Environnement: les tortues, objets de collection

Publié le par Alain GYRE

Environnement : Les tortues, objets de collection

Les tortues, rares dans le monde et uniques à Mada­gascar, risquent de disparaître rapidement

Une législation classe les tortues parmi les espèces protégées. Mais les exporta­tions illicites et la consommation de leur viande au niveau local augmentent.

Faible productivité. En une année, une tortue Angonoka, ayant atteint l'âge de maturité sexuelle de vingt ans, ne pond qu’un à deux œufs. La période de ponte se situe entre janvier et juin. Ce qui explique sa rareté. Cette espèce, comme quatre autres, est de plus en plus menacée d'extinction à cause de la prolifération des exportations illicites.
À l'étranger, l'Angonoka est très convoitée comme objet de collection ou article de cadeaux. Agée de deux à trois ans, elle est vendue à environ 10 000 euros. L'Indo­nésie, la Bangkok et la
Malaisie constituent les premières destinations étrangères de cette espèce. Vers les années 1990, c'était l'Europe, principalement, l'Allemagne et la Hollande. « Récemment, 570 tortues ont été sur le point d'être exportées illicitement.
Ce nombre montre que le trafic prend de l'ampleur. Nos tortues sont appréciées à l'étranger. Elles servent de cadeau lors
d'un baptême ou d'une naissance. Auparavant, elles étaient plutôt consommées mais elles sont devenues animaux de compagnie, surtout en Asie », affirme Hajasoa Raoeliari­velo, de la Conservation internationale.
Des petits messagers
Au niveau local, la consom­­mation massive de leur viande constitue l’une des principales sources d'extinction des tortues. Huit tonnes de viande ont été saisies, l'année dernière, dans la région Androy, à Ambovombe. Les restaurateurs figurent parmi les preneurs. Selon des indiscrétions, le transfert de cette manne se fait clandestinement vers la capitale dans des glacières.
Face à cette situation, les partenaires et parties prenantes intervenant dans la filière ont récemment mis en place un plan de gestion globale d'action. Ce dernier comporte trois axes principaux dont l'interdiction de sortie des tortues de leur habitat naturel, la restitution des tortues saisies au sein de leur habitat et, enfin, le respect des procédures liées à la restitution, telle la mise en quarantaine pendant une période de six mois. Les campagnes de sensibilisation de la
population sont renforcées. Hier, au CEG de Nanisana, environ 500 élèves se sont engagés à protéger les tortues et devenir des messagers de la protection de ces animaux. Ils ont posé leur signature pour marquer leur engagement.
L'Alliance voahary gasy, de son côté, met en avant le renforcement de la politique pénale et l'application de la législation en vigueur depuis la période coloniale stipulant la protection des tortues. « La dernière fois, l'exportateur illicite de tortues a été mis sous les verrous. Il existe une évolution positive. Toutefois, des efforts restent à faire car il y a des auteurs de trafics qui sont des récidivistes et qui sont appréhendés à maintes reprises mais ne subissent pas de sanctions. Ils ne comparaissent pas devant le tribunal et l'affaire reste statu quo. Les transactions ne peuvent plus être acceptées », a déclaré Andry Andriamanga, coordonnateur national de l'Alliance voahary gasy. Les exportations illicites de tortues sont passibles de six mois à deux ans d'emprisonnement.

Lantoniaina Razafindramiadana

L’Express

Publié dans Revue de presse

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