De l'origine du riz.

Publié le par Alain GYRE

204 De l’origine du riz.
Conte  Betsimisaraka
Recueilli à Tamatave

 

Deux époux avaient, dit-on, un fils unique appelé Indrianirina qu'ils aimaient

tendrement.

Ils étaient « mpanazary » « ombiasy (1).

Une nuit Indrianirina rêva qu'il était transporté dans un îlot par un Etre ailé.

Le lendemain, il raconta son rêve à ses parents.

Le père qui se croyait un « mpanazary » célèbre dit

« Chéri, cela n'est qu'un rêve ne sais-tu pas que je m'appelle Andriampahitalavitra, qui voit, qui sait toute chose éloignée on cachée?

Personne n'osera jamais envahir notre domaine et tant que je serai vivant tu resteras auprès de moi et de ta mère.

Sois rassuré. »

Au bout de cinq mois, l'Etre ailé qui était apparu au petit garçon revint vers minuit.

Il l'emporta et le déposa au pied d'un arbre.

En haut de cet arbre, il y avait un revenant dont la vue causa la mort d'Indrianirina.

Le lendemain le malheureux petit garçon fut enterré au pied de l'arbre par les habitants du village voisin.

Ses parents furent très tristes; ils pleurèrent des jours et des nuits, et promirent une grosse somme d'argent à qui trouverait leur fils.

Tout le monde se mit à la recherche mais ce fut eu vain.

Quelques mois après la mère eut un rêve son fils était près d'elle et parlait en ces termes :

« Mère, père, maintenant je suis séparé de vous; vous ne me verrez plus jamais.

Mais, souvenez-vous de moi toujours.

Vous irez demain, avec votre serviteur, vers l'Est.

Suivez toujours le chemin qui est à côté de notre maison.

Après deux jours de marche, vous verrez à droite du chemin, un grand arbre dépourvu de ses feuilles.

C'est au pied de cet arbre que je me trouve enseveli, chers parents!

Vous n'emporterez pas mes cendres et mes os, c'est défendu.

Mais vous prendrez les graines des herbes, qui poussent en touffes sur mon tombeau. 

Revenus dans notre village, vous préparerez un terrain et vous y sèmerez les graines.

Soignez-les bien, mangez-en les produits, car cela vous donnera la vie, la force, l'intelligence.

Aimez tendrement ces graines comme vous m'aimiez car elles sont nées de moi et resteront toujours auprès de vous.

Je vous dis adieu, et vous demande d'accomplir mes désirs.

Adieu encore, chers parents. »

Lorsque le rêve se fut enfui, la mère resta tout étourdie; elle alluma le feu et regarda
dans tous les coins de la maison, elle réveilla son mari et lui raconta son rêve.

Le lendemain matin, au premier chant du coq, on mit des patates dans un grand sac, car le riz n'existait pas encore, et on se mit en route.

Le deuxième jour on arriva à l'arbre.

Les deux époux pleurèrent amèrement pendant des heures.

Enfin, ils récoltèrent les graines, les mirent dans un panier et reprirent leur chemin.

En route, en traversant un marais, le petit serviteur fut fatigué, il jeta les graines dans l'eau pour ne plus les porter.

L'eau dispersa les graines qui ne tardèrent pas à pénétrer dans la boue.

Le père et la mère ne purent rien ramasser et furent très fâchés contre leur serviteur.

Ils revinrent souvent en ce lieu pour voir si les graines germaient et donnaient d'autres graines.

Après quelques jours, de petits plants apparurent et produisirent à leur tour des graines d'une qualité dix fois meilleure que les premières.

Devant cette bonne récolte, les deux époux furent très contents et dirent :

« Efa voary lahy ity vao nitombo betsaka »

« Les graines perdues produisent une abondante récolte. »

Voilà pourquoi l'homme doit semer ses graines dans l'eau pour en avoir une grande
quantité.

Pour que le riz produise une bonne récolte, on doit le soigner comme avait dit Indrianirina.

Si le riz manque, la force et l'intelligence manquent aussi.

 

 

(1)   Devins.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL (1866 – 1925)

Librairie Ernest LEROUX

PARIS

 

Publié dans Contes de Madagascar

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article