Des pavés à partir des déchets plastiques

Publié le par Alain GYRE

RÉGION DIANA : Des pavés à partir des déchets plastiques

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Le professeur et l’étudiant Zoravaka à l'intérieur du simple labo de l'UNA

Des chercheurs de l’Université d’Antsiranana ont trouvé un nouveau procédé. Il s’agit de transformer des déchets plastiques en matériaux de construction.

Les recherches se suivent, mais ne se ressemblent pas. Depuis des années, des tonnes de déchets de sachets en plastique s'entassent aux quatre coins de la ville d’Antsiranana, voire dans toute la région Diana.

Les chiffres, apparemment faibles, sont très préoccupants dans la mesure où les déchets plastiques, n’étant pas biodégradables, contribuent à la dégradation de l’environnement.

De fait, la prolifération des sachets en plastique pose un véritable problème de salubrité et d'assainissement. C’est dans l’optique de résoudre en partie cette problématique de la gestion des déchets plastiques, qu’un groupe de chercheurs et d’universitaires antsiranais a récemment découvert et mis en place un procédé unique de transformation des sachets en plastique qu’ils ont pris soin de protéger.

Mener la guerre contre les déchets plastiques et donner une deuxième vie au plastique usagé, c’est le pari que ce sont fixés ces inventeurs. Leur objectif est écologique, puisqu’il s’agit de débarrasser la ville d’Antsira­nana, voire la région, de ce genre de déchets qui traînent et représentent une menace pour l’environnement.

Mais l’initiative a aussi une dimension socio-économique, car recycler la matière polluante afin d’en faire des objets utilitaires de longue durée pourrait être une source d'activités génératrices de revenu.

Les œuvres émanent du Pr Mamiharijaona Ramaro­son, enseignant-chercheur responsable de labo-matériaux à l’Université d’Antsira­nana. Il a déjà inventé l’éclairage à partir de l’eau marine. Il a été assisté par Patrick Zoravaka Andriam­beloson, un futur ingénieur en matériaux de l’Es Poly­technique et Harijaona Barisoa Rafidison, son assistant qui en train de préparer son DEA.

« Nous avons eu l’initiative de recycler du plastique en faisant des recherches sur la gestion des déchets, surtout des sachets. Nous nous disions qu’il fallait en faire des objets qui durent en les recyclant pour qu’ils ne soient pas jetés une nouvelle fois. Nous avons trouvé un système qui permet au plastique de remplacer le bois ou le ciment », a mentionné le professeur.

Simple mais efficace

Cette invention est différente des autres, car il ne s’agit pas d’une simple transformation du plastique en granulés, mais de techniques simples de production d’objets utilitaires à base de déchets plastiques.

En fait, ils font fondre n’importe quel déchet sans produire aucune fumée toxique et sans utiliser trop d’énergie. Le mélange de ces déchets avec du sable, de la terre, du son de riz et de la sciure de bois, permet l’obtention d’une sorte de goudron qui sera versé encore chaud dans un moule spécial confectionné par eux-mêmes.

Quelques minutes de refroidissement et des pavés, briques et tuiles de toutes les tailles et de toutes les formes, plus résistants que les matières faites en ciment, sont prêts.

Ainsi, le procédé est à la fois économique et écologique. « Si les autres nécessitent 20kg de sachets en plastique pour en récupérer 5kg pour le combustible, notre système fait trois fois moins que ça, car nous avons obtenu 60kg de résultats sur les 20kg de déchets utilisés », a indiqué le Pr Mamiharijaona Ramaroson, expliquant la particularité de leurs recherches.

« L’avantage des pavés en plastique, est que, contrairement au ciment, ils n’emmagasinent pas la chaleur pour la libérer une fois la nuit tombée. De plus, ils ne s’abîment pas et sont bien moins chers que ce qui constitue habituellement les pavés », a poursuivi l’inventeur qui n’a pas encore voulu tout dévoiler de leur secret de fabrication. Une façon de ne pas laisser « les grands industriels » profiter de leur découverte, tout en recentrant leur trouvaille sur le développement communautaire.

À cet effet, ils ont émis le souhait de pouvoir créer, plus tard, des unités de production d’objets utilitaires à partir des déchets plastiques. D’ores et déjà, des usagers ont été émerveillés par les résultats et ont passé des commandes de 70 000 briques.

Enfin, le trio est en phase de demander le brevet de sa propriété et espère recevoir un appui financier du gouvernement ou d’autres organismes.

Raheriniaina

Lundi 30 septembre 2013

L’Express

Publié dans Revue de presse

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