Fanany le monstre et Hamira femme de tête

Publié le par Alain GYRE

Fanany le monstre et Hamira femme de tête

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F anany était un jeune homme d’une méchanceté dont on ne pouvait trouver d’équivalent sur terre. Il s’en prenait aux plus petits comme aux plus grands, aux femmes comme aux hommes. Un jour, il tomba sur une femme qui avait l’air inoffensif mais était en fait une mpamosavy, être maléfique qui œuvre à la nuit tombée.

 

Comme il s’apprêtait à lui voler tout son or après avoir profité de son hospitalité, celle-ci le maudit en ces termes : « Tu portes bien ton nom, tu as un fanahyde serpent – le fanahy étant l’identité profonde qui se manifeste dans les comportements et les propos. Mais comme tu trompes les gens avec ton apparence humaine, chaque fois que tu auras l’intention de commettre quelque méchanceté, serpent tu apparaîtras. »

 

Furieux, Fanany allait se jeter sur la femme quand il se transforma réellement en serpent tout en gardant sa tête d’homme. Il prit la fuite. Et comme il ne pouvait s’empêcher d’être méchant, il se transformait plusieurs fois par jour. Il devint la terreur de la région.

Les six rois du pays tinrent alors conseil sur la manière d’éliminer définitivement Fanany, qui ne se cachait plus et attaquait ouvertement les gens. Comme il appartenait aux rois de défendre les peuples, ils décidèrent d’affronter l’ennemi en personne. Le premier volontaire prit la route, plus poussé par son épouse que par bravoure, car c’était un mou. La veille, celle-ci, qui l’avait toujours dominé et régnait derrière son dos, lui avait tenu ces propos : « Tu es le roi le plus adulé de tous, c’est sur toi que doit rejaillir l’honneur d’avoir vaincu Fanany. Si tu ne décides pas de partir demain même pour le tuer, je te quitterai avant le lever du jour. »

 

À la vue de Fanany qui comprit son intention, le roi mou flancha, mais avant qu’il perdît connaissance, Fanany lui coupa la tête. Celle-ci se ficha sur le corps du serpent, et il eut ainsi deux têtes. Il prit le corps sans vie du roi et le cacha dans sa grotte.

Le deuxième roi prit la route, c’était un homme qui, en plus de son épouse, en avait plusieurs autres que, par lâcheté et refus d’assumer ses responsabilités, il cachait aux yeux de tous. À la vue de Fanany qui comprit son intention, le roi lâche prit ses jambes à son cou, mais Fanany le rattrapa et lui coupa la tête. Celle-ci se ficha sur le corps du serpent, et il en eut ainsi trois. Il prit le corps sans vie du roi et le cacha dans sa grotte.

Le troisième roi prit la route, c’était un homme qui se vantait toujours de sa force, de ses avoirs et de ses exploits imaginaires. À la vue de Fanany qui comprit son intention, le roi vantard se mit à délirer avec des gestes désarticulés, mais avant qu’il eût fini sa litanie et sa chorégraphie, Fanany lui coupa la tête. Celle-ci se ficha sur le corps du serpent, et il en eut alors quatre. Il prit le corps sans vie du roi et le cacha dans sa grotte.

Le quatrième roi prit la route, c’était un homme qui mentait comme il respirait. À la vue de Fanany qui comprit son intention, le roi menteur perdit le sourire qu’il affichait et oublia la phrase d’amitié qu’il avait préparée. Fanany lui coupa la tête. Celle-ci se ficha sur le corps du serpent, et il en eut alors cinq. Il prit le corps sans vie du roi et le cacha dans sa grotte.

 

Le cinquième roi prit la route, c’était un homme qui passait ses journées à courir après les femmes pour faire tomber leur pagne. À la vue de Fanany qui comprit son intention, le roi coureur de pagne tomba dans l’impuissance. Profitant de la débandade, Fanany lui coupa la tête. Celle-ci se ficha sur le corps du serpent, et il en eut ainsi six. Il prit le corps sans vie du roi et le cacha dans sa grotte.

