Dox, le poète de l'amour

Publié le par Alain GYRE

Littérature: Dox, le poète de l'amour

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Une exposition des ouvrages des Centenaires, dont le poète Dox, se tient à l’Académie malgache à Tsimbazaza

L’année des Centenaires a été lancée, hier au Palais de l'Académie malgache à Tsimbazaza. Dox en fait partie. Le portrait du poète de l'amour.

«Il a écrit jusqu'à son dernier souffle ! » lance DD Sorajavona, le benjamin des cinq enfants de Dox, Jean Verdy Salomon Razakandraina de son état civil. Et un autre fils du poète, Elie Ramasindraibe, montre un bout de papier photocopié sur lequel on peut déchiffrer le début d’un poème :
Izay mitolona no olona satria velona ao anaty
Mahatsiaro fahavononana fanahy mitraka hatrany
Hiandrandra ny hahavon'ny anjarany eto an-tany
Ka misaina mitanondrika ilay andrianina tsy mamy
Mibanjina andro na alina ny asa mafy izay haterany
Mieritreritra an'izany ho tsy maintsy hotanterany
C’est le dernier qu'il a écrit, deux jours avant son décès survenu le 14 juin 1978, affirment ses proches.
Dox est connu pour son inspiration débordante. Un sourire, un regard suffit pour déclencher en lui une avalanche de vers. Aujourd'hui, sa famille lance un appel à tous ceux qui ont gardé des poèmes ou des ouvrages qu'il a écrits. Il semble que le poète a généreusement partagé son talent à qui voulait se voir à travers ses yeux.
« Une fois, il est passé devant un groupe d'enfants qui lui a demandé d’écrire un poème. Il s'est assis au milieu des gosses et a spontanément créé un poème qu'il a déclamé. Les enfants l’ont chaleureusement applaudi. Et partout où il va, des gens le sollicitent pour écrire des poèmes. Il regarde la personne et s'inspire de ce qu'elle dégage comme émotions. Et le poème est fait », raconte DD Sorajavona.
Des émotions en images
Le poète a été un écrivain prolifique. Il a laissé en héritage d'innombrables manuscrits, sans compter ce qu'il a déclamé verbalement, ou ce qu'il a écrit dans de circonstances particulières et qui se trouve aujourd'hui bien conservé dans des collections privées.
Ancien élève du collège protestant Paul Minault, Dox avait depuis toujours cultivé la passion pour la lecture. Il voue une grande admiration pour les dramaturges classiques français comme Jean Racine et Pierre Corneille.
Son penchant pour le théâtre, qu'il considère plus accessible aux illettrés, l'a amené à écrire de nombreuses pièces de théâtre, dont le fameux Varavaran'ny fahazavana inspiré de l'histoire des premiers missionnaires anglais David Jones et Thomas Bevan dont la représentation est annoncée dans le courant de cette année. Ravahiny maritiora, Rainandriamampandry, ou encore Amina Batsola sont parmi les pièces les plus connues que Dox a écrites.
Si la poésie semble être son premier amour, Dox est aussi un auteur-compositeur et peintre à ses moments perdus. DD Sorajavona est l'un des premiers à mettre en musique ses poèmes. Hono ho'aho et Ento mody en sont quelques-uns. Le musicien se rappelle toujours de ce moment particulier qu'il a partagé avec son père.
« Une fois, il m'a demandé de jouer de la musique. Je lui ai demandé s'il m'écoutait. Il avait répondu oui. Quelques minutes après, il m'a donné le texte de ma chanson », se souvient DD avec nostalgie.
Et peindre, il sait aussi le faire ... avec poésie. Ses deux fils racontent que, quand il allait à la rencontre des gens, il a l'habitude de dire : « Je vais rendre en images ce qu'il y a dans leurs cœurs, leurs émotions,... ». Et il suffit de peu pour lui permettre de peindre la beauté autour de lui. Son ami Henri Rahaingoson reconnaît en lui « ce sens de la beauté fugitive ».


Une vie bien remplie

Dox, Jean Verdy Salomon Razakandraina, poète contemporain très populaire, est né à Manakavaly, où son père était médecin, le 13 janvier 1913. Il a fait ses études successivement à l'école publique d'Antsirabe, puis à Ambohijatovo et au collège Paul Minault où il avait commencé à écrire, étant à la tête d'un petit bulletin d'école.
S'efforçant alors, autant que possible, de ne pas « aller contre l'opinion commune », en d'autres termes ne cultivant pas particulièrement le paradoxe, il s'était plu à signer ses articles – et ses condisciples l'appelèrent volontiers Dox(e). C'est ainsi, semble t-il, qu'il fut porté à adopter le pseudonyme de Dox.
Artiste dans le sens plein du terme, Dox a composé plusieurs paroles de chansons malgaches et a suivi des cours par correspondance de dessin et de peinture. Son talent fécond en littérature s'est exprimé dans des poèmes : Ny hirako (1940), Izy mirahavavy (1946), Hira va (1948), Raki-malala (1955), Iarivo (1956), Voninkazon'ny tanteraka (1956), Ny fitiavany (1957), Apokalipsy (1957), Izy mirahalahy (1958), Fahatsiarovantena (1958); dans des pièces historiques : Amina Batsola (1958), Mavo handray fanjakana (1958), Ny Ombalahibemaso, Savika ombalahy, ou inspirées de la Bible : Solemita (1949), Estera (1958), ou traduites du français : Le Cid (1961), Horace (1962), Andromaque (1964).
Maître du rythme et maniant ensemble avec beaucoup de facilité idées, images et sentiments, Dox fait sentir qu'il vibre à l'unisson de tout le monde, surtout dans la tristesse et en amour, et il sait atteindre le beau et le senti à travers la simplicité et les « mots de la tribu ».
(Extrait du Dictionnaire historique et géographique de Madagascar, p. 128)

Domoina Ratsara

Samedi 12 janvier 2013

L’Express

Publié dans Revue de presse

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