la mort. » R. Decary

Publié le par Alain GYRE

« Un remède contre la mort. »

 (Bara, recueilli à Ankiliabo, District de Manja)

Un jour, dit-on, tous les animaux terrestres et aériens se rassemblèrent dans un lieu sûr, pour se demander comment on pourra éviter la mort continuelle, se décourageant que toute partie de leur descendance diminuait par suite des terribles maladies inconnues.

Pour ce durable malheur, tous les rois de ces animaux adressèrent amèrement une prière à l’Eternel (Il s’agit en fait non pas de l’Eternel de la religion chrétienne, mais de Zanahary) pour qu’il leur accordait un remède efficace contre la mort. Ayant consenti à favoriser cette prière, l’Eternel avait ordonné à leurs rois de grouper tous leurs sujets près de la façade d’un édifice, et avait désigné le bœuf.

Le bœuf dans ce conte, a été considéré par Dieu comme un gardien de confiance. Nul autre animal ne pouvait être mieux choisi dans ce but. Le bœuf en effet, dans les coutumes traditionnelles, non seulement, sert à l’existence du Malgache, mais joue aussi un important rôle religieux. C’est un animal quasi-sacré qui intervient dans toutes les circonstances du culte, dans les offrandes aux divinités et aux ancêtres ; les peuples pasteurs en font des hécatombes lors des funérailles et de l’édification des tombeaux. Il ne serait guère exagéré de parler du culte du bœuf.

Ce caractère presque sacré ressort des considérations suivantes recueillies chez les Bezanozano : ‘l’homme et le bœuf sont les deux seuls êtres de la création qui possèdent un esprit. Le bœuf a la puissance sur lui. Doit-il être immolé, on le tourne vers le Nord-est pour lui faire regarder une dernière fois le soleil afin qu’il puisse l’implorer et lui recommander son esprit avant de mourir.

Ne pouvant pas attendre l’arrivée de l’Eternel, tous les animaux de cette réunion s’évadaient par force de l’assemblée.

Le bœuf s’opposait vivement au départ illégal de tous ces animaux, mais ne put les empêcher.

L’éternel arrivé dût repartir pour revenir le lendemain matin, pour que tous les êtres soient de nouveau réunis.

Cette dernière réunion devait consister à distribuer le remède.

Hélas ! Le gardien infidèle (le bœuf), accablé de faim et de soif, était parvenu à boire tout ce remède.

L’Eternel posa en colère la question devant l’assemblée, et le serpent qui était resté non loin du gardien pendant l’absence des animaux, accusa le bœuf d’être coupable du vol. ‘

Il a violé, dit l’Eternel, ce qui lui avait été confié. Pour votre mauvaise foi et votre abus de confiance, vous serez puni.

–Mais, dit le bœuf, quelle punition ? Permettez-moi de vous demander une rémission.

–Non, non, grand monstre à tête légère ! Tais-toi donc !’

Tout aussitôt, l’Eternel appelait tout être de la terre ; personnes et animaux devront se présenter dimanche au matin à l’endroit où a été faite la dernière réunion.

A sept heures, tous ces êtres venaient au rendez-vous, se groupant en face de cet édifice.

Un procès eut lieu, on écoutait ce que disait l’Eternel, et il finissait par dire que le remède efficace avait été bu par le bœuf.

Ceux qui tomberont malades, soit vos futurs descendants, qui ne prendront pas un bœuf pour protéger leur vie, seront morts.

Depuis lors, dit-on, chaque fois qu’on est gravement malade, ou quand on forme des vœux de bonheur et de prospérité, on fait un sacrifice en tuant un bœuf (Les sacrifices de remerciements ou d’actions de grâces portent le nom de sorona dans le Centre, transformé en soro dans l’Ouest et le Sud, et de Tsikafara dans le Nord et l’Est.

J’ai décrit en détails un de ces rites auquel j’ai eu l’occasion d’assister de bout en bout au village Sakalava d’Andranofasika ; il était célébré en remerciement de la guérison d’un enfant et s’accompagnait du sacrifice d’un bœuf.), croyant que ce remède bu autrefois par le bœuf reste encore efficace dans sa chair qu’on mange. Et cela, dit-on, portera bonheur à tous ceux qui l’exécuteront. »

 

R. Decary. Contes et légendes du sud-ouest de Madagascar, Paris, 1964

 

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