Diana : L’or inépuisable de Betsiaka

Publié le par Alain GYRE

Diana : L’or inépuisable de Betsiaka

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Du travail à la chaîne depuis l’entrée du filon, le « fatana », jusqu’au bord de la rivière (au fond) pour le lavage de la terre aurifère

Le trafic d’or est tout aussi réputé que celui du bois de rose. Des lingots sont interceptés à nos frontières, ou en-dehors des limites territoriales. D’où tout cet or est-il extrait Il semble que nos sous-sols en sont riches, et le gisement de Betsiaka connaît une ruée, depuis quelques temps.

Depuis la période de la colonisation, la zone de Betsiaka, un petit village situé à 30 km de la ville d’Ambilobe, sur la route de Vohémar, est réputée à forte potentialité aurifère. L’endroit est riche en filons, comme la région environnante. Mais aucune étude du sous-sol n’y a été initiée, sauf le projet de la société Kraoma (Kraomita Malagasy). Celle-ci entreprend, actuellement, un projet de recherche dont la finalité est l’exploitation industrielle des filons en cas de résultats concluants.
Depuis toujours, le village de Betsiaka n’a pas subi de changements. Il n’existe même pas de grosses infrastructures comme à Antanimbary-Maevatanàna ou à Ilakaka. Les routes qui le desservent sont même impraticables pendant la saison de pluies. Jusqu’ici, tous les projets menés à Betsiaka ne sont pas encore bénéfiques à la population et ne contribuent pas au développement de la région.
De fait, le site est exploité d’une manière artisanale et traditionnelle. Aucun des milliers d’orpailleurs locaux n’a l’intention de formaliser ni de professionnaliser son métier, en dépit des tonnes d’or déjà sortis du village. Ils n’ont jamais suivi de stages pour être de bons chercheurs d’or. Ils se sont tous formés sur le tas.
De leur côté, les collecteurs y dictent leur loi. Ils fixent le prix de l’or à leur aise, sans penser aux difficultés affrontées par les orpailleurs.
« Il y a eu des moments où nous sommes obligés de brader notre or, afin de subvenir à nos besoins familiaux », a affirmé un orpailleur, dans le métier depuis une cinquantaine d’années.
Depuis que le gisement d’or existe à Betsiaka, des milliers de gens de tous horizons ont quitté leurs villages pour s’y installer. L’exploitation d’un filon est familiale.
Informels
Tous les matins, des centaines de ces familles orpailleuses, souvent organisées en petites équipes d’une vingtaine de personnes chacune, y compris des enfants, exploitent un hypothétique filon, situé entre 8 et 16 mètres de profondeur, en creusant un trou en forme de puits, communément appelé « fatana ».
La plus répandue est la technique de la batée, appelée « sivam-bolamena » dans le dialecte local. Plus exactement, le travail consiste à prélever des tonnes de sable et de cailloux du filon, lesquelles sont ensuite transportées, à quelques pas du
« fatana », à l’aide des seaux, au bord d’une rivière ou d’un ruisseau. Des femmes, des fillettes, des garçons, voire des hommes nu-pieds, rincent à plusieurs reprises dans l’eau le sable mis dans la batée, en imprimant celle-ci de mouvements de rotation. L’or étant un métal à grande densité, les paillettes devraient finalement se trouver au fond de la batée. Ce travail est excessivement pénible et les jambes restent dans l'eau de la rivière pendant toute la journée.
Sur place, il existe bel et bien des collecteurs qui ont pignon sur rue, avec des gendarmes à leur côté qui les surveillent. Aux yeux de l’administration, ces collecteurs-là sont informels, et des responsables à la commune en font partie, selon certaines indiscrétions. D’après nos sources, la presque totalité des lingots d’or sortis en contrebande, ces derniers temps, serait des produits issus de Betsiaka.
Il semble que le marché de l’or fonctionne de façon aussi opaque que celui du bois de rose, puisqu’il est aujourd’hui manifestement informel. Il semble que les gros gains soient réservés à un cercle restreint qui ne cherche surtout pas à ce que la transparence se fasse sur ce secteur juteux, en ce temps de crise mondiale où l’or vient à manquer et son prix à grimper.

Une affaire juteuse pour les collecteurs
L'or extrait à Betsiaka est quasi pur, de l’ordre de 22 à 24 carats. Un gramme de poudre d'or se négocie auprès des collecteurs à environ 60 000 ariary. Pour donner une petite idée de l’importance de la production du sous-sol de Betsiaka, en ce moment, on avance le chiffre de dizaines de kilos de poudre d’or par semaine.
Il n’est pas facile de comprendre comment le marché s’organise officiellement. La réglementation qui le régit en partie est le Code minier de 2005, mais même celui-ci semble inconnu dans la région. Le service des mines reconnaît que plusieurs milliers de personnes travaillent, actuellement, à Betsiaka, mais qu’aucune carte de collecteur n’a été délivrée depuis 2010. Il faut détenir cette carte, renouvelable tous les ans, contre une patente d’environ 220 000 ariary auprès du bureau du service des mines à Antsiranana.
« Il n’est pas étonnant si le trafic d’or connaît une hausse remarquable, ces derniers temps », a réagi le chef de la région Diana, Romuald Bezara.
Il a confirmé que l’or qui sort de Betsiaka n’est pas déclaré au fisc.

Raheriniaina

Mardi 07 mai 2013

L’Express

 

Publié dans Revue de presse

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