Jean Noëlson Vavara: "Il faut réapprendre aux enfants notre histoire"

Publié le par Alain GYRE

Jean Noëlson Vavara : « Il faut réapprendre aux enfants notre histoire »

Un brin écologique, ce diplomate en poste auprès de notre représentation diplomatique du Cap, Afrique du Sud. Ce natif de Toliara est aussi un auteur-compositeur, et il va sortir son album. Celui-ci lui servira à porter ses messages dans la protection et la sauvegarde de l’environnement, dont les animaux et nos forêts. Impressions et motivations d’un homme à la fois inquiet et optimiste.

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Pouvez-vous nous dire quand vous avez commencé à faire de la musique ?

J’ai commencé à jouer de la guitare et à m’intéresser à la musique très jeune. Cependant, c’est seulement lorsque je me suis installé à Cape Town, en Afrique du Sud, que je me suis mis à écrire et à composer des chansons. Je ne pensais même pas faire sortir un album, car Médicis, un cousin proche et célèbre accordéoniste, de son vivant était là pour faire passer mes messages. Avec sa renommée internationale, non seulement dans l`océan Indien mais même en Europe, il était mieux placé pour donner une portée internationale à mes messages, car les chansons que j`écris ne sont que des messages que nous devrions écouter, non seulement nous les Malgaches, mais aussi le monde entier.

Voulez-vous dire que c`est vous qui écriviez et composiez les chansons que Médicis avait interprétées ?

Ecoutez, Médicis était en quelque sorte le porteur de mes messages. Je n`ai plutôt écrit que des chansons dont le message l’intéressait, ainsi que celles qui s’adaptaient très bien à son style de musique. Étant tous les deux originaires du Sud malgache, nos feelings étaient proches l’un de l’autre.

Qu`est-ce-qui vous a amené à choisir la musique, alors qu`il y a beaucoup d`autres choses à faire, surtout que vous êtes déjà diplomate. Car vous travaillez dans une représentation diplomatique de notre pays à l`étranger ?

Sensibiliser ses compatriotes pour contribuer au progrès de son pays sur les plans environnemental, économique, etc., fait partie du devoir de tout citoyen, quelle que soit sa situation professionnelle ou sociale et quel que soit son lieu de résidence. Au départ, j`avais pensé écrire un livre. Mais vu ce que devraient être son volume, son prix, le temps à y consacrer, et la concentration demandée pour le lire, j`ai donc estimé que faire passer mes messages par l`intermédiaire d`un livre serait lent et la portée du message serait moindre. C`est ainsi que je me suis plutôt résolu à les écrire sous forme de chansons. Car la musique, on l`écoute même si on fait la cuisine, ou du sport. On l’apprécie au lit, et au bureau. Des centaines et même des milliers de personnes peuvent l`écouter en même temps. Et les chansons de mon album ont une continuité. Ainsi, si on le compare à un livre, leurs titres en constituent les chapitres. Donc, il faut les écouter toutes.

Quels sont exactement les messages que vous voulez transmettre ?


Le message, c`est-à-dire « hafatse », ou encore « vara » en malgache, que j`aimerais bien diffuser concerne le pourquoi du coût élevé de la vie actuelle et ce qu`on doit faire pour le pallier. Je parle aussi de l`égalité entre nous êtres humains, qu`il n`y ait plus de « ceux qui viennent d`ici » et « ceux qui viennent de là-bas ». J`ai également souligné dans l’album l`importance de la culture et de l`origine, parce que nous commençons à perdre notre fierté d`être, notre identité culturelle, en oubliant notre histoire. Je fais même constater qu`on a oublié le respect qu`on doit aux ainés, aux aïeuls, etc. Ainsi, on doit apprendre à nos enfants notre histoire.

Faites-vous mention d’environnement et d’écologie ?

Plus important, ici, j`attire l`attention de tout être humain dans ce monde que tous les animaux, aussi bien terrestres que marins, sont en voie de disparition. J`ai beaucoup insisté sur ce fait dans une chanson, au point que j`accepterais d`être appelé « le porte-parole » ou « l`ambassadeur » des animaux. Cela m`est égal. Car si l`on n`y prend pas garde, dans un futur relativement proche, on ne verra désormais ces animaux que dans les dessins animés. Si on brûle la terre, elle ne va plus produire, et même si on aura beaucoup du charbon de bois, qu`allons-nous cuire Dans l`une de mes chansons, j`attire donc l`attention de tous que ces animaux vont se fâcher, car sans les forêts ils ne trouveront pas à manger, ils n`auront pas d`abri et ils vont envahir nos maisons.

Quel est le genre de votre musique et quels instruments utilisez-vous ?

L`album s’intitule « Vàrane », qui signifie « son message » ou « porteur de message ». Il sortira vers la fin de ce mois de novembre. Les instruments utilisés sont simples, à savoir de la guitare acoustique, de la basse, de la percussion, notamment du
« karatsake ». Quant au style, s’agissant de mélodie, il est nouveau et unique et il n`appartient qu`à moi Vavara.

Avez-vous d`autres messages à transmettre ?

Oui. On dirait que nous, êtres humains, ne comprenons pas, ou nous avons peu de considération à l`égard de la nature dans laquelle nous vivons. Nous devrions en être fiers. Nous avons plutôt l`air de considérer la nature comme notre ennemie. Autrement, comment expliquer qu`au lieu de la préserver jalousement, puisque notre survie en dépend, nous sommes en train de la combattre en la détruisant. Outre les feux de brousse et la culture sur brûlis, l`utilisation ou la transformation des bois à des fins domestiques, surtout en charbon, accélèrent la disparition de nos forêts naturelles. En parlant de charbon de bois, c`est surtout nous, habitants des grandes villes, qui sommes censés mieux comprendre les effets négatifs de la déforestation. Nous utilisons le charbon plus que les ruraux. On pourra donc dire que c`est nous qui encourageons ces derniers à se livrer à la déforestation, pour produire le charbon que nous utilisons dans les villes. La solution consiste à aider la population pour qu`elle n’utilise pas la forêt pour survivre.

Francis Ramanantsoa

Mardi 13 novembre 2012

L’Express

Publié dans Revue de presse

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