Des plantes et des hommes

Publié le par Alain GYRE

Des plantes et des hommes

5 août 2014

 

À l’époque ancienne, la couleur et la qualité des tissus signaient l’appartenance à un groupe social bien défini. C’est dire le rôle fondamental qu’on toujours joué les plantes textiles et tinctoriales dans la société traditionnelle. Petit inventaire.

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Mentionnées dans un court passage du Tantara ny Andriana (Histoire des Nobles) du R.P François Callet (1878), la confection de tissus et l’utilisation des plantes tinctoriales étaient bien connues des anciens Malgaches. Comme Adam et Ève avec la feuille de vigne, ils ont commencé à se servir des fibres de Dombeya sp. (hafotra) pour préserver leur pudeur. Les femmes ont appris plus tard à tisser les fibres de chanvre, de raphia de bananier et du coton pour faire le lamba, cette étoffe « unisexe » drapée autour du corps.

 

Plus tard encore, la soie est venue « étoffer » la liste des matières textiles. À l’origine, seuls les Betsileo savaient exploiter la soie du papillon Borocera indigène, et ce n’est qu’en 1820 que l’espèce Bombyx mori (bombyx du mûrier), pourvoyeuse du ver à soie, est introduite à Madagascar. Sous la Royauté, la couleur des tissus constituait un signe d’appartenance à une couche sociale bien définie. En haut de l’échelle, le rouge vif des lamba jakimena pour la famille royale et les tissus à rayures arindrano pour les courtisans. Les riches portaient des lamba indigo, vert ou jaune, alors que la couleur des lamba du peuple dépendait de la fibre utilisée lors de du tissage – sans teinte, bien sûr. En ces temps-là, les guérisseurs (ombiasy) gardaient jalousement le secret des plantes tinctoriales assimilées aux plantes médicinales. La première mention publique se trouve dans le Manuscrit de l’Ombiasy, oeuvre écrite entre 1864 et 1870 par le guérisseur de la reine Ranavalona I. Cet ouvrage comporte un long passage sur le tissage, la préparation des fibres et, enfin, les recettes pour la teinte des tissus. Les gens du Haut Plateau étaient alors maîtres en traitement des couleurs de la soie, du coton et des fibres du palmier rofia (Raphia ruffia).

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Pour l’habillement, les habitants de l’Imerina et du Betsileo n’exploitaient, au XIXe siècle, que quatre plantes tinctoriales, alors que des études faites par des scientifiques comme Estève (2005) ou Cardon (2007), et récemment par l’équipe de Missouri Botanical Garden (MBG), ont permis d’identifier 200 plantes tinctoriales dans nos forêts. De nos jours, 60 espèces seulement sont parmi les plus utilisées par les artisans malgaches : entre autres, le curcuma (tamotamo) pour obtenir la couleur jaune, le grenadier pour le vert, le bois de rose et le bois de natte (nato) pour les couleurs allant du rouge au marron. L’Indigo arrecta (aika) donne, comme son nom l’indique, la couleur indigo toujours très prisée selon une productrice locale de soie naturelle. Les femmes de Kandreho, Maevatanana n’y échappent pas et continuent à préparer et teindre leurs lay masaka, tissus pour paréos, avec les feuilles fraîches de cette plante. Les colorants végétaux proviennent de plantes sauvages, mais aussi de plusieurs espèces cultivées ou partiellement domestiquées. Ces plantes peuvent avoir plusieurs usages : Labouronnasia madagascariensis (tondika) sert à teindre en rouge la soie et les cotonnades, mais les décoctions de l’écorce sont astringentes et utilisées de nos jours pour soigner les hémorragies.

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Les feuilles de Lawsonia inermis (didika, mina ou mona) constituent quant à elles le plus ancien produit de beauté en usage jusqu’à maintenant, à savoir le henné. L’utilisation de ses feuilles remonte à 2 500 ans. Les femmes des régions côtières de Madagascar arborent avec fierté leur chevelure, lèvres et visage passés aux couleurs chaudes de cette plante. Dans toute l’île, il n’est pas rare de rencontrer des femmes, jeunes, moins jeunes et même d’un certain âge, exhibant avec fierté les arabesques au henné qu’elles ont sur les pieds et les paumes de la main.

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