Culture malagasy - L'identité à conserver

Publié le par Alain GYRE

Culture malagasy - L’identité à conserver

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A Madagascar, dès qu’il s’agit de langage, les non- dits sont très nombreux. Non seulement dans l’élocution mais aussi dans l’énoncé même des idées. Ce n’est pas que le Malgache soit cachottier mais son processus de réflexion passe par le moule imagé de locutions proverbiales obscures pour celui qui n’y a pas été exposé dès sa petite enfance car elles adoptent volontiers une forme elliptique. Pour le cas des salutations, la formule change du tout au tout selon qu’on rencontre un aristocrate chez lui ou un plébéien dans la rue, selon qu’on est Merina, Tsimihety ou Betsimisaraka, selon que la visite consiste à présenter des condoléances ou à s’enquérir de la santé d’un petit garçon qu’on vient de circoncire. L’interlocuteur risque de s’offusquer si on se trompe de formule et ne pardonnera volontiers qu’aux étrangers dont la connaissance des us et coutumes est notoirement embryonnaire.

Toutefois, la culture ne se limite pas au langage, et celle de Madagascar n’est pas uniquement orale. L’écrit y tient une place de choix avec des auteurs renommés. Il est vrai que l’étude de leurs œuvres passe obligatoirement par une connaissance approfondie de la langue et de ses subtilités car leur langue maternelle transparaît même dans leurs ouvrages en français. L’accès est plus facile lorsqu’il s’agit de peinture où tout le monde reconnaît des formes et des couleurs. Les peintres malgaches évoluent en effet presque au même rythme que ceux de l’étranger et ils ne se cantonnent plus à l’art figuratif presque photographique qui leur était habituel, mais se lancent dans une recherche libre d’une expression non asservie par les canons traditionnels. La musique malgache est encore plus dynamique car elle est soumise à une fécondation réciproque avec les musiques du monde grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les artistes malgaches se vendent bien à l’extérieur et tiennent une bonne place sur les marchés de la musique métisse. En se mettant à produire non seulement des chansons en malgache mais aussi en français ou en anglais, en particulier en rap, ils commencent également à toucher le domaine de la musique orchestrale pure après avoir brillé en jazz et en musiques de danse.

Ce rapide survol de la culture serait incomplet s’il ne mentionnait pas la musique traditionnelle des chanteurs ambulants appelés « Mpihira gasy ». Assez proche de l’opérette occidentale par son mélange d’airs entraînants et de récitatifs, elle attire la masse populaire par ses thèmes moralisateurs et connaît même une sorte de renaissance car on dit que de hauts personnages de l’Etat l’apprécient particulièrement et lui apportent leur soutien. Cet art très éclectique fait appel à la rhétorique, à la poésie, à la musique et à la danse mais n’hésite pas à moraliser et à insérer des cantiques religieux dans ses compositions. Alors que la danse traditionnelle malgache s’apparente à celle de nos cousins de Bali, par les mouvements des épaules et des mains autant que des jambes, de jeunes artistes se sont lancés dans la composition chorégraphique moderne et retiennent l’attention de chorégraphes confirmés d’Europe et d’Amérique.
Aujourd’hui, avec la mondialisation qui gagne du terrain, la plupart de cette culture tend à disparaître au détriment de l’identité culturelle. Surtout en ce moment, les jeunes générations sont influencées par les mass-médias et ont tendance à imiter le monde occidental.

Recueillis par Zo Toniaina

La Vérité

 

Publié dans Revue de presse

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