2012-05-05 Elevage et forêt associés dans l'Ankaratra

Publié le par Alain GYRE

Elevage et forêt associés dans l’Ankaratra

Naguère, dans les années 1950 et 1960, de nombreux Tananariviens connaissent bien la station forestière de Manjaka­tompo, située à 15 km d’Ambatolampy au pied du massif de l’Ankaratra.
Sa création remonte à 1927 quand Perrier de la Bathie tente d’y installer un centre d’amélioration des pâturages pour bovins et ovins. Son souci est alors de trouver le moyen de remédier à la pratique néfaste des feux sauvages allumés tous les ans pour le renouvellement des pâturages.
Ces feux dévastent les lisières forestières, pénètrent plus ou moins profondément à l’intérieur des massifs qu’ils dissocient peu à peu : « Ils stérilisent les sols et provoquent une érosion désastreuse pour le pays » (Pierre Saboureau, conservateur des Réserves naturelles).
Perrier de la Bathie estime avec raison à l’époque que l’Ankaratra possède essentiellement une vocation pastorale et forestière, qu’élevage et forêts doivent être étroitement associés dans cette région montagneuse pour devenir source de richesse comme dans la Savoie dont il est originaire.
Ainsi, des plantations de « Mimosa dealbata » sont entreprises pour fournir du bois aux paysans et retenir les terres. Pourtant, « ce programme exigeait une aide qui ne fut pas accordée au savant. Au bout de quelques années, il dut abandonner ses essais, faute de moyens ».
Dans le même temps, l’inspecteur principal Louvel, chef des eaux et forêts, est parvenu à apporter de France « au prix d’efforts et de soins tout à fait extraordinaires pour l’époque, des œufs de truite ». Des éclosions se produisent au laboratoire de pisciculture de la station forestière d’Analamazaotra, près de Périnet en pleine forêt de l’Est. Son emplacement est choisi en raison de l’existence à la fois d’eaux pures et des moyens offerts par la station forestière.
Toutefois, cet emplacement convient mal à l’élevage de la truite à cause de la température trop élevée des eaux. La première installation étant détruite par un cyclone, Louvel se préoccupe de reconstruire le laboratoire dans une localité plus fraîche répondant mieux aux exigences des truites.
Perrier de la Bathie propose Manjaka­tompo. Les basses températures de l’Ankaratra conviennent parfaitement, malheureusement la région est presque entièrement dénudée. Seules subsistent quelques boqueteaux, vestiges de l’immense forêt de l’Ankaratra que Mayeur avait traversée cent-quarante ans auparavant.
Un premier laboratoire est alors installé à 2 000m d’altitude dans la vieille forêt. Les œufs mis en incubation bénéficient d’eau froide et claire fournie par un petit ruisseau qui a tout son cours en forêt : l’alevinage réussit très bien. Ce laboratoire s’avère rapidement insuffisant. Une construction plus importante est édifiée en aval, de nombreux bassins sont creusés dans le même temps à ses abords et dans le domaine de la plaine.
Ces travaux se poursuivent pendant une quinzaine d’années suivant les possibilités budgétaires.
Les alevins produits sont pour la plupart utilisés à peupler en truites les rivières de l’An­karatra où le droit de pêche est loué à une société. À plusieurs reprises, « des individus empoisonnent des ruisseaux, détruisant quantité de poissons, mettant en péril l’œuvre entreprise. La ténacité de M. Louvel vint à bout de toutes les difficultés ».
La station de Manjakatompo fait des cessions de truites et des ventes sur le marché d’Antananarivo se voient durant les années de guerre, atteignant parfois près de 4 tonnes.
Mais cette production détourne le personnel forestier de ses activités normales alors que l’opération est peu rentable (7kg de protéines pour produire 1kg de truites). L’activité est abandonnée après la guerre, le service se limite à son rôle de producteur d’alevins pour les réserves de l’Ankaratra.

Pela Ravalitera

Samedi 05 mai 2012

 

Publié dans Notes du passé

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