Couverture forestière: vouée à disparaître dans moins de 30 ans

Publié le par Alain GYRE

Couverture forestière: Vouée à disparaître dans moins de 30 ans

     

 

Vendredi, 19 Octobre 2012

 

«Il est plus que probable que la forêt naturelle de Madagascar disparaîtra en moins de 30 ans».

C’est ce qu’estime Ndranto Razakamanarina, président de la plateforme des organisations de la société civile malagasy oeuvrant pour l’environnement ou Alliance Voahary gasy (AVG). C’était hier au DLC Anosy lors de l’ouverture de l’atelier sur la gouvernance forestière organisée par l’AVG. L’alliance est quelque peu optimiste par rapport à ce qu’ont avancé, il y a quelques mois de cela, des scientifiques malagasy et américains. Ceux-ci estiment qu’au rythme actuel de la déforestation, la Grande Ile risque de voir disparaître ses forêts naturelles d’ici 2020. Quoi qu’il en soit, la situation est très critique. Le président de l’AVG souligne : « La couverture forestière malagasy n’a cessé de diminuer. La couverture actuelle est à quelques centaines d’hectares près la moitié de celle de 1950. On s’est félicité quand on est arrivé à diminuer cette déperdition (de 1% entre 1990 et 2000 à 0,53% par an entre 2000 et 2005) sans pouvoir imaginer qu’il est tout à fait possible d’augmenter notre potentiel forestier tout en l’exploitant d’une manière durable ».

C’est dans ce sens que l’AVG organise l’atelier qui sera clôturé ce jour. A l’issue de cette rencontre où tous les acteurs du secteur prennent part, l’idée est de dégager « un outil approprié pour mesurer la gouvernance forestière et identifier/développer les réformes et corrections nécessaires à son amélioration et à sa contribution au développement réel du pays ». Le coordonateur national de l’AVG, Andry Andriamanga précise : « Cet outil élaboré à partir de 63 d’indicateurs issus d’indicateurs formulés par la Banque mondiale et la FAO, permettra de mesurer la gouvernance forestière sur le plan politique, législatif, ou encore en termes de modalités de prise de décisions et la mise en œuvre de ces décisions ». Les recommandations seront portées aux assises prévues en novembre. Ces assises serviront d’espace pour réfléchir ensemble sur la gestion des forêts, l’exploitation… Les fruits de ces travaux seront remis à l’Etat et à tous les acteurs du secteur.

En attendant, le président de l’AVG relève que la forêt devient de plus en plus un instrument et l’otage de prédilection des politiciens. Ce problème a connu un point culminant entre 2009 et 2011 avec la légalisation de l’exportation de 25 000 m3 de bois précieux coupés dans les aires protégées et pour une valeur de près de 200 millions US$. Afin de remédier à de tels problèmes, l’alliance qui se positionne en tant que société civile et donc un contre-pouvoir et non une opposition, lance un appel pour clarifier les règles du jeu, assurer un partage des responsabilités et des ressources à tous les niveaux. Ce partage des ressources ainsi que la redistribution des gains issus de l’exploitation forestière sont importants. Rappelons, en effet, qu’en 22 ans de Programmes environnementaux (PE), le pays a contracté 136,82 milliards Ar de prêts et obtenu 119,76 milliards Ar de dons selon le Trésor public. Les contribuables auront à payer ces dettes dont des échéances s’étalent jusqu’en 2050. Les générations actuelles et futures auront donc à payer pour des ressources dont elles ne jouissent ou ne jouiront même pas si la situation ne change pas.

Fanjanarivo

Bois énergie et charbon de bois: Une demande de 21,7 millions de m3 par an

Alors qu’aucune politique claire n’existe pour la préservation des forêts associée à l’augmentation du potentiel forestier, la demande en bois comme source d’énergie domestique est de 21,7 millions de m3 par an d’après les données livrées lors de l’atelier sur la gouvernance forestière organisée à Anosy hier et ce jour par l’Alliance voahary gasy (AVG). Cette demande est importante et contribue beaucoup à la déforestation. Actuellement, seuls 15 du territoire sont couverts de forêts. Dans la grande majorité des cas, les coupes et toutes les chaînes de la filière charbon évoluent dans l’informel. Ainsi, 80 à 95% du charbon vendu sur le marché n’ont pas les permis et autorisations requis d’après l’étude de Bart Minten, Klas Sander et David Stifel sur le commerce de charbon de bois à Madagascar, publiée en août denier. Outre la destruction des forêts, ce problème occasionne aussi des pertes pour l’Etat. Environ 3% des taxes et impôts liés à la filière sont seulement perçus. Quant à l’exploitation forestière illicite liée à la fabrication de charbon de bois, elle devrait générer des recettes fiscales de 140 millions US$ par an au niveau national. C’est plus que le consortium minier chinois Wisco a versé en 2010 pour l’accès au gisement de fer de Soalala.

Le même problème se rencontre dans plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne. Quoi qu’il en soit, la filière a besoin d’être reprise en main non seulement pour préserver les ressources forestières tant pour les générations actuelles que futures, mais aussi pour étoffer la caisse de l’Etat. C’est une nécessité étant donné que la restauration des espaces forestiers brûlés et déboisés coûte très cher. Le CCPTF-E/UNESCO l’estime à 800 millions US$ pour Madagascar, alors que l’Etat n’a récolté que 40 millions US$ en 2009 pour les exportations « légales » de bois de rose. Avec les riverains des aires protégées saccagées, il est donc l’un des grands perdants de ces trafics. Les gros bonnets locaux du secteur privé et les importateurs chinois en sont les gagnants. Devant ces différents problèmes, l’on ne peut parler que d’une mauvaise gouvernance forestière incluant celle de la filière bois de chauffe et charbon de bois. La demande pour ces produits ne cesse pourtant pas d’augmenter avec la croissance démographique. Or, le pays n’offre aucune incitation pour augmenter l’utilisation de sources d’énergie modernes. Il en est également tout au début de la promotion de l’agrocarburant.

Pour l’heure, l’Atsimo-Andrefana arrive en tête des régions dont la couverture forestière est la plus importante (1 702 795 ha). Elle est suivie par l’Analanjirofo (1 092 415 ha), le Menabe (874 915 ha), la SAVA (843 512 ha), et la Sofia (761 177 ha). En revanche, l’Itasy est la plus déboisée des régions avec seulement 44 ha de forêts.

 

 

La Gazette

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