Diana: le massacre des tortues de mer

Publié le par Alain GYRE

Diana :Le massacre des tortues de mer fait rage

Le risque que la tortue de mer disparaisse des côtes du Nord est grand. On tue cette espèce au vu et au su de tout le monde, sans que les responsables réagissent.

Un commerce de viande de tortue de mer se poursuit impunément, ces derniers temps, même s’il est strictement interdit par la loi. Des habitants des villages du district d’Antsiranana II qui se trouvent sur le littoral tuent sans état d’âme et en grande quantité des tortues géantes de mer. Un constat accablant eu égard à la rareté de l’animal marin autour de la baie d’Antsiranana et à son statut d’espèce protégée.
La viande de tortue est vendue à qui en veut au marché du Bazary Kely ainsi que dans certaines périphéries du Nord de l’Île, en passant par les marchés des chefs-lieux des districts. Le prix de la viande oscille entre 3 000 ariary et 5 000 ariary le kilo, et elle se vend comme des petits pains auprès des amateurs.
C’est un commerce qui, semble-t-il, est organisé par des braconniers agissant individuellement ou par petits groupes de 3 à 5 individus. La majorité des habitants d’un village de pêcheurs s’y mettent aussi. En outre, ils vendent la viande aux grands restaurants de la région qui doivent certainement avoir des clients pour cela.
Selon un notable du fokontany d’Ampondrahazo, des responsables de la sécurité et de l’environnement marin sont au courant du braconnage qui s’opère mais ferment les yeux.
« Ce n’est pas logique que nous les connaissons pas et eux non. À mon avis, ils doivent toucher leur part lors du transport et pendant la vente de la viande de tortue », s’insurge-t-il.
« J’achète régulièrement de la viande de tortue au Bazary kely car la chair est très savoureuse » avoue S.A., un père de famille.
« Des pêcheurs en vendent, et ils me contactent quand ils en ont et je fais le déplacement pour en acheter », a affirmé un collecteur.

Témoins
Les principaux témoins de cette barbarie sont les villageois et les visiteurs. De fait, grande fut la surprise des élèves du collège Coquelicot en voyage d’études dans le village d’Ivovona, et des jeunes regroupés au sein de la Jeune chambre internationale, lors d’un déplacement à Ampondrahazo et Ivovona dans le cadre du repeuplement de la mangrove, de faire une découverte malheureuse et honteuse. Des habitants du village ont massacré une grande quantité de tortues de mer. En allant sur la plage, ils ont aussi dénombré des carapaces et des têtes de tortues de mer déjà abattues dans ce village.
« Dans les mangroves, mes élèves ont trouvé en captivité une grande tortue pesant plus de 50 kg, les membres ligotés avec une corde plastique, en train d’agoniser. Dans la petite mare, seule sa tête est immergée dans l'eau », a raconte Velo Ralisoa, directrice du collège Coquelicot.
Après avoir constaté cette découverte désolante, ils ont alerté le « chef fokontany » qui a pris la décision avec eux de libérer cet animal. Ils l’ont porté vers la mer jusqu'à ce qu'elle trouve toute seule son chemin, et elle est apparemment sauvée. Mais par peur de la colère des villageois, les sauveteurs ont tout de suite pris la décision d’écourter leur visite.

Des croyances tenaces
Si la viande est très prisée, il ressort que d’autres parties sont également convoitées. Selon un pêcheur du Nord, les écailles, les testicules et même le sang de l’animal sont recherchés par certains connaisseurs. Avec les écailles, on peut confectionner des bracelets ou des colliers. Des artisans en tirent déjà profit mais la vente de ces objets reconnaissables est encore discrète. Un historien de la région souligne que certaines personnes subodorent les tortues de mer de posséder des vertus thérapeutiques. Propos que confirment des notables du village de pêcheurs d’Ivovona.
Pour les testicules de tortue, beaucoup disent qu’elles peuvent guérir certaines maladies. Des personnes aiment boire son sang, car c’est censé être tonifiant et apporter la longévité. Par ailleurs, ses œufs sont également prisés.

Irresponsabilité flagrante et criminelle
La viande et les œufs ne sont pas destinés à nourrir les pauvres, mais pour le palais des riches. Des centaines de tortues de mer sont massacrées pour fabriquer des bijoux et des objets non essentiels avec leurs carapaces. Si le braconnage de tortues de mer perdure, c’est tout simplement à cause du manque de volonté de la part des autorités, selon un notable environnementaliste.
« On a l’impression qu’il n’y a pas de contrôle de la part du ministère de la Pêche. Il faut qu’il y ait plus d’hommes, et une surveillance accrue », a-t-il soutenu.

Raheriniaina

Mercredi 04 juillet 2012

L’Express

Publié dans Revue de presse

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