JJ Rabearivelo

Publié le par Alain GYRE

JJ Rabearivelo: Grand hommage, 75 ans après sa mort

Jeudi, 21 Juin 2012

Joseph Casimir RABE ou Jean Joseph RABEARIVELO, l'écrivain poète malgache du XXè siècle. Pour la génération actuelle, ce n'est que le nom d'un lycée.

Demain, les écrivains de l'Havatsa Upem et le ministre de la Culture et du Patrimoine commémoreront ensemble le 75è anniversaire demain après midi dans les locaux du ministère des Affaires Etrangères à Anosy.

Ses 36 ans de vie n'ont pas toujours été roses. Il naquit dans la capitale de Madagascar juste cinq ans après que la Grande Île fut devenue colonie française. Il était le fils unique d'une mère célibataire issue d'une famille ruinée. À 13 ans, il fut renvoyé du Collège Saint-Michel pour avoir refusé de prendre part au service religieux ; après avoir été scolarisé brièvement dans une école privée, il abandonna toute éducation organisée et se mit à travailler aux divers " petits boulots " que proposait la société coloniale. En 1924 il se fit correcteur à l'Imprimerie de l'Imerina ; il y travailla bénévolement les deux premières années, et garda ce travail mal payé jusqu'à sa mort. Il est vrai que cette maison lui publia plusieurs de ses ouvrages en tirage limité. En 1926, Rabearivelo épousa Mary Razafitrimo, fille d'un photographe, avec qui il eut cinq enfants. Toute sa vie il fut endetté, jusqu'à être condamné à la prison : ses finances eurent à concilier bas salaires, passion du jeu, achats de livres et addiction à l'opium. Lecteur vorace et autodidacte, il publia des anthologies de poésie malgache et collabora à deux revues littéraires, 18 Latitude Sud et Capricorne. Au soir du 23 juin 1937, après avoir envoyé diverses lettres d'adieu, il se suicida au cyanure, notant ses derniers moments dans le dernier de ses Calepins Bleus, un journal de 1800 pages environ. Des quelque 20 volumes qu'il produisit, notamment de poésie, théâtre, roman et critique littéraire, la moitié restait inédite à sa mort. Son œuvre montre une affinité à la fois avec les poètes symbolistes et surréalistes, tout en restant fortement enracinée dans la géographie et le folklore de Madagascar. Il se sentait également français et malgache, mais il lui fut refusé toute occasion d'aller travailler et vivre à Paris. Ce désespoir motiva son suicide.

Fasciné par l'Occident mais viscéralement attaché à sa propre culture, Rabearivelo incarna jusqu'à la meurtrissure les contradictions d'une société que le joug colonial avait profondément déstabilisée. Fumeur d'opium, libertin, joueur toujours ruiné, il fut sans cesse animé par une quête paradoxale de liberté et de reconnaissance qui finit par le briser au-dedans, jusqu'au suicide, en 1937. Pourtant, cet homme énigmatique semble jusqu'ici n'avoir jamais vraiment occupé la place qu'il mérite dans le panthéon malgache. De lui, on ne retint que certains poèmes et quelques textes en prose. De vastes pans de son œuvre - plus de la moitié en réalité - sont demeurés inédits jusqu'à ce jour. Sans doute sa vie désordonnée, son mépris des conventions et sa réputation sulfureuse furent-ils des obstacles à l'entière appropriation de cet auteur par le public malgache.

Durant cet hommage, les jeunes d'aujourd'hui pourront faire connaissance avec sa vie et son œuvre qui seront illustrés par des poèmes et des chants.

La Gazette

Publié dans Littérature, Rabearivelo

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