Diavolana : Demande à la lune

Publié le par Alain GYRE

Diavolana : Demande à la lune

03/04/13 |  Traditions

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Les nuits de « diavolana » (pleine lune), peu de chance de croiser un loup-garou à Madagascar ou d’assister à un sabbat de sorcières. Ce serait même le contraire ! Ces nuits-là tous les enfants ont permission spéciale de sortie…

 

Au rebours des croyances qui ont cours dans d’autres civilisations, la pleine lune est un moment très attendu des Malgaches, un moment porteur de paix et d’harmonie. Ici pas de forces maléfiques qui se déchaînent, pas de sabbats de sorcières, pas de loups garous hurlant à la lune… bien au contraire ! En ces nuits spéciales qui ne reviennent que tous les 29 jours selon le calendrier lunaire en vigueur chez les anciens Malgaches, les enfants avaient et ont toujours l’autorisation d’aller jouer dehors sans se préoccuper de l’heure tardive. Généralement, ils se rassemblent dans la cour pour faire une farandole sur l’air de Diavolana fenomanana takariva, tsy mba sosotra fa faly miran-lava (Heureux sous la pleine lune) suivi de divers jeux de société jusqu’à ce que le sommeil les gagne.

 

La croyance veut en effet que pendant la pleine lune, les esprits malfaisants soient réduits à l’impuissance, incapables de s’en prendre aux vivants. Bonne raison à cela : ces nuits-là, les esprits des razana (ancêtres) éclairés par le luminaire céleste, ne peuvent parvenir à fermer l’oeil ! Et c’est tant mieux, car intermédiaires traditionnels entre le Créateur et les Hommes, ce sont eux qui apportent la bénédiction divine et chassent les mauvais esprits. « Les nuits sans lune, le monde est particulièrement menacé par les âmes errantes. C’est pour cela que les mpamosavy (sorciers) dansent sur les tombes, afin de tenir les razana éveillés », expliquent Ma’a et Xhi, peintres et philosophes mystiques. Cette fonction sacrée des mpamosavy était tenue dans le plus grand respect par les anciens Malgaches, bien qu’elle ait été ensuite « diabolisée » par les nouvelles religions. Mais les nuits de pleine lune, pas besoin de faire ce travail, le satellite céleste s’en charge !

 

Cette aura bénéfique qui entoure la pleine lune se retrouve dans la croyance, d’ailleurs universellement répandue, qui veut que ces nuits-là le nombre des accouchements augmenterait, signe de bénédiction du Créateur pour les anciens Malgaches. Impossible de connaître le fin mot de l’histoire, mais si l’on s’en tient aux études scientifiques, l’influence de la pleine lune sur l’homme et ses rythmes biologiques (sommeil, menstruation) est statistiquement constatée, à défaut d’être totalement expliquée.

 

Ces nuits là, tout le monde animal semble être en suractivité, y compris les vers intestinaux. C’est pour cela sans doute que les nuits de diavolana, les enfants sont tenus de boire des décoctions de voatamenaka, une plante vermifuge réputée très efficace…

 

Solofo Ranaivo

(article publié dans no comment magazine n°39 - Avril 2013 ©no comment éditions)

 

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