Juan de Nova: Oil and GasY (bad) story

Publié le par Alain GYRE

Juan de Nova: Oil and GasY (bad) story       

Vendredi, 11 Octobre 2013

          Par Patrick Rakotomalala

            (Lalatiana Pitchboule)

 

Juillet 2008 : affaire  Le Lidec.  Ravalomanana impose à Sarkozy le rappel de son diplomate. Sarkozy, dont on sait les capacités de rancune, y « avale son chapeau » de manière un peu incompréhensible et humiliante. Le poids de Ravalomanana était-il si important qu’on ne puisse tout moins convoquer l’ambassadeur malgache à titre de mesure de réciprocité ? Ou le sort du président malgache était-il déjà fixé pour que le président français  puisse se dire : « de toutes façons, je n’ai plus très longtemps à te supporter, toi » …

 

Septembre 2008 : Total signe pour  60% des droits sur le bloc de Bemolanga.

 

Octobre 2008 : après avoir obtenu l’organisation pour 2009 du sommet de l’OUA, Ravalomanana, en menant le forcing, obtient l’organisation à Madagascar du sommet de l’OIF de 2010 que Paris aurait préféré voir organiser par le Congo,

 

22 Décembre 2008 : Les permis JDN Maritime Est et JDN maritime profond sont accordés par le ministère français de l’environnement aux opérateurs Marex, Wessex, Roc Oil, … 

 

26 janvier 2009 … 7 février … 16 mars … 17 mars … Journées noires du coup d’Etat à Antananarivo … sans plus de commentaire …

 

19 mars 2009 : Rajoelina, installé au pouvoir, accueille l’ambassadeur français Jean-Marc Chataîgnier qui est arrivé... la veille dans la capitale malgache. Au mépris de la plus élémentaire bienséance diplomatique.

 

2009 – 2011 depuis Maputo jusqu’à la réception de Andry Rajoelina à l’Elysée en décembre 2011,   Paris développe un singulier activisme dans la crise malgache (voir le dossier« les errements de la diplomatie française »).

 

2011 : la situation à Madagascar s’enlise. Total réduit ses perspectives sur Bemolanga. On peut aujourd’hui supposer qu’il ne s’agissait là que d’un leurre : Total – qui a bien vite abandonné ce projet à 100 millions $ - ne voulait peut-être que prendre pied sur le territoire malgache avec des visées sur JDN. L’exploitation de JDN exigerait la mise en place d’une logistique terrestre lourde (support, maintenance, avitaillement) pour la mise en place de plates-formes FPSO sophistiquées. Quoi de mieux que les infrastructures de Bemolanga en place sur la zone ?

 

Mars 2012 : Total tente de racheter pour 100 millions de $ l’intégralité du capital de Wessex.  Le pétrolier français aurait récupéré ainsi  la moitié des 2,5% des droits de Wessex sur un champ Guyanais prometteur il est vrai, mais champ dont Total possédait déjà 25% …  Il faut dire que  Total aurait récupéré en même temps les  70% de droits dont est titulaire Wessexsur le permis Juan de Nova Est.

 

Curieusement cette  OPA avortera en avril, sans la moindre explication de la part de Total … quelques jours  après la publication du dossier « Juan de Nova : du gaz dans l’eau entre la France et Madagascar ». Quelques semaines avant une élection présidentielle qui n’aurait peut-être pas apprécié ce « pétard », ça aurait probablement fait désordre que l’opérateur français affiche aussi ouvertement des visées sur ce territoire controversé, face à une opinion malgache ulcérée par trois ans de crise … Le président  de Total, Christophe de Margerie déclare en Juillet 2012  « la Françafrique a disparu, ou arrive en bout de course » … on se demande quand donc ce coureur essoufflé s’éteindra-t-il  enfin, parce qu’il dispose encore d’une désolante capacité de nuisance.

 

On a jugé que cette  Françafrique là avait pris le train du coup d’Etat en marche. Mais peut-on  imaginer qu’elle l’ait, en fait, mis sur les rails et alimenté en combustible?  La question n’est pas anodine me diront certains, parce qu’il faut se demander qui les conducteurs du train servaient- ils donc en dernier ressort …

 

Le coup d’Etat de Mars 2009 n’est bien évidemment pas la révolution populaire spontanée que certains se sont plu – et se plaisent encore - à défendre. Cette thèse arrangeait bien non seulement les auteurs du renversement mais elle arrangeait aussi Paris qui avait l’hypocrite excuse de son soutien naturel aux mouvements dits démocratiques quand ceux-ci s’opposent à un dictateur diabolisé par un savant matraquage médiatique. Il faut quand même reconnaître que le dirigeant en question avait quand même tressé la corde pour se pendre à force de confusion des genres, d’autisme, d’arrogance et de maladresses politiques.

La Gazette

Publié dans Revue de presse

Commenter cet article