Invasion acridienne à Madagascar

Publié le par Alain GYRE

Invasion acridienne à Madagascar

 

Les experts malgaches et ceux de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) font face à un défi de taille pour éradiquer l’invasion acridienne à Madagascar.

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Le phénomène n’a jamais été aussi menaçant pour la sécurité alimentaire du pays. L'invasion avait été déclarée calamité nationale dès novembre 2012, mais la crise politique a retardé le lancement d’un programme de lutte, ce qui a contribué à aggraver la situation.

 

Selon l’agence onusienne, le fléau risque d’affecter les deux-tiers du pays, privant quelque 13 millions d’habitants de nourriture. Le secteur rizicole, dont dépend la grande majorité de la population malgache est le plus exposé.

 

"Les criquets ont détruit près des trois-quarts de nos récoltes. Il ne nous reste plus qu’environ cinq tonnes de paddy à engranger cette année, alors que notre rendement annuel est de vingt tonnes", a confié à SciDev.Net Daniel Rakotondravony, d’Amparihibe Ampizahantany, un district de Tsiroanomandidy, à l’ouest d’Antananarivo.

 

Ce paysan âgé de 75 ans contribue aux moyens de subsistance de ses 9 enfants et de ses petits-enfants, au nombre d'une soixantaine. Un essaim de 3,5 km de longueur et de 2 km de largeur en vol a visité sa région il y a quelques jours.

 

Les insectes migrateurs qui se déplacent à la vitesse de 30 km par jour ont détruit les herbes et plantes sur leur passage, notamment du riz en cours de maturation. Une telle nuée de criquets peut ravager une superficie de 200 ha en une demi-heure seulement, alors que presque toutes les régions du pays sont en début de campagne, affirment les experts.

 

"Notre tâche est particulièrement rude, cette année. Pour la première fois en quinze ans, j’ai vu des zones deux fois, voire trois fois traitées en quelques mois. Les interventions devraient vite avoir lieu. Mais des surprises nous attendent chaque fois, parce que les conditions climatiques favorisent la recrudescence des invasions de criquets par endroits", explique Augustin Tsifanahy, chef adjoint de la base aérienne de Tsiroanomandidy.

 

D’autres paramètres comme le relief accidenté, la hausse des températures de l’air et l’accélération de la vitesse du vent par moments rendent encore plus complexes voire impossibles les interventions sur le terrain.

 

Par conséquent, plusieurs milliers de petits paysans, qui n’ont que la riziculture comme principale source de revenus, devront bientôt faire face à de sérieuses difficultés. En outre, les ruraux qui n'ont pas les ressources pour lutter contre une invasiom de millions de criquets n’hésitent pas à brûler toutes les collines environnantes, dans l’espoir de voir les insectes repartir ailleurs.

 

Cette méthode archaïque, motivée par l’instinct de survie de paysans sans défense, permet tout de même aux prospecteurs qui survolent en hélicoptères les zones infestées de repérer facilement la cible, afin d’y revenir pour l’asperger d'insecticides par voie aérienne.

 

Deux types de produits chimiques et un type biologique à très faible quantité sont utilisés dans le cadre du Programme triennal de réponse à l’invasion acridienne (2013-2016), piloté par la FAO et financé à hauteur de 43,9 millions de dollars, dont 28,8 millions sont déjà disponibles.

 

Selon les experts, seule la lutte chimique est une solution viable et réaliste pour le moment, compte tenu de l’ampleur du problème. "Les actions sur le terrain ont permis de traiter plus d’un million d’hectares jusqu’ici. Mais la tâche ne se terminera pas de sitôt", a confié à SciDev.Net Tsito Andriamaroahina, expert en acridiologue à la FAO.

 

Des questions se posent aussi quant au recours aux insecticides non-mortels mais présentant des effets nocifs pour l'homme et l’écosystème. L’utilisation du bio-pesticide à base de champignons de souche locale, connus sous le nom de SP9, découverts et développés par des chercheurs malgaches, est envisageable pour l’avenir.

 

"Le recours à ce produit est plus opportun au moment de la rémission, c’est-à-dire lorsque l’infestation est réduite à un total de 50.000 à 100 000 ha", souligne Tsito Andriamaroahina.

 

L’autre blocage est l’inexistence de structures de production à grande échelle. "Cela requiert énormément de fonds qu’il faudrait négocier avec les bailleurs. Il faudrait également convaincre les opérateurs de se lancer dans le secteur", explique encore le chercheur.

 

En attendant les solutions idoines à la chronique invasion acridienne dans le pays, Augustin Tsifanahy propose d’associer davantage les communautés à la lutte. "Puisque les criquets sont un produit comestible et à forte teneur de protéines, il faut encourager leur consommation ou leur exportation. Il est possible de produire des provendes et des engrais à base de ces insectes", suggère-t-il.

 

Pour cela, explique-t-il, il y a lieu de mettre en place un modèle de micro-financement en faveur des ruraux our qu’ils puissent faire fonctionner un système de ramassage permanent.

http://www.scidev.net/afrique-sub-saharienne/

Publié dans Revue de presse

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