Le dernier roi, le sixième, prit la route, c’était un séducteur qui tuait les femmes après avoir abusé d’elles. À la vue de Fanany qui comprit son intention, le roi bourreau des cœurs perdit ses moyens. Fanany lui coupa la tête.

Celle-ci se ficha sur le corps du serpent, et il en eut ainsi sept. Il prit le corps sans vie du roi et le cacha dans sa grotte.

Arborant fièrement ses sept têtes, Fanany sillonna le pays, pliant les peuples sous la terreur, leur faisant perdre leur fanahy, les empêchant ainsi de vivre et de vaquer à leurs occupations habituelles. Et quand un brave guerrier tentait de lui couper une tête, celle-ci repoussait, et le guerrier finissait toujours par être avalé par l’une des sept.

Une femme alors se leva, Hamira ou celle-qui-va-trancher. Hamira était une jeune femme habituellement douce mais animée d’un feu intérieur que les plus observateurs pouvaient déceler dans ses yeux, du moins quand elle soutenait leurs regards, préférant dissimuler son pouvoir. Quand elle apprit la défaite des rois et la transformation de Fanany en serpent à sept têtes, elle alla en forêt et y resta de longs jours à observer les êtres et les choses qui la peuplaient.

Au bout de trois quartiers de lune passés dans la forêt avec les êtres de la nature, Hamira se leva et alla au-devant de Fanany. Celui-ci la vit et, le corps luisant, fit gesticuler ses sept têtes d’une manière terrifiante.

 

La première tête, celle du mou, s’avança vers elle pour la happer. Hamira darda sur elle un regard de braise.

Elle mollit, Hamira en profita pour lui trancher le cou. La tête ne repoussa pas.

La deuxième s’avança, celle du lâche. Hamira se mit à citer le nom des femmes du roi et des enfants qu’il avait eus avec lles. La tête se fit petite, Hamira en profita pour lui trancher le cou. La tête ne repoussa pas.

La troisième s’avança, celle du vantard. Hamira tendit la main à la hauteur de sa gorge, irradiant vers elle une onde puissante. La tête éructa, Hamira en profita pour lui trancher le cou. La tête ne repoussa pas.

La quatrième s’avança, celle du menteur. « Tes mensonges te montent à la tête », proféra la jeune femme d’une voix aigüe qui transperça l’esprit et les tympans de son interlocuteur. Hamira en profita pour lui trancher le cou. La tête ne repoussa pas.

La cinquième s’avança, celle du coureur de pagne. Hamira fit mine de retrousser son pagne. La tête se baissa, les yeux fous. Hamira en profita pour lui trancher le cou. La tête ne repoussa pas.

La sixième s’avança, celle du bourreau des cœurs. Hamira lui servit son sourire le plus envoûtant. La tête s’enflamma, bleuit d’émotion. Hamira en profita pour lui trancher le cou. La tête ne repoussa pas.

Restait la septième tête qui se trouvait dans une furie extrême. Fanany cracha sur son ennemie un venin de haine paralysant. Hamira riposta avec un chant d’amour, un antidote des plus puissants. Fanany lança sa queue incandescente dans sa direction, voulant la balayer et la faire disparaître de la terre. Hamira se transforma en cristal liquide que la queue traversa sans dégât. Comprenant que cette queue était à l’origine de tous les maux, Hamira la coupa. Fanany invoqua son maître, le grand esprit obscur, pour faire tomber la foudre sur son adversaire. Hamira se transforma en ndendemo, la plante consommatrice d’électricité. La foudre la frappa sans la tuer. Mais Fanany, lui, fut violemment secoué et en perdit la vie.

Hamira sortit de sa besace une tige de bambou contenant de l’eau cueillie à l’aube à une source sacrée de la forêt. Elle lava les têtes décapitées qu’elle ramena ensuite dans la grotte ou se trouvaient les corps intacts. Chaque tête réintégra son corps et chaque roi fut ramené à la vie.

Un conte est un conte, je décapite le fananyet vous recouvrez le fanahy.

 

 

 

 

Propos recueillis par Solofo Ranaivo

(article publié dans no comment magazine n°47 - Décembre 2013 ©no comment éditions)

 

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