L’origine des bœufs

Publié le par Alain GYRE

L’origine des bœufs

conte vezo recueilli à Androka

version 1

« Il y avait, dit-on, deux hommes qui étaient à la pêche des poissons. Quatre bœufs sortirent de la mer et approchèrent ces deux pêcheurs. Arrivés là, ils demandèrent aux pêcheurs le chemin qui va à l’est, sur le plateau. Ces deux hommes leur indiquèrent le chemin.

 

Les quatre bœufs marchaient. Arrivés dans un village, les habitants disaient : « Chassez ces biby-là ». Enfin, ils arrivèrent dans un autre village où ils mangèrent une maison. En voyant cela, un homme dit : « allons faire un parc pour ces animaux-là ». Quand le parc a été fini, il les fit entrer. Depuis ce temps-là, il a commencé à garder ces animaux. Mais lorsqu’un d’eux avait un petit, c'est-à-dire la femelle, elle meugle en disant : Mbo ! Mbo ! etc. En entendant son meuglement, l’homme avait dit : « C’est un bœuf parce que sa voix dit : Mbo ! Mbo ! » D’où son nom reste jusqu’à actuellement. »

 

Decary rapporte qu’un autre conte, recueilli chez les Betsimisaraka par Renel, fait sortir le premier bœuf d’un marais. « Un jour, des gens virent la terre d’un marais remuer. Ils creusèrent et mirent à jour un objet arrondi, couvert de poils. « Il ne peut pas sortir (Tsy omby), criaient les uns. – Il peut sortir (omby), criaient les autres ». Alors, par un puissant effort, sortit de la vase un gros animal ayant une bosse et des cornes, auquel on donna le nom de omby (bœuf), en souvenir du mot que répétaient ceux qui avaient assisté à sa sortie du marais ».6.

 

Une autre croyance largement répandue dans le Sud rapporte aussi que les bœufs tireraient leur origine des eaux. Elle pourrait s’expliquer, d’après Julien, par ce fait que, depuis l’embouchure du Mangoky jusqu’au cap Sainte Marie, l’eau douce, extrêmement rare sur la terre ferme, sourd de la mer en nombre de points de la côte sous forme de suintements, et parfois de fontaines jaillissantes. Les bœufs, guidés par l’instinct, s’engagent souvent loin dans les flots salés et, en longues théories, vont boire l’eau douce qui remonte en bouillonnant à la surface de la mer. Le retour à la terre ferme d’animaux aussi peu marins que les bœufs peut avoir fait naître l’idée que ces animaux tireraient leur origine de l’océan (G. Julien. Le culte du bœuf à Madagascar. Rev. d’Ethnogr. Et des Trad. Populaires, N° 19, 1024, p. 246.). »

 

L’origine des bœufs

conte vezo recueilli à Toliara

version 2

« Jadis, à une époque tout à fait reculée, il y avait, dit-on, un pauvre homme appelé Tsiomby, qui habitait dans le pays Ménabé, région de Morondava (Tsiomby signifie : qui n’a point de place7. Il se nomme ainsi car tout le monde le détestait. Quand il mendiait au seuil de la porte ou qu’il suppliait d’entrer, on le questionnait : « Comment t’appelles-tu ? — Tsiomby ». Tout en riant, toute la chambrée disait : « Va t’en, chien de peau noire, puisque ton nom t’empêche de pénétrer ».

 

Confus, ne trouvant rien à manger dans les villages, Tsiomby vient s’établir au bord de la mer, sur une plage bien choisie. Là, il construit une haie8 dans laquelle il cultiva beaucoup de plantes sauvages. Pour avoir de quoi manger, il faisait de nombreuses excursions dans la forêt voisine fournissant des fruits nourrissants.

 

Les plantes de Tsiomby fleurissaient. Un grand nombre d’animaux marins et forestiers en étaient alléchés. Pendant l’absence de l’isolé, ses trésors étaient abîmés. Tsiomby, très en colère, prépara un piège. Un monstre de la mer fut pris. Cette victime gigantesque, armée de deux cornes pointues, douée d’une couleur rouge pourprée, lui inspira une effrayeur (sic) si intense qu’il s’éloigna pour réfléchir. Il se décida de la laisser tranquille durant deux jours de façon qu’elle fût affaiblie par la faim. La malheureuse bête tomba dans l’inanition. L’exilé en profita et, avec un cordage, l’attacha fortement.

 

Tsiomby l’élevait avec soin. A la longue, l’animal devenait domestique. Il s’appelait Menabé (rouge vif). Menabé avait été enceinte quand elle était arrêtée. Après quatre mois, voilà qu’elle mit au monde un petit du sexe mâle.

 

Les bestiaux de Tsiomby se multipliaient. Les couleurs étaient variées. Au préalable9, les hommes les dénommaient Tsiomby ; ils chérissaient bien leur propriétaire10 ; alors ils le déclarèrent leur roi plus tard.

Le roi est toujours respectable. Personne n’ose l’appeler par un mauvais nom. Or Tsiomby se change en Omby. Les animaux sont aussi désignés omby. L’influence du roi Omby est stricte. Pouvoir et réputation se trouvent dans une extrême exagération. Ses sujets le traitent comme un Dieu. En cas de maladie, ils consultent Omby, soit pour délivrer des médicaments efficaces, soit pour faire des paroles magiques capables de guérir. Aujourd’hui même, ceux qui savent employer des remèdes s’appellent ombiasa (ombi=omby ou Dieu ; àsa= œuvres ; ombiasa=qui sait pratiquer les œuvres de l’Omby ou de Dieu, ou tout court, le guérisseur). C’est encore dans la même raison que les malgaches ont tendance, à chaque misère, de sacrifier un bœuf (omby) à leur Dieu Omby, de manière qu’ils en obtiennent secours et bonheur sain.

 

Telle est, d’après une légende, l’origine du bœuf et du nom malgache omby. Jusqu’à présent, certaines régions de Morondava ont le nom de Menabé, pays natal des bœufs. Voilà pourquoi, dit-on, les Sakalava du Menabé possèdent d’immenses troupeaux de bœufs.

 

On imagine que le Canal de Mozambique abrite encore des zébus11 »

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article