2014-07-31 Deux ministères rendus responsables des pertes françaises

Publié le par Alain GYRE

Deux ministères rendus responsables des pertes françaises

 

 

31.07.2014

Notes du passé

 

 

Poursuivant leur étude sur l’esprit bergeracois et l’expédition à Mada­gascar (1894-1896), Jean et Mariette Valette abordent la con­quête proprement dite, en évoquant les écrits de l’Indépen­dant, organe du gouvernement républicain qui, le 24 août 1895, s’en prend également aux services de renseignements inexistants.

« L’officier qui le dirige, ne connaît ni le pays ni la langue ; pendant que les Hova savent, point par point, ce qui se fait dans nos moin­dres postes, nous ne savons rien de Tananarive, ce qui eut été cependant bien facile. Chose plus invraisemblable encore, nous ignorons ce qui se passe à deux kilomètres en avant de nos lignes. Comme conclusion, je ne puis dire qu’une chose : c’est une école à tous les points de vue. Nous arriverons à Tananarive, parbleu ! Personne n’en doute pas, mais à quel prix   »

Une semaine plus tard, on lit  une nouvelle attaque violente dans l’éditorial. « Si l’on s’en rapportait à la presque unanimité de la presse française, les choses iraient mal à Madagascar… C’est l’état de santé de nos pauvres soldats qui ne va pas et qui s’aggraverait de minute ne minute grâce à l’imprévoyance de ceux qui avaient pour mission sacrée de tout prévoir et de tout préparer : les ministres de la Guerre et de la Marine. »

Le Journal met l’accent sur les rivalités des deux armes rendues responsables des pertes énormes. Il propose la nomination de civils à ces deux départements pour mettre fin à leurs « odieuses » rivalités.

 L’Indépendant s’attaque également aux socialistes. « Ces derniers, prêts à faire flèche de tout bois, devaient s’emparer des misères de l’expédition de Madagascar et essayer d’en tirer parti au plus grand bénéfice de leur ambition. » Puis, il égratigne la droite, la semaine suivante. « Les gens qui prédisent un malheur, sont très heureux de le voir arriver. Comme si on n’a jamais fait une conquête sans se trouver en présence de difficultés… Les hommes, conscients ou inconscients, qui ont prétendu ces jours-ci que tout était perdu à Madagascar, sont les mêmes qui disaient la même chose pendant l’expédition de la semaine dernière, quand nous est arrivée la nouvelle d’une victoire de la colonne légère de nos vaillantes troupes qui nous ouvre la voie de Tananarive… »

Arrive alors la prise de la capitale, le 30 septembre 1895. « Enfin, le drapeau tricolore, le drapeau de notre France bien-aimée flotte sur le Palais royal de Tananarive. La prise de la capitale de Madagascar est certaine et le gouvernement a reçu la nouvelle officielle. » Mais une telle joie n’empêche pas une violente diatribe contre les socialistes qui se termine ainsi. « Pour nous qui mettons la France au-dessus de tout, qui, pour elle, endiguerions nos haines et feront taire nos préférences et nos amitiés, nous sommes heureux sans réserve. »

Dans l’Éclaireur, les nouvelles sont beaucoup plus fréquentes que dans l’organe républicain.

 Les préparatifs de l’expédition tant en France (envois de renforts) qu’à Mahajanga, font l’objet de notes nombreuses et variées. Cepen­dant, par-delà le souci de l’objectivité, on relève surtout « la volonté de mettre à mal le gouvernement ».

La question des affrètements en fournit la première occasion ; puis des attaques directes apparaissent contre le régime à la suite de la démission du président Casimir-Périer ; enfin des condam­nations sans appel. « C’est le régime qu’il faut accuser. Le seul moyen d’en finir à Madagascar est d’en finir avec la République opportuniste sans quoi Madagas­car sera remplacé l’an prochain par le désert du Sahara ou quel­que autre entreprise du même genre.»

Ces nouvelles alarmantes sur l’état sanitaire de l’armée et les pertes sérieuses dues au climat et à la maladie alimentent ces attaques. « À Madagascar, tout irait bien si les soldats ne mouraient comme des mouches de la fièvre, de la dysenterie, du marasme et de quelques autres inconvénients inséparables des expéditions coloniales… Ainsi, voici déjà à 2 150 malades qu’on est obligé de rapatrier… Aussi est-il certain que les 2 150 malades, dont le rapatriement est avoué dès maintenant, ne représentent qu’une partie, peut-être même la plus faible des victimes de Madagascar. »

L’Express

Publié dans Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article