Dans certains pays francophones: Désintérêt pour le français

Publié le par Alain GYRE

Dans certains pays francophones: Désintérêt pour le français       

Jeudi, 21 Novembre 2013

Pour diffuser l’image et les valeurs de la France à travers RFI et France 24, on en est venu à devoir ne plus utiliser le français.

Ce désintérêt pour le français dénote la perte d’influence de Paris et reflète le « pivot » américain qui s’opère au sein de la population.

 

Aujourd’hui, beaucoup d’étudiants sénégalais font le choix d’étudier aux États_Unis et teintent leur français d’expressions américaines. Assez naturellement les élites voient l’Afrique s’insérer dans une mondialisation dominée par la culture anglo_saxonne et souhaitent, avec l’anglais, avoir tous les atouts pour y réussir.

 

Madagascar connaît un tiraillement encore plus fort entre l’anglais et le français, du fait de son passé colonial. La grande île devait ainsi accueillir le sommet de l’OIF en 2010 mais la crise politique survenue cette même année a contraint l’organisation à suspendre le pays et à organiser le sommet en Suisse. Aujourd’hui les deux seules langues officielles établies dans la Constitution de 2010 sont le malgache et le français. Mais la présidence de Marc Ravalomanana a favorisé l’anglais au détriment du français. Elle a rendu l’enseignement de l’anglais obligatoire et dans le même temps l’apprentissage du français s’est dégradé.

 

Aujourd’hui, le français a atteint un niveau médiocre sur l’île, même les instituteurs ne sont pas assez bien formés pour enseigner cette langue. En effet, le français n’est plus pratiqué quotidiennement : 4 enfants sur 5 maîtrisent mal le français à l’école primaire et ces difficultés se ressentent jusqu’au cursus universitaire. Plus inquiétant encore, c’est la position du gouvernement : aucune mesure n’a été mise en place afin de pallier cette faiblesse. Les autorités encouragent ainsi passivement le déclin du français.

 

Le désintérêt croissant pour la francophonie au sein des populations africaines est aussi le résultat d’une politique de coopération culturelle française  qui a du mal à capter les attentions et les désirs africains et dont les moyens sont en constante régression.

 

Si dans certains milieux africains, on est d'une certaine façon fatigué de notre aide et si on aspire à des liens plus clairement fondés sur des relations économiques réciproques, la vraie légitimité qui nous est reconnue est fondée sur la francophonie ; cette dernière constitue bien le noyau dur de la spécificité de notre relation avec l'Afrique et notre défaillance est regrettée.

 

Sur un continent qui a une demande de formation aussi forte dans tous les domaines, la francophonie devrait nous permettre de mettre en place des stratégies ambitieuses de formation des cadres africains.

 

Les difficultés de la Francophonie linguistique fragilisent, par ailleurs, le projet de la diplomatie française de transformer la Francophonie institutionnelle, d'un espace de gestion d'un patrimoine linguistique et culturel commun, vers une organisation politique à part entière sur la scène internationale.

 

Le déclin du français ne peut que limiter l’influence d’une organisation au demeurant très jeune qui connaît par ailleurs des difficultés importantes à s’imposer comme un acteur politique.

 

Le sommet de Cotonou en 1995 avait en effet consacré le renforcement des institutions avec la création d'un poste de secrétaire général de la Francophonie, auquel fut nommé l'ancien secrétaire général des Nations unies M. Boutros Boutros_Ghali.

 

À la culture et à l'éducation, domaines de prédilection de la coopération francophone, se sont alors ajoutés au fil des sommets les sujets politiques (paix, démocratie et droits de l'homme), le développement durable, l'économie et les technologies numériques. La Francophonie s’était dotée d'une Charte lors du sommet des chefs d'État et de gouvernement à Hanoï en 1997, Charte révisée en 2005 par la conférence ministérielle réunie à Antananarivo.

 

Il s’agissait de structurer les relations entre pays membres de l'OIF par l'adhésion à des valeurs communes et de créer un dialogue avec d'autres organisations internationales.

 

La Francophonie s'est ainsi progressivement dotée de règles internes fondées sur le respect des droits de l'homme, des valeurs de la démocratie, de la paix et de la bonne gouvernance qu'elle promeut. Tout État qui enfreint ses propres règles constitutionnelles en est désormais suspendu, et ce en vertu de la déclaration de Bamako de 2000. L'application de cette règle a déjà conduit à la mise à l'écart de quatre États, Madagascar (2009), la Guinée_Bissau (2012), le Mali (2012) et la République centrafricaine (2013).

 

En 2006, l'adoption de la déclaration dite de Saint_Boniface relative à la prévention des conflits et à la sécurité humaine est venue compléter ce dispositif en mettant en avant la responsabilité des États membres dans la protection des populations civiles sur leurs territoires. Presque vingt ans après le bilan semble maigre.

 

L'augmentation régulière du nombre des États membres de cette institution a accru certes son audience mais elle n’a pas aidé à la définition d'une ligne diplomatique claire et a contribué à diluer la présence de l’Afrique.

 

Les adhésions les plus récentes, à partir de 1997, ont été surtout le fait de pays dans lesquels la langue française a une diffusion limitée au cercle des élites lettrées et qui ont des visions du monde très différentes, qu’il s’agisse de la Pologne, de la Lituanie, de la République tchèque ou de l'Autriche, qui ont acquis la qualité d'observateurs, ou du Qatar qui est devenu membre associé.

 

Alors que l'Union européenne, pourtant adossée à la puissance de ses États membres et à une intégration économique croissante, peine à définir une politique étrangère commune, on conçoit les difficultés que la Francophonie aura à dépasser les différences fortes entre ses membres.

 

Malgré tout, signale-t-on, la France reste le  premier partenaire économique malgache, son premier fournisseur et son premier client. Les échanges franco malgaches représentent environ 30% des échanges commerciaux de Madagascar.

 

Cinq cents entreprises à capitaux français sont présentes dans tous les secteurs de l’économie. Madagascar est aussi le pays où la communauté française est la plus importante au sud du Sahara, avec 25 000 citoyens, dont 60% sont franco malgaches.

 

Source :

 

Présidence du Sénat français

 

Rapport d’information fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées par le groupe de travail sur la présence de la France dans une Afrique convoitée.

La Gazette

Publié dans Revue de presse

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