Ile Sainte-Marie : Dégâts environnementaux

Publié le par Alain GYRE

Ile Sainte-Marie : Dégâts environnementaux       

Mardi, 25 Mars 2014

La réhabilitation des 2 digues de l’île Sainte-Marie a commencé en novembre 2012, pour une durée de un an.

 

La digue (Digue 1) qui relie Belle vue et l’îlot Madame présentait, avant sa réhabilitation, 5 canaux qui irriguaient l’eau permettant ainsi un échange permanent entre l’eau de mer et l’eau douce et assurant la bonne survie de la mangrove de la baie des Forbans qui constitue une ressource naturelle considérable pour l’île Sainte Marie.

 

Depuis novembre 2013, ces 5 canaux ont été complètement bouchés ne permettant plus cet échange entre l’eau douce et l’eau de mer.

 

 

Généralité sur les mangroves

 

La mangrove est un écosystème de marais maritimes incluant un groupement de végétaux principalement ligneux spécifiques, des racines enchevêtrées ne se développant que dans les estrans des côtes basses des régions tropicales.

 

Localisées prioritairement en bordure côtière, ces forêts sont régies par trois facteurs fondamentaux : le climat, la variation des marées et la salinité. Dépendant directement du balancement de la marée, les mangroves se développent prioritairement au sein de la zone intertidale alternativement couverte et découverte par les flots. Elles prospèrent ainsi sur les côtes plates, régulièrement alimentées par le ruissellement de l’eau de pluie et les crues des rivières. La salinité est un facteur déterminant pour la formation et le développement des mangroves. Les échanges entre eau douce et eau de mer sont des facteurs primordiaux pour la survie de cet écosystème.

 

Rôles des mangroves

 

Les mangroves sont garantes d’un équilibre écologique : Les mangroves abritent une faune nombreuse et variée et concentrent ainsi une part importante des ressources faunistiques marines (crabes, crevettes, poissons, mollusques, … ).

 

Pour la plupart des espèces qui y vivent, les racines entrelacées des palétuviers offrent une protection contre les prédateurs et deviennent de véritables nurseries permettant le renouvellement des espèces.

 

Si la faune aquatique (poissons, mollusques, etc.) prolifère dans les mangroves, les oiseaux y trouvent aussi un habitat parfaitement adapté à leurs besoins ce qui régule le cycle écologique (prédateurs et proies).

 

Les mangroves ont une double fonction purificatrice, puisqu’à l’image des forêts, elles absorbent le gaz carbonique et rejettent l’oxygène. Elles absorbent aussi de grandes quantités d’éléments polluants et jouent donc le rôle de véritables stations d’épuration naturelle.

 

Ces milieux particuliers procurent des ressources importantes (forestières et halieutiques) pour les populations vivant sur les côtes. Les mangroves sont parmi les écosystèmes les plus productifs en biomasse de notre planète.

 

 

Observation de l’évolution de la mangrove dite « baie des Forbans » de l’île Sainte Marie trois mois après la fermeture de la digue.

 

 

1 – Jaunissement des feuilles de la totalité des palétuvier observés :

 

 

Ce phénomène est un signe de stress indiquant qu’un ou plusieurs facteurs nécessaires à la survie des espèces, présente un déséquilibre. Si les conditions ne se stabilisent pas au bout d’un certain temps (seuil de tolérance variant d’une espèce à une autre), les feuilles finissent par tomber et les individus meurent. Les jeunes pousses de palétuviers sont très sensibles aux variations environnementales et ne seront pas capable de se développer dans des conditions optimales.

 

2- Mort des organismes ayant un seuil de tolérance très faible :

 

Les premiers signes de stress des organismes aquatiques ont été observés au mois de janvier lorsque les autochtones ont commencé à pêcher en masse le long de la digue. En effet, les poissons affaiblis se dirigent vers la digue pour chercher une sortie ou des conditions de salinité plus favorables par instinct de survie. Après plusieurs jours de pluies intenses, de nombreuses espèces et individus ont été retrouvés morts dans la mangrove et tout au long de la digue.

 

Selon les témoignages et les enquêtes effectuées auprès des piroguiers, des locaux et des touristes, de fortes odeurs de putréfactions se dégagent tout autour de la digue.

 

3- Inondation dans les villages et les écoles environnantes :

 

Les conséquences néfastes ne touchent pas simplement la mangrove mais également la population locale aux alentours. Les fortes pluies successives ont entrainé des inondations importantes dans les villages notamment à Saint Joseph et Belle Vue et l’eau arrive jusqu’aux genoux dans la plupart des foyers.

 

La dégradation rapide de la mangrove est préoccupante parce qu'elle constitue un stabilisateur efficace pour la zone. Il s’agit ici d’une catastrophe écologique majeure. En effet, la mangrove est une véritable nurserie pour de très nombreuses espèces marines et la disparition de cet écosystème va affecter l’équilibre écologique des ressources halieutiques. Il faut de toute urgence créer un échange entre l’océan et la mangrove en rétablissant les drains sous le niveau de la mer.

 

Mesures prises suite à ces observations

 

1- Mesure de la salinité de l’eau

 

Le taux de salinité est un facteur limitant la survie d’une espèce dans une mangrove. Cette salinité varie selon son exposition à l’eau de mer. Elle est essentielle à la survie des espèces.

 

Des échantillons d’eau ont été prélevés dans la baie des Forbans le jeudi 06 mars 2014 à différents endroits pour une analyse physico-chimique de la salinité. La méthode utilisée par l’Institut Pasteur de Madagascar est la détermination de la conductivité théorique d’une eau pour l’évaluation de sa teneur en sel dissous…

 

La salinité moyenne de l’eau de mer est de 35g/l soit 3 à 4%. La teneur en sel de l’eau douce (comme les grands lacs) est généralement inférieure à 10 g/l soit inférieure à 1%. L’eau analysée dans la baie des Forbans peut être considérée comme de l’eau douce pure (salinité max = 0,00016 g/l). Les valeurs obtenues entre P1, P2 et P3 ne présentent pas de variations significatives sachant que P1 a été prélevé à environ 60m la digue (côté mangrove) où la salinité aurait du être la plus élevée (proche de l’eau de mer). On peut en conclure que les échanges eaux douces et eaux de mer sont quasiment inexistants. Cette conjonction entre eau douce et eau de mer donne la définition de l’eau saumâtre (salinité compris entre1 à 10 g/l) qui dans le cas présent ne peut plus être considérée. La mangrove est en train de s’asphyxier et ne pourra plus survivre longtemps par manque de sel. 

 

2- Ouverture d’un drain provisoire au Nord de la digue

 

Suite à une discussion et un échange de point de vue avec les responsables de la construction de la digue le samedi 8 mars, un drain d’environ 1m de large sur 1m de hauteur a été creusé sur la partie Nord. Cependant, cette brèche peu profonde ne permet toujours pas l’échange entre eau de mer et eau douce et n’a que pour fonction d’évacuer le trop plein d’eau douce côté mangrove. L’impact environnemental réel lié la réhabilitation actuelle de la digue de Sainte Marie est très important. Il touche à la fois l’écosystème et la communauté locale.

 

Autres pollutions de l’écosystème marin observées : Nous avons aperçu dans la semaine du 17 mars que les déchets de construction de la digue sont déversés dans la mer, ce qui constitue une menace très grave pour les organismes.

 

Notre recommandation

 

Récréer dans les plus brefs délais plusieurs ouvertures importantes dans la digue permettant de restaurer l’échange naturel entre la mer et la mangrove. Nous considérons que si cette initiative n’est pas prise très vite, cet écosystème si important pour l’île Sainte Marie va mourir et les dégâts seront irréversibles.

 

Source :

 

Association Cétamada

 

Rapport sur la mangrove de l’île Ste Marie

 

Travaux de la digue îlot madame

 

Anjara SALOMA Leader scientifique               

 

+261 32 67 091 99

 

mailto: anjara@cetamada.org Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 

http://www.cetamada.org

la Gazette

 

Publié dans Météo - Madagascar

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